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TRIBUNE. Quand on parle de transition écologique, l’imaginaire collectif se tourne immédiatement vers les grandes entreprises. Ce sont elles qui occupent les plateaux télé, publient des rapports volumineux et annoncent des milliards d’euros d’investissements. Pourtant, la réalité de la transition se joue aussi ailleurs : dans les milliers de petites et moyennes entreprises qui, chaque jour, adaptent leurs pratiques avec beaucoup moins de moyens et beaucoup plus de risques. Par Frédéric Soyez, président de Soyez Frères, PME familiale implantée dans la Nièvre.
Ces PME n’ont pas de départements RSE ni de grandes capacités d’investissement. Lorsqu’elles font le choix de la transition, elles le font avec leurs fonds propres, leurs salariés, et la conviction que leur survie à long terme en dépend. Leur courage est immense, mais leur solitude l’est tout autant.
Car la situation économique et politique actuelle ne facilite rien. L’inflation renchérit les matières premières et l’énergie alors même que la demande des consommateurs se contracte. Les dispositifs publics existent, mais sont trop souvent conçus pour des groupes disposant de services spécialisés capables de naviguer dans la complexité administrative. Les petites structures, elles, avancent généralement sans visibilité ni accompagnement adapté.
Une règlementation difficile à décrypter
Ce sont pourtant ces PME qui par leur nombre sont capables de générer des changements profonds. Chez Soyez Frères, située à Donzy dans la Nièvre, qui emploie 75 salariés, nous avons fait, en 2021, le choix courageux de tourner définitivement la page du plastique pour passer à la paille en papier. Un virage écologique au prix d’investissements lourds dans de nouvelles machines, de formations pour les équipes, et de matières premières plus coûteuses. Le tout dans une zone rurale où chaque emploi maintenu est vital pour la vie locale.
À ces difficultés s’ajoute une réglementation de plus en plus complexe, que seuls les grands groupes peuvent décrypter grâce à des experts dédiés. Les petites structures, elles, n’ont ni le temps ni les moyens pour analyser des matériaux présentés comme « miracles ». Résultat : dans beaucoup d’entreprises, commerces ou établissements de proximité, on voit apparaître de bonne foi des solutions faussement vertueuses (emballages « végétaux », « à base de fibres naturelles » ou « issus de la bagasse ») qui cachent en réalité un retour au plastique. Là encore, les pouvoirs publics devraient jouer pleinement leur rôle : clarifier les règles et faire respecter la loi, afin que les efforts sincères des PME ne soient pas fragilisés par un marché trompeur.
Mais au-delà de la question réglementaire, ces initiatives se heurtent aussi à d’autres obstacles : la concurrence internationale, des dispositifs publics mal adaptés aux réalités des petites structures, et une dynamique à deux vitesses qui menace d’affaiblir une partie vitale de notre tissu économique, générateur de nombreux emplois.
Le rôle vital des PME
Si l’on n’y prend pas garde, l’écologie finira par être totalement perçue comme punitive et inégalitaire : une opportunité pour les puissants, une charge pour les autres. Le risque est immense, non seulement pour nos territoires, mais aussi pour la cohésion sociale et politique du pays.
La transition écologique ne peut pas rester un slogan réservé aux grands groupes. Elle doit devenir un projet collectif. Cela suppose de reconnaître le rôle vital des PME, de simplifier l’accès aux aides, et d’offrir des conditions économiques justes pour celles qui s’engagent. Car c’est dans nos petites usines, dans nos villages et nos campagnes que se joue réellement l’avenir de l’écologie française.

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