Nadia Guiny : La coach qui s’est elle-même métamorphosée

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Soudain, le burn out. Le syndrome d’épuisement professionnel. Il fauche une quadra alors depuis une vingtaine d’années dans les métiers de la communication, attachée de presse, rédactrice en chef de journaux corporate, directrice de la communication d’un gros organisme parapublic, l’Agefiph. Le corps médical met un nom sur la catastrophe qui frappe Nadia Guiny : dystonie cervicale, forme singulière d’une maladie orpheline, donc sans traitement. Parmi les symptômes, déséquilibre du système nerveux, avec spasmes. Tordue, convulsée, celle qui s’était formée au coaching au détour des années 2000 se bat contre des AVC. Se battre, mot-clé : elle entame une longue lutte de guérison. Sept ou huit mois d’un parcours de travailleuse handicapée qui ouvre sur… son nouveau métier : « Le pire moment est le meilleur pour prendre une décision », se dit-elle au retour d’un énième passage à l’hôpital, je vais devenir coach.

Quitter une entreprise, changer de statut, perdre son expertise professionnelle, c’est déjà un bel effort pour vous et moi, campés sur nos deux jambes, en bonne santé. Imaginez ce que ça implique pour une femme en pleine force d’un âge qui se révèle faiblesse.

Guérison

Portage salarial. Microentrepreneuse. Coaching. Un an et demi de reconstruction, réapprentissage de la marche. Nadia Guiny essaie tout. Sitôt qu’un soin alternatif semble prometteur, elle s’y lance. « J’en ai testé une trentaine », s’amuse presque la rescapée. Car… ça marche ! Nous sommes en 2009. La maladie orpheline, dégoûtée, s’évanouit. Guérison totale, inattendue ! Il faut qu’elle en fasse profiter le plus grand nombre. Réconciliée, resyntonisée avec elle-même, la coach écrit son histoire : Le pépin et les pépites, comment faire du burn out une chance, publié en 2015 par l’éditeur prédestiné
La Providence. Un vrai guide pour quiconque se débat dans des soins de longue durée. On appelle ça de la psychologie positive. Dans la foulée, les coaché·es viennent à Nadia. Son job ne connaît pas la crise.

Équipes autonomes

D’une bouche à une oreille, les missions s’enchaînent jusqu’aux grands comptes. Un jour, en 2017, Nadia Guiny rencontre Antoine Blondel, chef d’une entreprise de service de Rouen. « Dès qu’il me décrivit le processus dans lequel il avait engagé son entreprise, je lui proposai d’écrire cette aventure que je perçus tout de suite comme l’histoire d’une incroyable transformation individuelle et collective », écrit-elle dans le préambule de son deuxième livre, L’entreprise papillon : quand un dirigeant gagne le pari des équipes autonomes, récit et clés d’une métamorphose (EMS). De l’entreprise altruiste à l’organisation apprenante, les « boîtes », grandes et petites, entament ce processus du changement qui va, un jour, abolir la hiérarchie du·de la patron·ne qui décide tout. Antoine Blondel l’écrit : « Je décidais de tout, sur tout, pour tout le monde et je passais mon temps à trouver des solutions pour les autres. Puis un jour, le déclic : […] Quel dirigeant voulais-je être ? Quel était le sens de ma vie professionnelle ? Que voudrais-je que l’on retienne de moi dans vingt ans ? » Nadia l’accompagne. Elle coache d’abord celui qui s’interroge tant. Puis s’efforce de faire partager la vision nouvelle de l’entreprise à l’équipe de direction. Enfin plonge au cœur des équipes fonctionnelles et de terrain. Armée d’une bonne dose d’intuition et de modèles. Son entreprise laboratoire adopte le modèle du buurtzorg néerlandais, adapté par Blondel et Guiny. Littéralement, buurtzorg c’est « soins de quartier » parce que le modèle intéressait à l’origine les soins infirmiers à domicile. L’idée clé, ce sont les « équipes autonomes ». « Celui qui sait, fait », résume la coach. Il s’agit alors d’adapter l’idée aux personnes, à la culture sociale, au terrain. Un principe d’auto-organisation que l’on retrouve dans l’holacratie et ses équipes autonomes.

Métamorphose

Nadia Guiny dit : priorité au cerveau droit, à la créativité, à l’empathie. Elle travaille aujourd’hui pour une entreprise de transports, preuve que les métiers de service ne sont pas les seuls à « papillonner ». Je lui demande si le moment de l’épidémie mondiale sera propice ou non à cette remise en cause du modèle. « C’est en tout cas un formidable terreau, pense-t-elle, une croisée des chemins, une époque d’opportunités. Où bon nombre de modèles volent en éclats, où des choses nouvelles naissent. »

Il demeure que lâcher le pouvoir, pour un ou une dirigeant·e, ce n’est pas rien. Mais dès lors qu’il ou elle prend conscience qu’il lui arrive de fabriquer de la souffrance, de la léthargie, « que l’on dirige une entreprise de morts-vivants », exprime celle qui est revenue de la mort, alors organiser l’autonomie prend sens. Un papillon naît d’une métamorphose. Le livre de Nadia Guiny constitue un véritable manuel d’électron libre.

Olivier Magnan

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