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n°19
ClUB ENTrEPrENDrE Leçons de maux - Reza Malekzadeh, hauts et bas dans la Silicon Valley
Apprendre de ses échecs et utiliser cet acquis dans une nouvelle aventure. Tel est le credo qui est suivi dans cette rubrique,
«J
reza Malekzadeh, au- jourd’hui responsable bu- siness de Cumulus Net- works à San Fransisco. Mon diplôme HEC en poche en 1995, j’ai souhaité revenir travailler dans une start- up de technologie dans la- quelle j’avais fait un stage. Peu de temps après mon embauche, elle a fermé ses portes. C’était un 24 dé- cembre et j’avais jusqu’à la fin de mon visa, soit 30 jours, pour trouver un nou- vel emploi. » C’était au mo- ment où les start-up de la nouvelle économie allaient de mal en pis. le système américain, dans ses ex- trêmes, fabriquait des for- tunes tout autant qu’il lais- sait les collaborateurs sur le carreau. « J’ai surtout été surpris par les réactions des personnes employées dans cette start-up qui, comme moi, étaient licen- ciées. Chacun était touché mais tous se disaient « Cela n’a pas marché, tant pis. Un autre job nous attend ailleurs. » Leur réaction était agréable à entendre et à vivre, même si la pres- sion était plus forte pour moi. J’avais 30 jours pour m’en sortir ! »
vraiment le cas aux Etats- Unis. Pourtant, quelques anciens, installés outre-Al- tantique, m’ont donné de précieux contacts. » Premier challenge relevé : il dégote un emploi en moins de 30 jours... NetCarta lui confie le poste de chef de produits junior pour les logiciels de cartographies qu’elle déve- loppe. « La croissance de cette entreprise était inté- ressante, car ses produits avaient la bonne techno, au bon moment. » Une analyse que le jeune professionnel concède après avoir vécu
En PHASE AvEC LE mARCHé
Une faillite, un rachat par une major, reza Malekda- zeh connaît les deux facettes du rêve américain et affine sa perception du business.
’ai commencé ma carrière par un échec, lance
confie-t-il. Dans les do- maines très technologiques, la notion de marché est pri- mordiale. Une entreprise peut échouer parce qu’elle a raison trop tôt, et du coup est en avance sur son mar-
avions levé des fonds et réussi à vendre l’ensemble, se souvient le dirigeant. Pourtant, au début de la crise, les entreprises sont réticentes à se lancer dans un investissement consé-
une aventure profession- nelle. « Je suis généralement le premier non-ingénieur à rejoindre une entreprise, expose le spécialiste du mar- keting. C’était le cas chez VMware, Nimbula (rachetée par Oracle) ou dernièrement chez Cumulus Networks. J’arrive quand la R&D est terminée, que la techno est prête et qu’il faut la trans- former en un produit à ven- dre. Les bonnes réflexions portent ainsi sur la maturité du projet par rapport au marché visé et la qualité des équipes que l’on rejoint. Car on ne peut changer ni les hommes, ni le marché. » En revanche, trouver des business models adaptés et des services différenciants est la religion de reza Ma- lekdazeh. « J’ai vu de su- perbes technologies se plan- ter, car la technologie en soi n’est pas un élément différenciant. »
le rêve américain
qui retrace une sortie de route pour mieux se tourner vers l'avenir
l’entrepreneur reza Malekzadeh, revient sur ses succès et surtout ses échecs dans la Silicon valley. Terriblement instructif.
HEC ? inConnuE Aux uS
le brillant étudiant, tout droit sorti d’HEC après son MBA Marketing et corpo- rate strategy, n’était pas pré- paré à un tel revers. l’échec n’entrait pas dans les pro- grammes de l’école destinée à former les grands déci- deurs de demain. il adopte le positivisme ambiant et se met en quête d’un nou- veau challenge. « HEC était, à l’époque, inconnue dans la Silicon Valley, avance reza Malekzadeh. Si en France, le réseau est plutôt fort, ce n’était encore pas
PREmiER non-ingéniEuR
Sa principale leçon apprise aux Etats-Unis ? « Si le produit va à l’encontre du marché, c’est toujours le marché qui gagne. Pas le produit. Ce n’est pas la meilleure technologie qui connaît le succès, mais celle qui résout le problème du client au bon moment. » Ce sont désormais ces critères que le Français de Californie scrute pour s’engager dans
De rebonds en apprentis- sages, reza Malekdazeh a trouvé, en Californie, le bon terrain de jeu. « J’ai essayé de revenir en Europe quand mon entreprise a été rache- tée par Cisco Systems. Mais dans mon domaine du soft- ware et des nouvelles tech- nologies, je n’ai pas trouvé le même niveau de R&D qu’en Californie. » l’état d’esprit y est aussi très dif- férent. « Si on commence sa carrière en France par un dépôt de bilan, la suite est plus compliquée. Aux
32 Avril 2015
« Quand tu vas dans la Silicon Valley mon gars, attends-toi aussi à tomber... »
Etats-.
dont chacun parle très ou- vertement et plutôt que l’ac- cabler, on lui demande ce qu’il en a retenu. » Trans- former l’échec en opportu- nité et en bonne expérience fait décidément partie inté- grante de la culture améri- caine.
l’échec de la première en- treprise qui l’a embauché. « J’ai tout de suite beaucoup réfléchi sur les causes de l’échec de cette start-up,
NetCarta qui était dans le bon timing. A tel point qu’elle a été rachetée par Microsoft un an après mon arrivée. »
pose des solutions en sécu- rité informatique. « Nous avions développé une tech- nologie hardware et soft- ware pour laquelle nous
Stéphanie Polette
Ce n’est pas la meilleure technologie qui connaît le succès, mais celle qui résout le problème du client au bon moment
ché et mal positionnée. C’était le cas de la première start-up pour laquelle j’ai travaillé. Mais pas celui de
Une expérience qu’il met au service de son propre projet en 2003. il co-fonde Twingo Systems qui pro-
quent, même si notre idée était bonne. Nous avons dû faire un choix difficile : jeter toute la partie hard- ware pour ne nous concen- trer que sur la commercia- lisation du software. La pro- position de valeur a été ré- duite, marketée et commer- cialisée. Nous avons trouvé des clients mais surtout un acquéreur. » Cisco Systems a racheté Twingo Systems début 2004. reza Malek- dazeh intègre alors les rangs de Cisco Systems pour deux ans, fort d’une nouvelle ex- périence sur le positionne- ment marketing et techno- logique d’une solution. « Les produits de Twingo Systems étaient au départ inadaptés au marché de l’époque. Il a fallut les re- positionner rapidement. Dans ce cas-là, les décisions doivent être rapides et prag- matiques. » l’essence même des start-up dont l’agilité leur permet d’être en phase directe avec le marché.
Unis, c’est un sujet

