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n°36
cLUB EnTREPREnDRE A la Une - Les hobbypreneurs
L'occasion pour EcoRéseau Business d'enquêter sur le sujet principal du Club Entreprendre,
Boulot-récré Vivre de sa passion est-il possible ?
en rapport avec l'innovation et l'entrepreneuriat
entrepreneurs-passion de mettre en résonance leur activité avec un idéal de vie. Vivre de sa passion plus que travailler par besoin financier, quitte à perdre en pouvoir d’achat : « J’avais un bon salaire en tant que consultant dans les poli- tiques publiques. Au- jourd’hui, il faut faire un beau CA pour avoir un beau salaire. Mon niveau de vie n’est pas tout à fait le même, mais entre vivre cette aven- ture et rester salarié pour 1000 euros de plus, le choix
est vite fait. Je ne regrette rien », tranche Maxime Me- rian, désormais gérant du Sophomore, bar de quartier dans le xIème arrondissement de Paris (cf. encadré).
plus qu’elle se réalise au- jourd’hui dans l’entrepre- neuriat. »
Et Mathieu Maire du Poset pour Ulule d’ajouter : « C’est une lame de fond dans notre société, à l’œuvre chez les jeunes générations et chez les quinqua : à 20 ans,à30ouà50ans,on se demande comment se faire plaisir dans le métier que l’on exercera plus tard. L’originalité de l’idée, c’est
COMMENT CAPITALISER SUR SON HOBBY ?
Mais rapidement, la passion ou le hobby doivent céder leur place à un nouveau questionnement : y a-t-il un marché ? Une communauté derrière, pouvant soutenir et animer l’activité ? com- ment puis-je faire fructifier ces heures adonnées à cette passion ? Pour Bertille Burel
P etits, nous rêvons grand – et souhaitons devenir astronaute, aventurier ou Président de la République. Plus tard, les fantasmes s’étiolent à l’aune de notre vie de jeune adulte. Pourtant, toujours ancrées au fond de nous, des idées sommeillent, celles de vivre de nos passions qui nous animent, de l’art, de la musique. Pourquoi aussi ne pas monter un bar avec les copains ? Monter notre marque de prêt-à-por-
riences récréatives, produc- teurs de musique, éditeurs de bandes dessinées... au- jourd’hui donc, il ne s’agit plus seulement d’être en- trepreneur mais de le faire dans une activité loisir. Re- tour d’expériences. ou com- ment faire de son violon d’Ingres son métier.
D'abord faire le tri dans ce qui plaît avant d'en faire une boite ?
genres et le statut d’autoen- trepreneur encourageant le- dit phénomène. « Souvent, nous rencontrons des por- teurs de projet qui créent une activité en marge de leur emploi classique. Qu’il s’agisse d’une passion sous la forme d’une association, de la création d’un média ou d’un point de restaura- tion, ces derniers ont envie de développer par essai, pour voir si ce hobby de- viendra une activité rentable à plein temps », relate Mat-
L'aventure, c'est l'aventure
Bertille Burel et l'idée de Wonderbox
« Le point de départ de Wonderbox ? Avec mon mari, James Blouzard, également cofondateur, nous rentrions d'un tour du monde durant lequel nous avions multiplié les sensations fortes : équitation en Mongolie, rafting au Népal, trek en Australie, visite en hélicoptère... Nous sommes rentrés au moment de Noël qui rime avec le fait d'offrir des cadeaux. Pendant un an, nous avons vécu avec deux shorts et cinq T-shirts. Nous trouvons superficiels les cadeaux du type belle cravate ou foulard ou
autre matériel électronique. Le sel de nos vies n’est pas dans nos armoires. Nous voulions partager les expériences que nous venions de vivre avec nos proches en proposant des activités similaires mais accessibles.
Nous avions notre réseau grâce aux activités que nous faisions. Nous avons surfé sur notre passion outdoor pour lancer nos premiers coffrets. Le fait d'être passionnés, cela nous donne envie que nos produits soient meilleurs. C'est un atout concurrentiel colossal. Nous ne recrutons aussi que des passionnés.
Je ne fais pas de différence entre ma vie pro et perso : je suis associée avec mon mari. Nous sommes tout le temps ensemble : c'est un choix d'avoir cette unité, cette cohérence dans ce boulot. »
TESTER SA PASSION SANS GRANDE CONSÉQUENCE Devenir hobbypreneur ne signifie pas obligatoirement
Vivre de sa passion plus que travailler par besoin financier, quitte à perdre en pouvoir d'achat
L'hobbypreneuriat en complément d'activité
Louise Deguine et Webentwood
Après des études d'architecture, Louise Deguine vient d'être embauchée dans un cabinet. Classique. Mais son projet de fin d'études sur les méthodes de centrage du bois applicables à plusieurs échelles accouche de nouvelles idées. « Mes professeurs m'ont encouragée à trouver plusieurs applications à mes travaux de recherche. J'avais une appétence pour les
arts déco. J'ai décidé d'appliquer le PFE à un concept de lampe, à la croisée du textile, du bois et des outils de fabrication numé- rique », vulgarise la jeune hobbypreneure associée à Sasha Bitoun, une amie toujours étudiante.
Récompensée courant novembre par la CAMIF, la jeune maker a réussi rapidement à s'entourer : « Suite à l'enthousiasme suscité par notre idée, nous avons répondu à un appel à projet avec les fablabs, Ulule, SoonSoonSoon, et la CAMIF. Et après le succès de la campagne, nous avons monté notre structure »,
ajoute-t-elle. Malgré ces débuts encourageants, Louise Deguine ne souhaite pas en faire une activité à plein temps : « Je veux encore apprendre, comprendre la gestion de projets et de RH. Dans quelques années peut-être, mais je ne me sens pas aujourd'hui les épaules, il faut que je gagne en confiance. »
ter ? ou encore pouvoir monétiser notre mode de vie en dispensant des conseils pratiques sur le Web ? En 2016, un vent nouveau souffle et l’air du temps est à ces hobbypre- neurs, autrefois consultants, étudiants, salariés, chô- meurs... aujourd’hui ex- ploitants agricoles, bras- seurs, gérants de bar, des- igners, enseignants en tir à l’arc, créateurs d’expé-
28 Déc. Jan. 2017
créer sa structure et en vivre dans l’immédiat. Bien au contraire. Le déclic n’arrive pas naturellement. Souvent il faut même des années avant de se lancer corps et âmes dans ce que l’on aime. (cf. encadré de Vincent Fou- geroux). L’hobbypreneur peut ainsi faire le choix de temporiser, de tester son idée – l’essor du freelance avec les plateformes de dés- intermédiation en tous
thieu Maire du Poset, di- recteur général adjoint de la plateforme de finance- ment participatif Ulule.
METTRE DU SENS AUTREMENT ?
L’idée est donc bien de pousser sa passion un peu plus loin, au-delà de la di- mension créative et du loisir. Mais l’envie première de chaque hobbypreneur reste la même. Il s’agit pour ces


































































































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