Un patrimoine à l’épreuve du changement climatique

Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Notre pays compte plus de 45 000 édifices, monuments historiques, publics et privés. S’ajoutent des milliers de musées, bibliothèques et archives conservant des collections, ainsi que des sites archéologiques, jardins, des lieux de culte ou de mémoire, qui témoignent de notre histoire. Le Réseau Action Climat vient de dresser dans rapport un tableau précis des menaces qui pèsent sur ces sites patrimoniaux à cause du changement climatique. Par Ezzedine El Mestiri. 

Nous avons mis longtemps à en prendre conscience de ce fait car les architectes des monuments historiques et les agents du patrimoine culturel ne sont pas formés à avoir les compétences en climatologie et écologie, ce qui les a conduits à sous-estimer des tels enjeux. Aujourd’hui, c’est acté, le patrimoine culturel peut être fragilisé par des inondations, des tempêtes ou un feu de forêt. Une chaleur extrême peut aussi détériorer des collections fragiles. Les impacts du changement climatique irritent les vulnérabilités de nos biens patrimoniaux face aux risques majeurs.

Des vulnérabilités indéniables 

Certes, ces sites patrimoniaux ont été bâtis pour traverser le temps et les menaces mais ils supportent mal des amplitudes extrêmes. Ce contexte exige de nouveaux défis à la conservation du patrimoine matériel, mais aussi à la préservation des savoir-faire. Comment résister aux inondations et à la sécheresse, aux vagues de froid et aux canicules, aux sols dilatés ? Ces nouvelles conditions affectent les pierres et les matériaux, les rendant plus fragiles et plus cassants, sans qu’aucune protection ne puisse être mise en place. 

Le château de Chambord de François 1er, célèbre pour son escalier à doubles révolutions, conçu par Léonard de Vinci est sujet à des aléas climatiques. L’évolution du climat est en train de modifier les conditions dans lesquelles la pierre de la cathédrale de Strasbourg vieillit et se dégrade. Le Château de Versailles fait face à plusieurs aléas qui affectent déjà la conservation de ses collections et la gestion de ses jardins. Véritable symbole de l’art pariétal dans le monde, la grotte de Lascaux qui a traversé les époques et les modifications du climat depuis plus de 20 000 ans risque d’être abimée des variations climatiques.

Mettre en œuvre des mesures d’adaptation

Même le Musée du Louvre est vulnérable au risque de crue majeure de la Seine, qui pourrait inonder une partie des espaces de visite et des réserves. Le centre ancien de la ville Bonifacio, en Corse, suspendu sur une falaise calcaire à plus de 60 mètres de hauteur doit faire preuve d’une grande résilience face à des grands changements météorologiques. La cité médiévale de Carcassonne doit composer avec sa vulnérabilité aux chaleurs extrêmes, au risque d’incendie et aux effets des sécheresses. Certains sites sont déjà endommagés, d’autres sont confrontés à des risques qui devraient s’accentuer. Mais presque tous ont commencé à mettre en œuvre des mesures d’adaptation.

Face à ces périls, le rapport recommande aux acteurs du patrimoine de mettre en place des plans d’urgence, protocoles en cas d’inondation ou de fortes chaleurs, protection des bâtiments et des collections, adaptation des conditions d’accueil du public. Bien évidemment, cette prévention de ces risques peut avoir des conséquences importantes sur le fonctionnement des sites.

« En 2016, face à la crue de la Seine, le musée du Louvre a fermé ses portes pendant quatre jours à titre préventif, afin notamment de protéger ses collections. Cette fermeture avait entraîné une perte annoncée de 1,5 million d’euros. Mais l’adaptation a du retard ne suffira pas. Plus le réchauffement sera important, plus les impacts sur le patrimoine seront nombreux et difficiles à gérer. La meilleure façon de protéger notre patrimoine face au changement climatique reste de limiter le réchauffement lui-même, en réduisant fortement et rapidement les émissions de gaz à effet de serre. », préconise les auteurs.

Au-delà de la France, le changement climatique menace des sites culturels partout dans le monde. Selon l’Unesco, un sixième des biens du patrimoine culturel sont menacés par les externalités du climat. À noter que ces risques naturels viennent s’ajouter aux carences de moyens de l’humanité pour protéger les patrimoines abimés par des conflits armés qui font des dommages comme en Ukraine, en Iran, à Gaza, au Liban, en Syrie et en Irak.

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