TRIBUNE. À l’heure où les marges de manœuvre salariales sont difficiles pour les entreprises, et où de nouvelles règles vont dès le 20 novembre encadrer davantage le découvert bancaire et le paiement fractionné, le salaire doit être repensé et devenir plus flexible, plaide Maxime Hoff, porte-parole de Deel France.
Le 20 novembre prochain, les règles encadrant le découvert bancaire et le paiement fractionné vont se durcir. Cette évolution vise à mieux lutter contre le surendettement, mais intervient dans un contexte où les salariés sont déjà nombreux à rencontrer des difficultés pour boucler leurs fins de mois. À partir de cette date, un découvert de plus de 200 euros sera considéré comme un crédit à la consommation, tout comme certains mini-crédits et paiements en plusieurs échéances.
Selon l’Ifop, 83 % des salariés déclarent rencontrer, au moins ponctuellement, des fins de mois difficiles. Près d’un salarié sur deux indique avoir été à découvert au moins une fois au cours des douze derniers mois, et 16 % plus de six fois. Parallèlement, les défaillances d’entreprises (sauvegardes, redressements ou liquidations judiciaires) atteignent un record, selon l’Insee, symptôme de tensions économiques qui fragilisent aussi les salariés. La question du salaire devient ainsi beaucoup plus globale : plus qu’un montant, celui-ci doit aussi correspondre aux besoins réels des salariés.
Le salaire doit pouvoir s’adapter aux imprévus
Hérité des années 70 en France, le versement mensuel du salaire a été une avancée notable pour les salariés et a depuis été rarement challengée. Pourtant, le monde a évolué : entre les charges fixes plus nombreuses, coûteuses, payables dans des délais plus courts, et des factures imprévues mais urgentes -comme la réparation d’une voiture-, le modèle du salaire au mois ne correspond plus tout à fait au mode de vie des Français.
En permettant d’accéder à une partie du salaire déjà gagné, au moment où le salarié en a besoin, plutôt que d’attendre la date habituelle de versement, le salaire à la demande change la logique. Il ne s’agit pas forcément et à tout prix de gagner davantage, mais de disposer plus librement de ce qui a déjà été acquis : on passe d’une logique comptable et administrative, sur la base d’une date fixe, à une logique centrée sur le besoin du salarié. Tout en n’enlevant rien à ceux qui préféreraient un rythme mensuel.
L’intérêt pour le dispositif est réel, puisque 62 % des salariés pourraient l’envisager pour faire face à une dépense imprévue, éviter un découvert, mieux répartir leurs dépenses, ou limiter le recours au crédit à la consommation. Dans un contexte où les solutions traditionnelles de trésorerie deviennent plus encadrées, offrir cette souplesse peut constituer une réponse concrète à la gestion de budget et lutter, elle aussi, contre le surendettement.
La flexibilité, nouveau levier de la relation employeur-salarié
Depuis plusieurs années, la liste des avantages proposés par les entreprises s’est considérablement étoffée… sauf en ce qui concerne le salaire. Dans un contexte où les entreprises cherchent à attirer et fidéliser les talents, la façon de verser le salaire peut devenir un véritable atout.
S’il répond à un besoin identifié et croissant, l’acompte sur salaire demeure méconnu. Du côté des salariés, seuls 35 % des salariés déclarent le connaître précisément et 13 % indiquent avoir déjà eu recours à une avance sur salaire auprès de leur employeur. Pour les entreprises, beaucoup perçoivent le dispositif comme un casse-tête comptable. Pourtant, des solutions permettent désormais de simplifier l’accès au salaire déjà acquis et d’alléger la gestion pour les équipes paie.
Ainsi, sans marge de manœuvre évidente du côté des entreprises comme de celui des salariés, la flexibilité du salaire peut offrir un nouvel espace de respiration. Si augmenter les salaires n’est pas toujours possible, donner davantage de liberté sur la façon d’en disposer peut être un moyen de regarder la rémunération autrement, en proposant un usage adapté aux réalités de la vie.





























