Fraude numérique
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TRIBUNE. La transformation numérique a apporté un formidable changement en générant de nouveaux gisements de croissance dans les entreprises et une fluidité de l’économie. Mais elle a aussi amené son lot de vulnérabilités. L’accélération de la digitalisation des processus, des parcours clients et des transactions s’accompagne d’une explosion du volume et des tactiques de fraude. Par Pierre Feligioni, CEO de Signaturit Group. 

Selon l’ACPR, plus d’une entreprise sur deux a subi au moins une tentative d’usurpation d’identité en 2024, et les pertes liées à la fraude numérique dépassent désormais les 8 milliards d’euros par an en Europe.

Pourtant, la majorité des organisations sous-estiment encore aujourd’hui la menace, ou la perçoivent comme un risque purement technique. En réalité, la lutte contre la fraude est devenue un enjeu stratégique de compétitivité et de confiance qui implique autant la technologie que la culture d’entreprise.

Voici cinq leviers concrets afin de trouver un équilibre à long terme entre gestion de la croissance, renforcement des transactions numériques et réduction des risques.

L’onboarding digital comme premier rempart

Le premier contact avec le client (une création de compte, une ouverture de contrat, une signature de document ou une souscription à un abonnement) représente un moment clé.

Le processus d’onboarding (ou know your customer – KYC) doit combiner plusieurs couches de vérification. De l’authentification forte d’abord via le contrôle d’une pièce d’identité, la reconnaissance faciale et la détection de la preuve de vie, qui consiste à vérifier les signes physiologiques pour identifier les deepfakes et l’usurpation d’identité. Le contrôle documentaire ensuite qui vérifie la cohérence et l’authenticité des documents fournis via de multiples points d’analyse. Dans le cadre d’un onboarding concernant un produit ou service financier, le processus d’analyse de risque et de scoring financier via l’open banking est indispensable.

En ultime rempart, un contrôle humain vient clore ces processus, notamment en cas d’anomalie.

Cette combinaison IA plus humain permet de bloquer jusqu’à 95 % des fraudes à l’identité avant qu’elles ne produisent un impact financier ou juridique.

Intégrer la vérification d’identité en temps réel

Les fraudeurs ne s’arrêtent jamais et la vigilance doit être elle aussi de tous les instants. Il faut pour cela s’appuyer sur des solutions capables d’analyser en quelques secondes les documents et visages, tout en vérifiant leur authenticité via des bases officielles (PEP et Sanctions par exemple).

Leur rôle est de détecter les anomalies (faux documents, visages générés par IA, vidéos préenregistrées) avant la validation d’une transaction. Des technologies telles que la détection du vivant ou la reconnaissance optique intelligente permettent d’assurer un contrôle continu et invisible pour l’utilisateur.

Équilibrer expérience utilisateur et niveau de sécurité

Plus la sécurité est intrusive, plus l’expérience client se dégrade. L’enjeu pour les directions marketing et IT est de trouver le bon équilibre entre des parcours fluides (authentification biométrique, signature électronique en un clic) qui renforcent la confiance et l’image de marque tout en garantissant des garde-fous invisibles (analyse de risque adaptative, scoring de l’indice de confiance).

L’approche « risk-based » présente le meilleur compromis, car le niveau de contrôle varie en fonction du niveau de risque, évalué selon le profil du client ou le type de transaction. Ce modèle permet d’allier conformité, efficacité et satisfaction.

Sensibiliser et former les équipes

Aucune technologie n’est infaillible si les collaborateurs ne sont pas formés à repérer les signaux faibles. Les fraudes internes ou les erreurs humaines représentent jusqu’à 30 % des incidents de sécurité selon Hiscox.

Instaurer une culture de la vigilance, via des formations régulières, des simulations de fraude, et des protocoles clairs de réaction,est donc essentiel. La sécurité doit devenir un réflexe collectif, pas une responsabilité isolée du service IT.

Anticiper les nouvelles réglementations

La confiance numérique est aujourd’hui au cœur de la stratégie européenne.

La mise en œuvre du règlement eIDAS 2.0 et du futur wallet d’identité numérique européen modifiera profondément la manière dont les entreprises identifient, authentifient et contractualisent avec leurs clients. En parallèle, les directives NIS2 et DORA visent quant à elles au renforcement de la résilience face aux cybermenaces. Se préparer dès maintenant, c’est non seulement assurer la conformité future, mais c‘est aussi gagner en agilité et en crédibilité vis-à-vis des partenaires et des régulateurs.

Ces conseils ne sont pas exclusifs car la fraude numérique ne cesse d’évoluer, de s’adapter et de se réinventer. En gardant à l’esprit le triptyque innovation technologique, intelligence humaine et culture de la prévention, la sécurité des transactions n’est plus une option technique, c’est un pilier stratégique de la croissance et de la confiance accordée par les consommateurs.

Sources : ACPR 2024, Hiscox Cyber Readiness Report 2023, Mastercard SME Fraud Survey 2024.

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