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Interview croisée - Militants optimistes de l’action patronale CLUB ENTrEPrENDrE
pas le droit de me plaindre. Positiver résout beaucoup de choses. J’essaie de com- muniquer cette vision aux autres, et notamment à mes collaborateurs : avoir des projets, minimiser les dif- ficultés, positiver les choses. J’espère qu’ils s’en aper- çoivent. En tout cas, mes collaborateurs me parlent plus souvent de projets que de problèmes !
faut d’abord savoir soi- même quel regard nous po- sons sur les choses. On ne veut plus parler de paterna- lisme dans le monde éco- nomique et de l’entreprise, et pourtant gérer son affaire « en bon père de famille » (comme on le disait avant) est plutôt rassurant, et nos salariés en redemandent. Cela nécessite beaucoup de volontarisme et de courage.
Le bonheur au travail, utopie “Bisounours” ou vecteur de développement ?
l’entreprise ? C’est à la mode, et pourquoi pas, si cela peut contribuer au bien- être des salariés et les aider à se sentir mieux... Mais encore une fois, quand on n’aime pas son travail, il faut être réaliste et prendre le risque d’en changer. En France, nous avons la fâ- cheuse tendance de voir les choses à l’envers. Prenez le compte pénibilité. J’ai plusieurs fois dit au ministre : si vous considérez qu’il existe des métiers difficiles, parlez plutôt de bonus que de pénibilité. Comment
des entreprises califor- niennes qui ont aménagé des salles de fitness, des bars à jeux, etc. Il ne fau- drait quand même pas ou- blier qu’on est avant tout dans une entreprise pour y travailler ! Bien sûr, je suis d’accord pour qu’il y ait un espace de convivialité, car quitte à travailler autant le faire dans de bonnes conditions en s’aménageant de temps en temps des plages de détente. D’ail- leurs, j’ai installé il y a quelque temps un baby- foot dans notre bureau d’étude, à la demande des plus jeunes. C’est un bon exutoire. Du temps de mon père, cela aurait été inima- ginable ! Dans toute entre- prise, les moments de convivialité sont essentiels, ils tissent le lien social qui permet à chacun de se sentir bien, au sein de cette mi- cro-société que constitue la PME.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle généra- tion d’entrepreneurs ? AG : Je constate une ap- proche différente dans la manière d’entrevoir l’en- trepreneuriat. Je croise
: « Pensez-vous que les jeunes de 20 ans sont plus heureux que vous ne l’étiez àleurâge?»Jeluiairé- pondu:«Moià20ans,si je traversais la rue, je trou- vais un boulot. La drogue, je ne connaissais pas. La porte de notre maison était toujours ouverte. L’avenir n’a jamais été incertain. Aujourd’hui, on ne parle aux jeunes que de chômage, d’insécurité, de drogue, de maladies... Oui, nous étions plus heureux ! » Je suis d’une génération privilégiée qui n’a pas connu la guerre, j’ai eu la chance de toujours avoir du travail. au- jourd’hui, les jeunes dé- marrent avec une vision négative de la vie, c’est à nous de leur offrir une pers- pective différente, de leur montrer le bon chemin. FA : Je les trouve très au- dacieux, ces jeunes entre- preneurs ! En outre, ils sont dans une perpétuelle quête de sens à leur vie, que je retrouve aussi bien chez les entrepreneurs que chez les jeunes salariés. au- jourd’hui, ils acceptent plus facilement de prendre un risque car il permet de don- ner du sens à leur vie, de
L’important, ce n’est pas de tomber mais de se rele- ver. Et celui qui réussit le mieux est celui qui se re- lève le plus souvent. En France, la réussite est sus- pecte et l’échec vous condamne. Nous manquons de recul par rapport à tout cela. Pourtant, chacun à son niveau a connu ou connaîtra l’échec. Il faut dédramatiser les choses, le soleil se relèvera demain matin et nous avec !
Êtes-vous un optimiste convaincu ou avez-vous appris à l’être ?
AG : Je suis un optimisme convaincu, mais je pense aussi que j’ai été aidé par ce que j’ai vu et appris de la vie. Elle m’a démontré que l’optimisme était la meilleure façon d’être plus heureux. Des personnes traumatisées à l’idée d’ou- vrir leur boîte aux lettres de peur d’y trouver une facture ou une mauvaise nouvelle, j’en ai côtoyé. Moi, par chance, ça ne m’est jamais arrivé et j’en suis très heureux. si j’avais un message à transmettre : savoir compter sur soi, ne pas attendre tout des autres.
FA : Je pense qu’il n’y a point d’éducation sans exemple. Quand on est chef d’entreprise, on est regardé comme un chef. s’il y a
Si demain je commence à faire la tête, je ne vous intéresserai plus
©DAHMANE
bien une chose qui se trans- met très rapidement, c’est l’angoisse. a nous de trans- mettre l’espérance et le po- sitivisme. Cela nécessite d’être en veille constante sur la manière dont on est regardé. Les actes que l’on pose, les gestes que l’on fait trahissent notre état d’esprit. si l’on veut transmettre quelque chose de positif, il
52 ans, dirige depuis 1993 l’entreprise créée par son père en 1957. Spécialisée dans la restauration de monuments historiques, l’entreprise implantée à ouars (Deux-Sèvres) a affiché un chiffre d’affaires de plus de 15 millions d’euros en 2014. François Asselin a été élu en janvier 2015 président de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME).
AG : J’ai la chance depuis toujours d’aimer mon tra- vail, il est source d’épa- nouissement dans ma vie personnelle. C’est une chance que d’aimer ce que l’on fait. Parfois, ce n’est pas le cas. Pour mieux ai- mer son travail, peut-être faut-il en changer... Les salles de sport, les espaces de détente partagés dans
voulez-vous susciter l’in- térêt des jeunes vers ces métiers ? si vous leur dites, « faites ce métier, vous au- rez un bonus », l’approche est différente. Les pouvoirs publics transmettent un mauvais signal aux Français et je le regrette.
bien. Ils se sentent mieux dans leur peau, reprennent de l’autonomie. C’est une façon de revivre, de mieux exister. Les gens ont besoin d’exister par l’intermédiaire de leur travail, de se mettre à leur compte. C’est, pour beaucoup, exister tout court. Quant à la jeunesse actuelle, un journaliste m’a posé un jour cette question
avez . Jeluiairépondu:«Side- main je commence à faire la tête, je ne vous intéres- serai plus ». Morale de l’histoire : le soleil est le même pour tout le monde, il n’existe pas de recette miracle, il faut croire en la vie !
FA : Je pense de mon côté qu’il faut nuancer les choses. On parle beaucoup
Propos recueillis par Anne Diradourian
Mars 2016 29
beaucoup de femmes et d’hommes qui choisissent de se mettre à leur compte vers 40/50 ans pour repren- dre de la liberté, c’est plutôt salvateur. Je trouve cela
rester maîtres de leur destin. avant de dépendre de quelqu’un, ils veulent d’abord dépendre d’eux- mêmes, d’où des parcours parfois étonnants, comme ces cadres qui reprennent un métier manuel, ou ces reconversions profession- nelles toujours plus nom- breuses.
Quelle est votre perception de l’échec ? AG : Je trouve dommage qu’on ne permette pas à ceux qui ont osé tenter de comptabiliser un échec. Car un échec peut être lié à une cause extérieure. Des travaux dans une rue peu- vent entrainer la fermeture d’un artisan. Notre système ne permet pas de se relever. Nous avons fait des pro- positions comme le droit à l’oubli de l’échec, mais le chemin est encore long... FA : Nous tombons tous.
L’optimisme, il faut non seulement le décréter mais surtout le mettre en œuvre, car c’est une belle idée qui doit permettre à tous d’être plus heureux.
François Asselin
FA : Je pense que l’opti- misme est inné chez moi ; j’ai toujours été très opti- miste dans la vie, mais sur- tout j’ai appris à le rester dans les moments compli- qués. L’école de la vie, les épreuves vous y aident. Un jour un client m’a dit : « Monsieur Asselin, vous
toujours le sourire ! »

