Page 28 - EcoRésean n°28
P. 28

www.ecoreseau.fr
n°28
CLUB ENTrEPrENDrE Interview croisée - Militants optimistes de l’action patronale
Feux croisés
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
alain Griset, grand patron des artisans de France, et François asselin, ardent défenseur des PME, développeront le 18 mars prochain à Paris leur belle idée de l’optimisme.
Pourquoi avez-vous fait le choix de soutenir
le Printemps de l’Optimisme ? Alain Griset : Je vais vous faire une réponse par l’ab- surde : je critique souvent le pessimisme ambiant, je trouve catastrophique que l’on mette systématique- ment en avant ce qui ne va pas. Dans ces conditions, il est compliqué d’aller de l’avant et d’être positif. Être dans l’optimisme, ce n’est pas être béat, c’est considérer que l’on peut changer les choses, en met- tant l’accent sur ce qui fonctionne. Je suis engagé à titre personnel dans cette démarche mais également dans le cadre de mes fonc-
Heureusement mes collaborateurs me parlent plus souvent de projets que de problèmes
l’optimisme à ses collaborateurs ?
AG : Je vais vous répondre
L’optimisme est-il une chance pour l’entreprise ?
AG : Naturellement. On ne peut pas demander à des collaborateurs de s’investir dans l’entreprise, de se pro- jeter dans un avenir radieux si nous-mêmes, patrons, nous n’adoptons pas un comportement positif, avec des idées, une vision. Le chef d’entreprise doit être moteur et donner une pers- pective. C’est ce qui manque aujourd’hui à la France : il n’y a pas de
Des pays comme le Dane- monde dans le rétroviseur. placées pour redonner du mark ou les Pays-Bas sont Lemonded’ilya50ans sens et de la cohérence. devenus des modèles éco- est révolu ! Nous devons Car au fond, nous avons nomiques et sociaux, alors
projet collectif.
FA : Bien sûr que c’est une chance, même si l’on sait bien que tout chef d’entre- prise connaît le risque ou la peur, comme tout être
qu’ils avaient au départ beaucoup moins d’atouts que nous. C’est incroyable ! En France, nous avons pourtant tout pour réussir. Comment faire pour sortir de cette morosité ambiante ? Faire partager des projets, mettre en avant ce qui fonc- tionne et non plus ce qui ne fonctionne pas. Chacun a sa contribution à apporter, les chefs d’entreprise, les hommes politiques et puis chacun de nous dans sa vie quotidienne. Il s’agit avant tout d’une démarche per- sonnelle, d’un changement profond de mentalité. La
tions à la tête des Chambres des métiers et de l’artisanat. L’optimisme, c’est notre façon globale de voir les choses. D’ailleurs, il y a une dizaine d’années, alors que Dominique de Villepin était Premier ministre, nous avions déjà lancé une cam- pagne sur la positivité. C’est loin d’être un nou- veau débat.
humain. Être chef d’entre- prise peut s’avérer anxio- gène. C’est à lui de savoir traverser sa peur et ses an- goisses tout en gardant la tête et les yeux tournés vers l’avenir et l’espérance. En- vers et contre tout, il faut aller de l’avant, devant soi il y a des obstacles, des si- tuations anxiogènes, et nous avons peur comme tout le monde. Mais les chefs d’en- treprise ont cette aptitude à transformer ce qui est né- gatif en positif tout en res- tant pragmatiques. Je crois sincèrement que nous ne sommes pas tous égaux de- vant cette capacité de rési- lience et de résistance à la peur et à l’angoisse.
La France peut-elle sortir de cette morosité ambiante ?
AG : Elle le doit, elle n’a pas le choix, sinon elle continuera à s’enfoncer.
France est-elle prête ? Ceux qui ne le sont pas seront contraints de le devenir, on ne peut pas accepter conti- nuellement que notre pays continue de se dégrader. Il
Alain Griset
61 ans, a été réélu en 2011 à la présidence de l'Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat (APCMA) pour une troisième mandature. Fils d’ouvrier lillois, artisan taxi de métier, Alain Griset est également Président de la Chambre des Métiers du Nord Pas-de-Calais. Fervent défenseur de l'apprentissage et modèle d’ascension sociale, il a toujours souhaité inscrire l’artisanat dans la modernité.
François Asselin : Je considère qu’un entrepre- neur, s’il n’est pas un op- timiste résolu, ne sera ja- mais un bon entrepreneur. Un commerçant qui ne sou- rit pas à sa clientèle ne risque pas de la revoir dans son magasin. L’optimisme est pour moi un choix que l’on doit poser quand bien même il est compliqué à assumer. Mais il ne sert à rien de garder la tête dans le sable, il faut aller droit de l’avant. seuls les opti- mistes avancent.
est temps que la machine s’inverse, que l’on change de logiciel, que l’on se pro- jette enfin dans un monde meilleur !
FA : Bien sûr que l’on peut en sortir ! regardez autour de vous, vous constaterez que de nombreux Français s’en sortent très bien. Il faut arrêter de regarder le
porter un regard responsable sur notre monde actuel et se dire : pourquoi, dans ce même monde, d’autres pays s’en sortent mieux que nous ? Les Français sont des bos- seurs, des courageux, des créatifs. a nous d’actionner tous ces leviers positifs pour donner du sens à l’action et à l’entreprise. Je pense que les PME sont les mieux
tous besoin de donner du sens à notre vie. si au lieu d’avancer en ayant peur de perdre, nous avancions en ayant envie de gagner, cela changerait tout. Je reste convaincu que nous avons toutes les ressources pour y parvenir.
Comment un dirigeant peut-il offrir de
©JACQUES WITT
de façon très personnelle. J’ai démarré ma carrière à 22 ans comme taxi à Lille. J’ai eu la chance pendant plus de dix ans de trans- porter des enfants très lour- dement handicapés. Je ne les ai jamais entendus se plaindre. alors, voyez-vous, je considère que la chance qui est la mienne d’être en bonne santé ne me donne
28 Mars 2016


































































































   26   27   28   29   30