Page 33 - EcoRéseau n°31
P. 33
n°31
www.ecoreseau.fr
Electron libre - Alexandre Jardin, zèbre en action CLuB EnTREPREnDRE Dans cette rubrique EcoRéseau Business met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
Agitateur de société civile
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
il n’est pas qu’un écrivain, cinéaste et pamphlétaire de 55 ans, mais aussi un « faiseux » qui secoue le cocotier des « diseux » politiques avec son mouvement citoyen. Rencontre.
«C
je me suis lancé. Ce n’en n’est plus un. Je dispose des généraux du change- ment en magasin désor- mais », lance-t-il en ce matin printanier au café du Tro- cadéro. une phrase qu’on ne s’attend pas vraiment à entendre de la bouche d’un écrivain (plus d’une ving- taine de livres dont « Le Zèbre » qui l’a rendu célè- bre) et réalisateur de films. Alexandre Jardin – petit fils de l’homme politique Jean Jardin, fils de l’écrivain Pas- cal Jardin –, avait tout pour être un citoyen créatif et engagé. A tel point qu’en 2011 il écrit « Des gens très bien », n’hésitant pas à questionner le passé vi- chyste de son grand-père directeur de cabinet de Pierre Laval. on l’aura com- pris, ce natif de neuilly- sur-Seine n’hésite pas à ruer dans les brancards, ce qui l’a conduit à cofonder le mouvement citoyen « Bleu Blanc Zèbre » (BBZ) qui prône l’action des gens de terrain pour sortir de la crise. Le diplômé de Sciences Po 86 est un adepte de l’amour à la Feydeau et de la péda- gogie. Deux marottes qui vont guider son engage- ment, la première dans la littérature, la deuxième dans le monde associatif et la société civile.
litique et des jeunes qui partent en masse à l’étran- ger ! », s’insurge l’ancien chroniqueur littéraire de nulle part ailleurs sur Ca-
« Les Zèbres ont le respect du praticien, plus que du crâne d’œuf », Alexandre Jardin.
vous». » L’action concrète de BBZ dans ce contexte ? Premièrement repérer qui sait faire quoi : qui sait re- bancariser les gens, qui fait
’était un pari il y a deux ans lorsque
service de compte bancaire qui ne peut être débiteur, consultable sur borne dans les bureaux de tabac, pro- posé par les Zèbres Ryad
élèves à s’asseoir autour d’une table pour concrétiser leurs idées. Troisièmement BBZ négocie des politiques régionales avec le nord et PACA qui intègrent les Zè- bres pour certaines de leurs missions qu’elles financent. Enfin quatrièmement l’ap- proche nationale n’est pas négligée. « Nous avons lancé laprimairedesfran- çais.fr, pour que les partis traditionnels ne nous im- posent pas les candidats de leur choix », ajoute celui qui a mis des conditions : pour se présenter, les gens ne doivent pas avoir été condamnés, avoir travaillé cinq ans en entreprise ou association, ne pas avoir plus de 12 ans de mandat national. Tout cela pour un minimum de renouvelle- ment. « Leur point com- mun ? Ils ont le respect du praticien, plus que du crâne d’œuf », ironise le prix Fé- mina 1988. « Le scénario idéal est un Etat qui aide ce qui marche, et non un système qui cherche à per- durer. Aujourd’hui il crée Pôle Emploi pour ensuite rapprocher la structure des entreprises, au lieu d’aller chercher en premier lieu les faiseurs. Les Maisons de Services au Public, sou- tenues par les territoires, sont nées de leurs bassins d’emplois et sont plus effi- caces. Nous n’avons pas
duisent les chutes en mai- sons de retraite (-80% !) et les cols du fémur cassés. Ils abordent une foultitude de sujets, réduisant aussi la récidive du cancer du sein par des exercices de cardio. Mais la Sécu ne les a jamais invités ! Les mu- tuelles les suivent enfin. D’autres pays d’Europe qui ont moins cette culture ad- ministrative embrayent le pas. Ils n’ont peut-être pas le look d’Alain Juppé, mais McKinsey a estimé qu’ils pouvaient générer des éco- nomies de 58 milliards d’eu- rossurhuitans!»
SITUATION FRAN- ÇAISE SCLÉROSÉE
« Je ne cautionne pas les énarques et leur système de cooptation au sommet de l’Etat. Nous donnons les clés du pays à des jeunes femmes et hommes de 22 ans. Il existe en France une vieille habitude de soumis- sion devant ces gens. Ju- geons seulement de la dette faramineuse du pays, des 8% de Français seulement qui font confiance à la po-
LES « FAISEURS » À LA RESCOUSSE
« Il nous faut rameuter les «vivants», ceux qui ont une véritable capacité d’action, ont déjà essuyé les plâtres et se sont confrontés à la mise en œuvre de leurs pro- pres idées », explique celui
nal+. Les élections – où ce sont d’ailleurs les personnes âgées qui votent le plus – ne font pas changer le sys- tème. « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés », reprend- t-il d’Albert Einstein, per- suadé que ces dysfonction- nements et attitudes cy- niques qui perdurent abou- tiront un jour ou l’autre à la victoire du Fn. « Prenons le droit opposable au chan- gement. Cette mesure est bidon, est-ce que cela a changé quelque chose ? Prenons le service civil. Les maires des petites com- munes ne l’utilisent pas parce qu’ils ne détiennent pas de services techniques, de back-office. Prenons les dispositions prises à l’égard des 2,5 millions d’interdits bancaires. Croyez-vous qu’ils se rendent à la Poste comme prévu, alors que leur parcours est des plus humiliants ? Non ! » Et de citer le Compte-nickel, un
Boulanouar et Hugues le Bret. Le résultat de ces fai- seurs de la Fintech : 280000 ouvertures de compte en peu de temps.
© Pascal Rostain
exporter sa commune, qui sait placer les élèves de son université à l’international, qui répond aux problèmes de lecture des élèves, qui sait vraiment accompagner les chômeurs de longue du- rée ?... Deuxièmement, une fois le catalogue établi, or- ganiser une coopération en- tre les acteurs. « Par exem- ple les jeunes ne rentrent plus dans les locaux de Pôle Emploi. Utilisons donc la structure des clubs et l’en-
L’HOMME AUX MUL- TIPLES VIES
BBZ a vocation à devenir une plateforme civique qui ne lui appartiendra plus, comme l’association Lire et faire Lire qu’il a créée avec le journaliste Pascal Guénée en 1999 et qui em- barque des seniors dans les écoles maternelles et pri- maires pour transmettre le plaisir de la lecture. Elle regroupe aujourd’hui 18600 bénévoles, touche 650000 enfants par an et couvre 100 départements. un bâ- tisseur ? Certes, en témoigne encore sa création en 2002 de l’association Mille Mots pour laquelle des bénévoles retraités interviennent en prison. Mais avec BBZ, il compte bien fédérer la so- ciété civile dans l’action concrète au bénéfice de la population. « Le combat sera gagné lorsque les po- litiques (les «Diseux») confieront à la société civile (les «Faiseux») des «contrats de mission de ser- vice public». » Selon l’au- teur de « Laissez nous faire ! », les Français doivent enfin se prendre en main pour résoudre les maux qui rongent notre société.
« Nous n’avons pas besoin d’un Etat fort mais d’une société forte »
qui fustige l’éternelle ap- cadrement des coaches afin besoin d’un Etat fort mais proche administrative et ina- de mener des campagnes d’une société forte. » Et de daptée. « Les «zèbres» vien- de recrutement pour les cen- citer ces médecins de l’as- nent de la société civile, tres de formation des ap- sociation Siel Bleu qui pro- des associations, des entre- prentis. Beaucoup d’élèves posent de la gymnastique prises ou sont des élus lo- n’ont jamais entendu parler adaptée à 100000 personnes caux. Ils passent à l’acte et des CFA ! », illustre celui afin de contrer les patholo- sortent de la frustration ou qui vente les lycées profes- gies les plus onéreuses pour de l’aigreur, de «l’indignez- sionnels encourageant leurs la Sécurité sociale. « Ils ré-
.
Comme lui...
Juin 2016 33
Julien Tarby
n
i
a
t
s
o
R
l
a
c
s
P
a
©

