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n°33
CLUb eNtrePreNDre A la Une - Prospective des entreprises
L'occasion pour EcoRéseau Business d'enquêter sur le sujet principal du Club Entreprendre,
Le come-back deDmadame Irma Grands groupes et etI ont compris qu’ils ont tout à gagner à imaginer l’avenir,
en rapport avec l'innovation et l'entrepreneuriat
même si la mission semble impossible sur le papier.
igital, économie sociétés : « Qu’on l’appelle de partage, initia- prospective ou anticipation tives citoyennes... stratégique, celle-ci est
scénarii d’avenir. rarement tout est externalisé vers un cabinet extérieur. « Les di- rections RH ont cherché ces dernières années à re- mettre l’homme dans les décisions. Tout le monde perçoit l’accélération du temps et le devoir d’anti- cipation, ainsi que d’in- novation. Il ne faut pas seulement voir loin, il faut voir différemment », re-
sont autant de mots qui bien présente, avec une ont profondément trans- certaine rupture par rap-
formé notre société depuis dix ans. L’évolution de cette dernière accélère, à tel point qu’en Suède, pays nordique toujours à la pointe en matière de poli- tique, on a créé un minis- tère du futur pour anticiper
port aux années 70-80-90. Les ambitions ont changé ; auparavant le but était de diminuer l’incertitude, il est maintenant plus mo- destement de parvenir à prendre la décision dans l’incertitude. » Souvent
Une accélération du temps, d’anticipation et d’innovation. seulement voir loin, il faut voir
un devoir
Il ne faut pas
les changements. Quid des entreprises dont le but a toujours été de tirer leur épingle du jeu avant la concurrence en prévoyant les demandes futures ? Proactives elles l’ont été, craintives aussi, notamment les grandes structures. mais ça, c’était avant...
critiquée pour sa dimension intellectuelle éloignée de l’opérationnel, la prospec- tive moderne consiste à travailler collectivement pour qu’elle soit transfor- mée en capacité d’action. « Si l’exercice est décon- necté de la prise de déci- sion, il n’a plus aucun in- térêt dans l’approche fran- çaise », ajoute l’expert (cf. encadré). Au niveau de la planification stratégique, de l’innovation, ou de la direction générale, on phos- phore donc sur d’éventuels
différemment
NOUVEL ENVOL
marque Philippe Durance, professeur au Cnam, titu- laire de la chaire “Pros- pective et développement durable”. et ce quel que soit le profil du dirigeant. Pour Jacques masson, ex- directeur du marketing stra- tégique chez Vacallians group, le leader de l’hô- tellerie en plein air et du camping, l’identité des hauts profils évolue constamment. « Il y a eu les patrons venus de l’ex- ploitation et de la produc- tion, les patrons commer-
« Il est impossible de déranger le Pdg. dans l’heure, il est en pleine séance de réflexion sur la stratégie à tenir... »
On trouve des chasseurs de tendances dans tous les domaines, en quête de signaux fai- bles et de changements sociétaux. Jacques Rougerie, architecte concepteur de labora- toires sous-marins et musées subaquatiques, qui projette des villages et lieux de vie sous l’eau, en fait incontestablement partie. Son chantier phare ? La station scientifique dérivante SeaOrbiter, construite dans les chantiers navals de Saint-Nazaire. Cet aca- démicien des Beaux-Arts est aussi dirigeant de la fondation Génération Espace Mer, qui récompense les projets futuristes des jeunes inventeurs, architectes, ingénieurs et designers en rapport avec le monde de la mer et de l’Espace. Pourquoi est-il persuadé de ces avancées futures dans le milieu aquatique ?
Le regain est évident pour François de Jouvenel, di- recteur de Futuribles, qui publie une revue sur le su- jet et accompagne certaines
22 SePtembre 2016
Cas d’école
La vision d’un prospectiviste de la mer, Jacques Rougerie
Pour diverses raisons. « Ne voyez-vous pas à quel point la société change son point de vue à l’égard de l’océan ? Le rapport des jeunes générations à la grande Bleue n’est plus du tout le même que celui des anciens, pour qui elle était synonyme de fascination, mais aussi de danger voire de mort. Au- jourd’hui, avec le surf, la planche à voile, la plongée sous-marine, les gens ont une ap- proche plus sensorielle de l’élément aqua- tique, objet de jeu voire de passion. Ce n’est pas un détail. De ce fait les hommes mettent au point des engins pour explorer les profondeurs, pourvus de hublots toujours plus grands. Ils développent un peu plus leur imagination. » Et le prospectiviste de constater que le processus est similaire
dans l’Espace : des hommes, des femmes, des médecins, des biologistes s’y rendent, ce qui débouche sur une station orbitale, et demain sur des habitations. Selon ce vi- sionnaire nous allons véritablement explorer les océans, et pourquoi pas y habiter, en prenant en compte les enjeux de dévelop- pement durable. « Nous ne sommes plus dans l’utopie, mais dans la prospective. L’espace sous-marin – car il s’agit d’un espace en trois dimensions – est le dernier réservoir qui nous reste ; il occupe 71% de la planète et mesure 3,5 kilomètres d’épais- seur en moyenne. Imaginez la diversité qu’il recèle, et les découvertes que nous avons encore à y faire. » Et l’histoire lui donne raison. Les réalisations d’ouvrages flottants,
basés sur la bionique et utilisant l’énergie de la mer sont étudiés, voire construits. Les villes gagnent sur l’eau, comme Tokyo ou Hong Kong. « Le Prince de Monaco nous a confié l’extension de la Principauté, qui aura valeur d’exemple pour d’autres cités. Plus nous progresserons sur ou sous l’eau, plus nous développerons notre imaginaire, aidé en cela par les technologies », déclare celui qui a accueilli à sa fondation 600 can- didats de 76 pays. Le lauréat a imaginé un système de mangroves pour protéger certains lieux de la montée des eaux. D’autres ont esquissé des solutions d’îles flottantes pour les habitants des Maldives menacés...

