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UN APPEL. « Nous sommes un groupe d’agriculteurs du Bassin parisien qui lançons ce cri d’alerte, ce cri d’alarme, ce cri du cœur »
Mes collègues ici présents et moi vous réunissons aujourd’hui pour pousser un cri d’alarme, un cri du cœur que j’espère vous entendrez.
Nous le faisons simplement dans un bar, dont le nom n’a pas été choisi par hasard « Les Insouciants » car la société civile est aujourd’hui insouciante du risque qu’elle court à ne pas protéger suffisamment son agriculture. Nous le faisons hors cadre syndical pour ne pas politiser le sujet et nuire au débat.
Ce cri, c’est celui de 400 000 agriculteurs, qui seront bientôt 200 000 dans peu de temps et qui voient la ferme France décliner progressivement et la société civile regarder ailleurs. À échéance d’une génération, il y a un vrai risque de disparition de l’agriculture française telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Pourquoi ? Parce que la durabilité de la ferme France repose sur trois piliers : l’économie, l’environnement et le social. Et les trois piliers s’effritent. Nous le constatons tous les jours.
Au niveau économique, la compétitivité de la ferme France est en constant déclin depuis 25 ans. Nous importons aujourd’hui 75 % du blé dur, 70 % du miel, 56 % de la viande ovine, 50 % des fruits et légumes, 45 % du poulet, 30 % des produits laitiers, 37 % du sucre, 26 % du porc, 25 % de la farine en grande surface et 22 % de la viande bovine. Ces importations se font sans aucune règle de réciprocité règlementaire internationale, dixit le Mercosur, même intra-communautaire, dixit l’acétamipride et avec une distorsion de concurrence concernant la main d’œuvre.
Au niveau environnemental, ai-je besoin de vous parler de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas, dont les dégâts ne sont que partiellement couverts par les aides publiques. Les rendements ont tendance à stagner, nous avons de moins en moins de solutions de traitement des plantes, la fertilisation est limitée, l’irrigation devient un sujet de société et nous n’avons pas accès à toutes les technologies génomiques. Toujours plus d’entraves et d’interdictions sans solutions.
Enfin au niveau social, il ne vous a pas échappé que la moitié des agriculteurs va partir à la retraite à échéance de 2030 avec un renouvellement des générations non garanti, et un climat sociétal extrêmement anxiogène qui n’incite pas les jeunes à s’investir. La majorité de mes collègues hésitent de plus en plus, par bon sens, à aiguiller ses enfants dans la reprise de leurs exploitations. Nous subissons aussi de très gros problèmes de main d’œuvre, tant au niveau du recrutement qu’au niveau du coût par rapport aux pays voisins.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous avons connu dans le passé la disparition de secteurs économiques en l’espace de quelques décennies : le textile, la sidérurgie, l’électronique et bientôt le secteur automobile avec l’arrivée massive des voitures chinoises plus compétitives. L’agriculture prend la même direction et sans agriculteurs, pas d’agriculture.
La souveraineté de la France n’a pas de prix. Cela concerne chacun d’entre nous pour pouvoir demain, grâce à notre agriculture, se nourrir, se vêtir, se déplacer, se chauffer, se loger et se soigner durablement en France, sans dépendre de personne. Le véritable enjeu est là. Ne laissons pas mourir notre agriculture.




























