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Interview croisée - Hobbypreneurs, L’Occitane et Focus cLUB EnTREPREnDRE
– sachant qu’eux me lais- saient la compétence dans le développement de l’aDn, si l’on peut nommer cela ainsi.
étapes...
Mais il faut savoir évaluer un projet sur ses qualité propres. comment est-ce qu’on va toucher le plus de monde, et de quelle ma- nière ? Quelques-uns de nos succès sont des jeux qui ne nous ressemblent absolument pas. Je suis Pa- risien, citadin : je n’avais rien à faire d’un jeu appelé Farming Simulator, a priori... En fait, j’étais en train de donner un cours sur l’entrepreneuriat, et je racontais comment Focus avait construit son cata- logue : il fallait chercher
en rentrant, sur ma moto, que j’ai eu le déclic : je ve- nais de leur décrire com- ment obtenir un succès mondial, et je le snobais parce qu’il était centré sur l’agriculture. Le lendemain, nous sommes entrés en contact avec l’éditeur... Et c’est un jeu qui ne me res- semble absolument pas – mais que j’adore.
Est-ce que vous feriez les choses différem- ment ?
OB : Pas vraiment. En ce qui me concerne, tout s’est construit autour de rencon-
Par exemple, la relance de l’olivier en Provence a cor- respondu à l’intérêt que pouvait porter Bruxelles à cette culture sur une partie du bassin méditerranéen... Il en va de même pour les échecs : ils ouvrent des op- portunités. Par exemple, avant l’arrivée de Reinold Geiger à l’occitane, j’avais fait entrer au capital un fonds d’investissement, ce qui a été un monumental raté. au bout de deux ans, ils étaient en train de couler la boîte. Mais cela a été au final bénéfique, puisque cela a permis à Reinold de racheter l’entreprise et d’avoir suffisamment de li- quidités pour pouvoir y ré- investir directement. Les choses vont de pair et se construisent doucement. CL : non... nous avons rencontré des difficultés, bien sûr, mais dès le départ, nous savions que nous al- lions faire autrement. nous nous sommes construits au- tour des attentes d’un mar- ché qui était en train de ra- dicalement évoluer. nous
le rôle d’éditeur de jeux vi- déo pour les studios indé- pendants : il n’existait pas de société comme la nôtre à l’époque, y compris à l’étranger.
Qu’est-ce que l’avenir vous réserve ?
OB : Pour moi, entrepren- dre est un bonheur viscé- ral... Mon épouse me de- mande quand je m’arrêterai, et j’avoue que je ne sais pas ! J’ai racheté, il y a deux ans et demi, le Roy René, spécialisé dans les calissons d’aix – j’aimais l’idée de porter le melon de cavaillon et les amandes de Provence. La personne qui me l’a vendu, qui était la troisième génération d’exploitants propriétaires, n’avait que cinq ans de plus que moi ! Et je pense y rester longtemps. J’ai- merais bien que mes en- fants suivent derrière moi pour une ou deux généra- tions. Les entreprises comme ça, chargées d’his- toire, font partie d’un ter-
entrepreneur passionné ?
OB : La première chose que je dis, quand on me pose cette question, est cette très belle phrase d’os- car Wilde : « Dans la vie, il faut avoir des rêves suf- fisamment grands pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant ». c’est un conseil que je donne sou- vent à des jeunes qui se lancent. Il ne faut pas per- dre ses rêves ; il faut garder sa passion d’abord. L’en- treprise c’est, au départ, souvent ça... des grandes
CL : au départ d’un projet, il faut en tomber amoureux. c’est une condition obli- gatoire. on nous propose plus de 1000 projets par an, et on en fait moins de 1%. nous faisons la plupart des jeux avec des parte- naires historiques – quelques mois avant de finir un projet, nous nous met- tons d’accord sur un autre. Le catalogue se renouvelle naturellement, et nous al-
passions.
L’autre conseil que je donne est de penser directement à l’international. Pendant 20 ans, avec l’occitane, je n’y suis pas allé ; c’est Reinold Geiger, quand il l’a repris, qui l’a mis en place. Et, du coup, il m’a beaucoup appris ; et pour moi, maintenant, l’interna- tional est fondamental. c’est pourquoi, avec le Roy René, ma nouvelle aventure entrepreneuriale, nous y al- lons directement : nous ve-
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lons laisser rentrer peu de nouveaux studios. Du coup, tout marche au coup de cœur, ou alors par envie de travailler avec un studio qui a une forte notoriété et va nous aider à franchir des
En ce qui me concerne, j’ai un job de rêve. Je me réveille tous les matins avec des projets, et la satisfac- tion, quand ils réussissent, est énorme... En plus, au- jourd’hui, c’est valorisant : tout le monde a compris que les jeux vidéo étaient un vrai business – 70 mil- liards de dollars par an, voire plus en considérant d’autres segments. alors, un jour, j’arrêterai, quand j’aurai atteint mes objec- tifs... Mais ce ne sont pas les mêmes que ceux que j’avais il y a cinq ans.
rance. Il
ritoire.
Avec Internet, les réseaux sociaux,
la dématérialisation et les moyens de livraison, il faut penser d’emblée à l’international.
La France est trop petite
avons été parmi les premiers à voir arriver la dématéria- lisation, et à lancer Focus avec l’idée de se concentrer dessus. nous avons construit un catalogue numérique dès 2001... Et nous nous sommes rendu compte qu’il y avait vrai manque, au ni- veau international, pour des structures françaises en mal de financement. Quand un studio est venu nous voir pour nous proposer de de- venir éditeurs de leur jeu, nous n’avions pas encore la dimension nécessaire. au début, nous étions une petite équipe, il y avait un côté très aventure ; et, au fil des succès, des réussites, des décisions qui se sont révé- lées bonnes, nous nous sommes agrandis et nous avons grandi, gagné en ex- périence... nous nous sommes transformés petit à petit pour répondre à leurs attentes, leurs besoins... En fait, nous avons peu inventé
CL : nous sommes un petit Poucet au milieu des géants. nous sommes la seule petite boîte à jouer dans la même cour que les grands, avec une distribution mondiale, plusieurs titres... Et nous allons continuer en regar- dant vers le haut.
nons tout juste d’ouvrir no- tre premier magasin à Miami.
CL : La première chose quejedisàtoutlemonde: penser à l’international dès le départ. c’est trop petit, la France ! avec Internet, les réseaux sociaux, la dé- matérialisation et les moyens de livraison, il y a des opportunités extraordi- naires. Même pour des mi- cro-entreprises. Pendant des années, nous avons un peu fait du sur-place en étant
Cédric Lagarrigue
Focus est sa grande aventure entrepreneuriale. Il l’a rejoint en 1996, en tant qu’attaché com- mercial, et en devient Directeur des Opérations en 2000. La société, de taille modeste, connaît rapidement une forte croissance, et se taille sa place dans le marché français de l’édition et de la distribution, misant dès le départ sur la dématérialisation. Le passage à l’international en 2008 et le succès de Farming Simulator en 2010 la propulse pour de bon dans la cour des grands. La société est rentrée en Bourse début 2015, levant plus de 10 millions d’euros. Focus emploie aujourd’hui 75 personnes et a réalisé 69,1 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2015.
un jeu original, avec un thème populaire et inex- ploité. En exemple, je prends un jeu allemand, qui se vendait très bien en im- port sur amazon – et je déroule tout le plan. c’est
tres et d’opportunités. Il est difficile de se dire qu’on aurait dû rencontrer untel plus tôt, ou saisir telle op- portunité avant qu’elle ap- paraisse... Les choses sont arrivées au bon moment.
Quel conseil donneriez- vous à un jeune
distributeurs en F.
est plus facile de se déve- lopper et de trouver de la croissance quand on peut se reposer sur des marchés étrangers. chaque société de jeu vidéo fait 90% de son chiffre à l’internatio- nal... ah, et, du coup, ap- prenez l’anglais !
Propos recueillis par Jean-Marie Benoist
Déc. Jan. 2017 31

