Page 29 - EcoRéseau n°36
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A la Une - Les hobbypreneurs cLUB EnTREPREnDRE
et James Blouzard, cofon- dateurs de Wonderbox (cf. encadré), il s’agira de ca- pitaliser sur leur premier réseau de partenaires consti- tué durant leurs différents voyages pour matérialiser
qui montre que la naïveté n’est donc plus au même niveau pour appréhender la dimension entrepreneuriale. Peu nombreux d’ailleurs sont les hobbypreneurs à avoir vécu une forme de
terme entre l’accompagne- ment serré et l’envol d’une activité passion », relate caroline Tisserand. aussi, le côté hobby oc- culte-t-il parfois la bonne communication et la trans-
Du tir à l'arc à la création d'une école dédiée
Vincent Fougeroux, enseignant et formateur de tir à l'arc
La passion, atout ou inconvénient pour son activité ?
Quand on décide d'être passionné on ne compte pas ses heures, cela impacte sur la vie familiale, on a du mal à s'arrêter. Mais c'est cette même vie familiale qui m'a fait poser des limites. C'est une niche d'être dans le tir à l'arc à son compte. Cela se compte sur les doigts d'une main en France, car la plupart des formateurs et enseignants
sont salariés.
Cela a-t-il changé le regard sur votre discipline ?
Mon passé de sportif de haut niveau m'a permis de me créer
une belle carte de visite mais il a fallu s'accrocher pendant trois ans pour que les prospects se transforment en clients. Il a fallu créer et tisser mon réseau presque ex nihilo. Mon regard n'a pas changé. Cela reste une passion, et la motivation ne s'est pas émoussée bien que je pratique moins. Le plus dur reste la transmission et le vrai partage de cette passion, avec l'image que l'on a de la
discipline, avec l'emploi du bon matériel...
Créer l'événement ou y participer ? Un faux dilemme ?
Des politiques publiques à la gestion d'un bar
Maxime Merian, gérant du Sophomore à Paris
« J’étais consultant en conduite du changement. Un job qui n'a pas forcément de sens. Je m'occupais d'un projet pour redéfinir la paie des fonctionnaires. Le type de projet dont je n'avais pas vu le début et dont je ne verrais certainement pas la fin. L'idée était donc de devenir mon propre patron dans une activité qui me plaisait. Avoir de la proximité avec
les gens et ne pas être devant son PC 8 heures par jour comme le fait notre génération. Aujourd'hui, je gère un bar. C'est un métier de préjugés, avec l'image d'un métier festif où l'on sert et on offre des verres. Mais aujourd'hui, je vous assure que je n'ai plus le temps de trainer dans les bars comme avant. J'ai fait le deuil sur pas mal de choses, mais pour gagner ma vie dans une activité qui a du sens. J’avais un bon salaire en tant que consultant dans les politiques publiques. Aujourd'hui, il faut faire un beau CA pour avoir un beau salaire. Mon niveau de vie
n'est pas tout à fait le même, mais entre vivre cette aventure et rester salarié pour 1000 euros de plus, le choix est vite fait. Je ne regrette rien. J'ai également eu de la chance. J'ai signé une rupture conventionnelle qui m'a permis de peaufiner mon projet. Un des bons aspects du système français. La seule question que je me pose aujourd'hui n'est pas liée à mon épanouissement. Je me demande si mon affaire sera viable dans la durée. »
leurs premières offres. Pour anthony Debailleul, actuel gérant de la brasserie du Mont cassel, sa connais- sance des restaurateurs, des cafés et des bars lui permet d’accélérer la distribution de sa bière...
désillusion lorsqu’ils ont décidé de passer le cap de l’activité économique.
mission du projet. « Les porteurs de projet se com- prennent mais n’adaptent pas obligatoirement leur discours à un non initié. Pourtant, savoir vulgariser pour aller chercher un fi- nancement est vital », li- mite caroline Tisserand, qui fait du pitch projet un exercice incontournable de ses trois écoles.
DÉNIAISER LE PASSIONNÉ ET CADRER SON ACTIVITÉ
AUCUNE CHAUSSE-TRAPPE
DU PASSIONNÉ ? Peut-être, plus que n’im- porte quel autre profil d’entrepreneur, l’hobby- preneur nécessite un besoin d’encadrement pour la fai- sabilité du projet, mais surtout pour prendre la bonne décision. car il n’est pas rare que la passion joue en défaveur de l’en- trepreneur pour un chan- gement de positionnement commercial, pour un pivot
autre limite enfin, le sur- investissement. Là encore, c’est l’un des maux les plus récurrents des entre- preneurs. Sauf que cette fois-ci, les activités pour décompresser sont toujours un peu liées directement
« Chaque année, nous en- tendons le même refrain : notre enfant adore jouer et il voudrait en faire son mé- tier. Nous travaillons très tôt auprès des publics in- téressés sur la réalité des
Il n'est pas rare que la passion joue en défaveur de l'entrepreneur pour un changement de positionnement commercial, pour un pivot d'activité,...
Faire du patrimoine un moyen de revitaliser les friches in- dustrielles
Anthony Debailleul et la Brasserie du Mont Cassel (Nord)
Après un parcours en tant que technico-commercial, Anthony Debailleul décide en 2004 de reprendre un vieux troquet des Flandres pour en faire un estaminet. « Je ne me suis jamais prétendu restaurateur, mais j'aimais ce côté patrimonial et culturel. Reprendre une affaire
locale et dynamiser un quartier », précise le brasseur. Après une vente et quelques petits boulots en tant qu'artisan, le jeune Ch'ti décide alors de monter sa propre brasserie. « Cela faisait des années que je brassais dans mon garage. J'avais envie d'autonomie. Je me suis rapproché des brasseurs notamment pour jauger le coût et l'investissement matériel car de nombreuses micro-brasseries sont vite victimes d'un matériel qui ne leur permet pas d'augmenter leur production, au regard du prix d'une nouvelle cuve par exemple », témoigne Anthony Debailleul. L'hobbypreneur trouve alors une ancienne usine de chaussures dans laquelle la brasserie s'installe fin 2015. Le premier brassin est
lancé le 15 février. La bière du Reuze (« géant » en flamand, en référence aux géants de Cassel) est ainsi servie à l'occasion du carnaval. Anthony Debailleul conclut : « Je ne suis pas un bière-geek mais je sais surtout ce dont je suis capable. Par exemple, mon passé dans la restauration m'a permis d'acquérir une bonne connaissance du monde des cafés, de la res- tauration pour le développement commercial ».
métiers des jeux vidéo ou du design, via notamment nos summer camps. Nos di- plômés ont la chance de pouvoir s’orienter vers des métiers-passion, mais nous essayons de savoir si cette passion est leur unique mo- tivation. Nous envisageons avec eux également com- ment faire de leur passion un métier », résume caro- line Tisserand, directrice générale de Rubika, grou- pement de trois écoles spé- cialisées, un des leaders dans le design, le jeu vidéo et l’animation. Un propos
d’activité... Le hobby peut être synonyme d’ornières pour l’entrepreneur qui a trop le regard fixé vers les étoiles. « Le passionné a toujours besoin de quelqu’un sur le côté éco- nomique, sur la construc- tion du business model, sur le financement, les as- pects juridiques, et en par- ticulier la protection in- tellectuelle dans nos mé- tiers. A notre niveau, il s’agit de créer des éco- systèmes favorables et un environnement porteur pour trouver le moyen
au travail. Mais rassurez- vous. cela n’empêche pas Bertille Burel (cf. encadré) de commencer de nou-
velles activités.
et son art de vie en l’oc- currence. anthony Debail- leul apprécie tout autant la dégustation d’une bière qui n’est pas la sienne. Et Vincent Faugeroux regrette de ne pas avoir plus de temps pour tirer à l’arc. comme quoi...
Le Karaté
Geoffroy Framery
Déc. Jan. 2017 29

