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n°19
CLUB ENTREPRENDRE En immersion - La Paillasse, un Fablab très ouvert
Dans chaque numéro, un(e) journaliste d'EcoRéseau fait un reportage in vivo dans une entité (entreprise, usine, incubateur, association...)
d’innover.
Dompteurs de gènes dans un garage...
SE TOURNER VERS DES BESOINS D’AVENIR
Au bas d’un long escalier, changement d’atmosphère. Les bureaux, les dossiers, laissent place à de l’élec- tronique, du matériel de bio- logie. D’anciennes caves sont devenues le ventre de La Paillasse où grouille une myriade d’expérimentations, de tests. Dans un espace reculé se trouve le Hall- Couture qui mène des ré- flexions sur les textiles connectés, les biomatériaux utilisables pour les vête- ments du futur. Plus loin, des travaux portent sur une bactérie qui synthétise un pigment bleu à partir duquel il est possible de fabriquer une encre biodégradable. Encore quelques pas, et voici une capsule géante qui semble tout droit sortie d’un scénario de science- fiction. « C’est un caisson d’isolation sensorielle. Un cocon dans lequel on peut flotter et profiter d’une sen- sation d’apesanteur », ex- plique Maïté Breger, co- fondatrice de la start-up Meiso qui développe ce pro-
« Silence, on invente ! »
Nichée au cœur de Paris, La Paillasse décloisonne, innove, met les sciences à portée de tous,
A vant même de pousser la porte, le lieu étonne. « Sacré projet. – Ils ne man- quent pas d’idées », conver- sent deux étudiants près de l’entrée principale. Quelques curieux en sortent. D’autres arrivent, comme Jérôme, un dessinateur industriel. « Je travaille sur le logiciel Au- tocad depuis de longues an- nées pour une entreprise. Je cherche de nouvelles pistes pour me relancer dif- féremment », confie-t-il. Il ne le sait pas encore, mais a frappé à la bonne porte. La Paillasse est un labora- toire ouvert qui permet aux communautés créatives de prototyper à moindre coût et déployer des innovations de tous genres. Dans le pro- longement du comptoir de l’accueil, une immense salle permet de recevoir les mem- bres. Autour des tables épar- pillées, des généticiens, des informaticiens, des des- igners, échangent, propo- sent, confrontent les points de vue. Des profils parfois très opposés, mais animés par un même élan : le goût
EMBROUILLAMINI FERTILE
Le but est de croiser les compétences d’étudiants, de chercheurs, de jeunes entrepreneurs au service de l’innovation et de la création d’emplois, en formant des « labs » autour de théma- tiques comme la biopro- duction, l’épidémiologie, les textiles intelligents, les drones, l’intelligence arti- ficielle ou encore les sciences cognitives. « L’idée est de se nourrir de la plu- ridisciplinarité de la société. En facilitant l’accessibilité aux moyens de production scientifiques et techniques, nous accélérons la réalisa- tion de projets profession- nels ou amateurs sélection- nés par notre association
30 AVRIL 2015
mais se refuse à déposer un brevet... Reportage
est à inventer en France.
prototype est en passe d’être activé. « De nombreux cen- tres de soins et instituts se montrent déjà intéressés », se réjouit Maïté Breger. Les sous-sols créatifs de La Paillasse conduisent aussi aux projets de FlyLab, une start-up qui fabrique des drones en impression 3D. Un autre travail concerne la mise au point d’un écho- graphe portatif low-cost dont l’impact social peut être majeur en matière de santé mère-enfant dans les pays en voie de développe- ment. Adrien Clavairoly a le sourire. L’association vient de signer un partena- riat avec une entreprise phar- maceutique qui cherchait une équipe pour mener une étude épidémiologique sur le cancer, à partir de données qui ont été libérées par la Sécurité sociale. Avec l’ap- pui de data scientists, le but est de tirer du sens des in- formations des bases de données au sujet des dé- penses publiques dans ce domaine. « Nous nous po- sitionnons également comme une plateforme de services pour des entreprises à la recherche de compé- tences, afin de répondre à un besoin particulier. Ce volet figure dans notre mo- dèle de rentabilité », indique Adrien Clavairoly. Actuellement, La Paillasse est financée par les espaces de coworking mis à dispo- sition, l’hébergement d’évé- nements traitant du Big Data, de l’intelligence artificielle, de la génétique, ou encore
afin de décrire ce qu'il voit, de comprendre le fonctionnement au jour le jour, la capacité à innover et les flux financiers
sur des critères d’impact sociétal ou d’intérêt scien- tifique », explique Adrien Clavairoly, cofondateur et trésorier de La Paillasse. Cette vulgarisation des sciences passe par la réali- sation d’ateliers pratiques sur ce qu’est la génétique, ou l’agriculture urbaine par exemple. Pendant que des visiteurs viennent simple- ment s’informer, des pas- sionnés passent la porte, un projet sous le bras. « On trouve toutes sortes d’ini- tiatives. Certaines sont très avancés, d’autres à un stade embryonnaire », poursuit-il.
open source. Celles-ci sont documentées en ligne pour permettre à tout le monde de se réapproprier la tech- nologie, l’améliorer, la par- tager. « Nous sommes fo-
d’emblée 50000 à 100000 dollars. En cas de piratage, une armée d’avocats est né- cessaire pour faire valoir ses droits. « Cette machi- nerie est très intéressante
Autour des tables éparpillées, des généticiens, des informaticiens, des designers échangent, proposent, confrontent les points de vue...
par l’organ.
rences et par les subventions accordées par la ville de Pa- ris et la région Île-de-France. Mais l’association entend surtout passer à la vitesse supérieure et cherche des mécènes, des sponsors, ca- pables de l’accompagner sur la durée...
« Pour autant, nous ne de- mandons pas aux nouveaux arrivants de libérer toutes leurs innovations de ma- nière inconsidérée », ajoute le cofondateur du lieu.
La règle d’or de tous les projets est de libérer un maximum de données en
Mathieu Neu
calisés sur l’échange des pour les industriels, mais jet. Le principe consiste à connaissances et l’accessi- plus souvent un frein pour remplir le caisson de 1000 bilité des techniques de pro- les jeunes entrepreneurs. » litres d’eau et 500 kilos de duction. Rien n’est breveté. La Paillasse cherche à dé- sel, afin de pouvoir flotter Nous voyons le brevet montrer que l’open source deux fois plus facilement comme un frein à l’innova- n’empêche pas un modèle que dans la mer Morte. tion plus qu’un système de de rentabilité. Il existe des L’isolation est également protection », souligne licences open source pour phonique. Il en résulte des Adrien Clavairoly. Déposer ce qui est logiciel, mais bienfaits sur le sommeil, un brevet peut vite coûter pour ce qui est matériel tout des vertus anti-stress. Le
isation de confé-

