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n°36
cLUB EnTREPREnDRE Interview croisée - Hobbypreneurs, L’Occitane et Focus
Le feu sacré
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
olivier Baussan et cédric Lagarrigue ont tous les deux construit leurs entreprises autour de leur passion : la Provence pour l’un, le jeu vidéo pour l’autre. Etait-ce une erreur ? La réponse.
Comment cette passion est née et est devenue entreprise ? Olivier Baussan : Définir ma passion est compliqué. Je suis enraciné à mon ter- ritoire. c’est ce qui m’a motivé durant les 40 ans qui viennent de s’écouler. c’est ce grain de nostalgie d’une enfance à la ferme qui m’a fait sauter le pas. Mes parents avaient quitté Paris après la guerre, et fait leur retour à la terre en 1952. Mais le gel de 1956 les a forcés à revendre la petite ferme qu’ils avaient achetée et à revenir en ville, si on peut parler de « ville »
jouer, c’était chronophage, et je n’étais pas capable de me décoller de l’écran... Quand j’ai été recruté pour commencer l’activité de Focus, nous faisions diffé- rents produits multimédia. Et j’ai vu l’opportunité, pour une société française, d’acquérir les droits de dis- tribution pour la France de jeux vidéo auprès de studios ou d’éditeurs qui n’y étaient pas représentés. Et nous nous sommes lancés dans la distribution de jeux.
Est-ce que votre passion a changé depuis ? OB : Pas vraiment – en
elles sont aujourd’hui plus de 200000. c’est obtenir ces résultats dans le temps qui est le plus satisfaisant. CL : aujourd’hui, je sais me modérer ! Je vais finir un jeu en 15 jours, trois semaines, et puis ne pas retoucher mon ordinateur ou une console pendant un mois. Mais je joue encore régulièrement. Et y travail- ler ne me gâche pas le plai- sir. En revanche, je vois beaucoup plus de choses quand je suis devant mon écran. En fait, je compare beaucoup nos jeux à ceux auxquels je joue, qui sont plus souvent des grosses
en valeur toute cette traça- bilité – ce qui est au- jourd’hui devenu un leit- motiv pour tous. c’est ce
tences. Pour moi, il a été essentiel de savoir partager le capital – voire en perdre la majorité. J’ai eu, je pense,
des intuitions, mais je n’ai pas le professionnalisme qu’il a fallu pour, par exem- ple, développer l’occitane
Il m’a été essentiel de savoir partager le capital – voire d’en perdre la majorité, n’étant pas un excellent entrepreneur
pour Digne-les-Bains ! Le déclic a été là, dans le sou- venir des distillations de lavande, des moments de récoltes... c’était un peu comme un rêve à retrouver. J’avais 23 ans, sorti de la fac de lettres, et j’étais pion, pour payer mes études. J’en suis sorti pour travailler avec mon alambic et dis- tiller du romarin... Cédric Lagarrigue : J’ai découvert les jeux vidéo tardivement, mais c’était juste une question de moyens : je n’ai pas eu de console ou d’ordinateur quand j’étais petit, donc je suis passé à côté. En re- vanche, j’étais passionné par la bande dessinée, le cinéma, la science-fiction, d’action, d’aventure... Je n’ai vraiment plongé dans les jeux vidéo que lorsque j’ai commencé à y travailler, et j’ai tout de suite été ac- croché. Ça a même été com- pliqué : je n’arrêtais pas de
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fait, ma passion s’est ren- forcée... car je crois que j’ai pu contribuer à faire évoluer les choses, ne se- rait-ce que dans l’univers de la lavande en Provence. En 1976, quand j’ai com- mencé, la lavande n’avait pas de valeur ; les molécules chimiques étaient plus à la mode que les ingrédients naturels. La passion a été communicative, et le succès de l’occitane a donné des ailes à des agriculteurs qui se sont dit qu’ils pouvaient essayer de vivre de notre territoire, plutôt que de le quitter... cela a été pareil pour l’olivier. J’ai contribué à un mouvement, un désir de revenir, de vivre de son territoire et de le valoriser en même temps : du déve- loppement durable avant l’heure... Idem quand je suis allé en afrique pour acheter du beurre de karité : j’y ai installé une première coopérative de femmes, et
productions, mais aussi des productions indépendantes. Et puis je vois tous les dé- fauts que peut avoir un jeu, ses faiblesses, mais aussi ses qualités... Je fais un benchmark. Et je pense qu’être un joueur aide beau- coup pour travailler sur un jeu, dans sa préparation, pour affiner l’expérience qu’on doit délivrer au pu- blic...
Comment votre passion influe-t-elle sur le travail ?
OB : Ma façon de vendre un produit a toujours été d’essayer de faire compren- dre au consommateur que derrière – au-delà du fait qu‘il était efficace, de qua- lité – il y avait des hommes et des femmes impliqués, et que son achat servait à un développement. ce n’était pas seulement un savon, ou un produit de beauté ; je voulais mettre
qui fabrique aussi l’image des entreprises que j’ai faites ou que je dirige au- jourd’hui...
la lucidité de me dire d’abord que je ne suis pas un excellent entrepreneur, et qu’il valait mieux laisser les gens brillants se charger du développement écono- mique. Je suis impulsif, j’ai
© FX.EMERY
à l’international ou l’em- mener en Bourse. Je ne sais pas ce que l’entreprise serait aujourd’hui si je n’avais pas permis cette ouverture capitalistique, et donné les rênes à des gens compétents
Olivier Baussan
Ce serial entrepreneur, ancien licencié de lettres de l’université d’Aix-en-Provence, a fondé l’Occitane en 1976, à l’âge de 23 ans. En 1996, il lance l’huile d’olive Olivier & Co, avec le succès que l’on sait. Suit un musée, la Fondation l’Occitane... En 2008, il crée Première Pression Provence, qu’il fusionnera avec Maison Brémond 1830, une con se- rie épicerie  ne, après avoir racheté cette dernière en 2015. Puis il rachète en 2014 le Roy René, spécialiste du calisson. L’enseigne réalise aujourd’hui 2,5 millions d’euros de CA, compte une centaine de salariés, et vient d’ouvrir son premier magasin à Miami.
Mais il faut aussi savoir reconnaître ses lacunes, et savoir partager les compé-


































































































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