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Et si on mettait en place le « Congé de respiration citoyen » ? Par Angélique Chassy, professeure associée en économie à l’EM Normandie, et Sarah Alves, professeure en gestion des ressources humaines à l’EM Normandie.
TRIBUNE. Dans son discours de politique générale, l’ancien Premier Ministre Michel Barnier avait exprimé son souhait d’organiser en partenariat avec les collectivités territoriales une journée de consultation citoyenne. L’objectif d’une telle démarche était de laisser un espace d’expression aux citoyens sur des sujets sociétaux. Sous-jacent à cela, il s’agissait surtout d’apporter une réponse à la crise démocratique qui s’observe dans notre pays et de renforcer la représentativité citoyenne dans les décisions. Cette volonté politique s’inscrit pleinement dans les orientations pour soutenir le développement de la participation citoyenne décidées avec la création de la direction interministérielle de la transformation publique.
Un manque de représentativité
Cette crise démocratique se constate indéniablement par une forte abstention aux élections. Mais les outils de la participation citoyenne ne sont pas en reste. De nombreux conseils citoyens sont en veille ou inactifs et la démocratie participative est fréquemment réduite à des démarches symboliques sans impact réel. Les contributions citoyennes ne sont, en effet, pas toujours prises en compte, ce qui crée une frustration et un sentiment de pseudo-participation parmi la population. Se pose enfin la question de la représentativité réelle de ces instances citoyennes. Mais au-delà de ces limites, une difficulté très concrète est le temps disponible des citoyens pour participer à ces dispositifs.
Certaines entreprises permettent aujourd’hui à leurs collaborateurs de s’aérer et de s’engager dans des activités extra-professionnelles ou associatives (Google « Google sabbatical » ; Morning « La Pause » ; Forvis Mazars « Forvis Mazars Break » ; PayPal France ; Orange France « Respiration »). À l’exemple de ces pratiques, une réponse possible au manque de disponibilité des citoyens serait alors de permettre à des salariés du secteur privé et public de participer à la vie citoyenne, sur leur temps de travail, tout en conservant tout ou partie de leurs revenus. C’est ce que nous appelons le « Congé de respiration citoyen ». Ces salariés pourraient, dans ce cadre, s’engager de façon assidue et avec sérénité dans des Conseils de Citoyens, des Jurys Citoyens, des Budgets participatifs ou encore des conventions citoyennes. Cela permettrait en conséquence d’élargir la représentation citoyenne à tous, et pas seulement aux personnes a priori disponibles, élargissant alors la représentativité au plus grand nombre et à plus de diversité.
Sur le plan individuel, nous voyons en cette proposition une opportunité pour les collaborateurs de développer leurs compétences de créativité, d’esprit critique, de coopération et de communication. Sur le plan organisationnel, ce serait une manière pour les organisations de renforcer leur image employeur, leur engagement territorial et l’épanouissement des collaborateurs. Mais ceci reste à confirmer ; des expérimentations permettraient certainement de tester les effets d’un tel dispositif et de mesurer son impact sociétal. L’acceptabilité de cette proposition par les organisations et l’intérêt qu’elle présente pour les citoyens sont également à explorer.
* Une enquête menée par l’EM Normandie est en cours ; nous invitons chaque citoyen à y répondre ici ou en flashant le QR code ci-dessous :
































Etude très intéressante et pleine de sens à un moment où la défiance envers les institutions et le personnel politique n’a jamais été aussi élevée dans notre pays !