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n°30
CLUB ENTREPRENdRE Interview croisée - Ines de la Fressange et Henjoy, briseurs de codes dans la mode
Mode flexible
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
d’un côté une marque puissante mais dormante, qui a été relancée en 2013. de l’autre une start-up qui a su pivoter une fois et veut changer les habitudes de consommation. Mais un même état d’esprit...
Quelles ont été les conditions de lancement et de relance de vos entreprises ?
Julie Veg : après plusieurs mois de travail sur Eyefind, l’application qui se voulait le Shazam de la mode – une simple photo d’un vê- tement dans la rue permet- tait de le retrouver sur in- ternet –, nous avons mis de côté ce projet magni- fique trop dépendant de la technologie, qui avait mis beaucoup plus de temps à se développer que ce que nous pensions. Nous avons lancé Henjoy, avec Chloé dana, au printemps 2015. Notre idée ? avec l’explo- sion de la seconde main
annonces qui sont publiées sur l’appli. Les locataires, elles, peuvent choisir par thème, par couleur, etc., définissent leurs dates de réservation, heures et lieu de livraison et de retour. Nous récupérons les vête- ments et nous nous occu- pons du pressing. Elles n’ont qu’à en profiter, (h)enjoy quoi !
nous avons nous-mêmes rassemblés.
La mode possède la ré- putation d’un milieu as- sez élitiste. Est-il diffi- cile d’y entreprendre ? J.V.:ilyadescodesdans ce secteur de l’entre-soi, mais pour nous, aucune en- trave liée au milieu. Notre cible peut être la femme qui aurait acheté dans ces maisons de luxe mais pas les maisons de luxe elles- mêmes. Nous allons aussi au devant de jeunes créa- teurs afin qu’ils vendent leurs collections capsules et leurs fins de série, voire des prototypes sur Henjoy. Mais eux sont encore at-
connaître notre cible : c’est une femme active, connec- tée, qui ne consomme pas seulement dans l’avenue Montaigne.
si nous sommes plutôt si- tués en lifestyle ; nous ne nous plaçons pas comme une pure marque de mode mais plutôt une marque qui
d’être un peu plus intem- porel alors que la mode est aujourd’hui dans une ac- célération faramineuse du temps. Plus réactif que la
Fabrice Boé : Lorsque nous avons repris la marque en 2013, elle était quasi- ment dormante, mais par- faitement incarnée par inès de la Fressange qui repré- sentait le chic parisien. Nous sommes donc partis d’une base extrêmement petite en chiffres d’affaires
La schizophrénie du lanceur de produit : affirmer qu’il est le meilleur et le changer en reconnaissant qu’il était finalement un peu bancal
ces dernières années, une tendance claire qui fait ap- paraître que les Françaises commencent à privilégier le port plutôt que l’achat, nous nous sommes aper- çues que nombre de jeunes femmes cherchaient une plateforme sérieuse réunis- sant les offres que l’on trouve de manière dispersée sur les groupes Facebook – avec une vraie interro- gation en terme d’assu- rance, ce qui fut notre pre- mier chantier ; sans oublier le fameux « je n’ai rien à me mettre » ! L’appli Hen- joy propose donc de la lo- cation de vêtements. Le concept est simple : l’une met en location ses vête- ments, l’autre les porte. La propriétaire nous soumet ses produits, nous les sé- lectionnons, nous allons les chercher, les stockons, fai- sons les shootings et les
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mais qui possédait un po- tentiel mondial, parce que l’histoire qu’elle raconte est une histoire vivante, forte et connue dans le monde entier. Ce que nous avons choisi d’en faire, c’est une marque de style de vie, présente sur de nom- breuses catégories de pro- duits, dont une, centrale, le prêt-à-porter, et d’autres qui sont presque aussi im- portantes comme la maro- quinerie et les souliers. L’idée était de proposer si- multanément des produits sur ces principales lignes, de les exposer dans un ma- gasin et sur un site de vente en ligne. Personnellement, avec une assez longue ex- périence dans le monde du luxe,j’yaivuunnomà très haut potentiel interna- tional, non encore exploité quand nous l’avons reprise avec des investisseurs que
teignables car ils sont jeunes, la situation est dif- férente du côté des grandes maisons. Quant aux inves- tisseurs, ils sont surtout concentrés sur le nouveau service que nous proposons et observent la communauté
Julie Veg, co-fondatrice d’Henjoy
C’est en Master à l’ESG Paris que Julie Veg rencontre Chloé Dana. Dans le cadre de leur projet d’étude, les deux jeunes femmes lancent l’idée Eyefind, le Shazam de la mode. Un premier poste en parallèle pour Julie Veg à Event International, une agence de communication, et de Business Developper chez Mister Bell pour Chloé Dana alors que le développement des algo- rithmes se poursuit jusqu’en avril 2015, où le projet est abandonné au profit d’Henjoy. Les deux jeunes femmes ont été rejointes il y a quelques mois par Luc Ibata, un CTO expérimenté passé par Apple, Adobe et Yahoo notamment.
© HENJOY
mode, je ne connais pas. Ce que nous avons cherché, c’est à avancer à un rythme qui est le nôtre.
Cette volonté constante de bousculer les codes
sur laquelle nous nous ap- puyons. Nous n’avons pas nécessité à nous immiscer dans le milieu fermé de la mode, nos clients sont des particuliers. Ce n’est pas compliqué mais nous de- vons pour autant bien
F.B : Oui, il faut être clair. il existe notamment dans la mode des calendriers ex- trêmement contraignants, qui se sont d’ailleurs beau- coup accélérés et renforcés ces dernières années, même
intègre les catégories de produits que l’on trouve dans la mode. Ce position- nement a pour conséquence d’être moins exposé mais aussi moins soumis aux ca- lendriers. Cela permet aussi

