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n°15
CLUB ENTREPRENDRE En immersion - L’école de production Boisard
Les mains dans le cambouis
Boisard, l’une des 17 écoles de production française, installée à Vaulx-en-Velin en banlieue lyonnaise, incarne la troisième voie, entre l’apprentissage et le lycée professionnel. Les entreprises apprécient, à tel point que de jeunes diplômés reçoivent jusqu’à trois offres d’emplois. Reportage
VENDREDI 8 HEURES. ATELIER DE MENUI- SERIE-ÉBÉNISTERIE. La concentration règne. Les gestes sont encore hésitants pour les jeunes en première année à Boisard. La scie es- saie de couper au plus juste. La mortaise et le tenon ne
sein d’une entreprise, puis d’aborder la théorie. Les salles de classe sont en mez- zanine sur les ateliers. Ils descendent s’essayer à la pra- tique à la moindre incom- préhension. Deux-tiers de leur temps se joue au pied de l’établi. La pratique est
9 HEURES. ATELIER DE MÉCANIQUE. L’ambiance semble plus éner- gique. Une vingtaine de voi- tures ont le capot ouvert. Les mains noires de cambouis, une ampoule de phare dans l’une et une lampe torche dans l’autre, les yeux rivés
L’atelier de mécanique est organisé comme un garage : une assistante qui répond aux appels des particuliers, un chef d’atelier qui dispense également son enseignement, et une multitude de mains noires qui réparent et appren- nent. « Les relations vont
fait la vidange de la voiture de sa mère et regarde Auto- moto, il y a un vrai problème d’orientation. » Un tour dans l’atelier s’impose. « Il passe systématiquement une demi- journée dans la section convoitée. Nous observons son comportement, poursuit la responsable du recrutement des élèves. S’il reste les mains dans les poches et ne pose pas de questions. Ce n’est pas très bon... » L’école ac- cueille 25 élèves en classe de 3e Prépa Pro, 165 élèves dans sept ateliers, 40 appre- nants en alternance et 57 sta- giaires en formation conti- nue.
public masculin, mais je tiens à être considérée comme mes camarades, sans diffé- rences, dans les missions qui me sont confiées. »
Là bas l'élève désordonné est plus vite démasqué...
10 HEURES. ATELIER DE MÉCANIQUE ET D’USINAGE.
Ici, les étudiants sont en mode entreprise. Ils travail- lent en binôme sur des ma- chines d’usinage à com- mandes numériques, des frai- seurs, des tours... L’atelier côtoie une salle informatique équipée de la CAO pour trai- ter les plans 3D des pièces à usiner, commandées par les industriels locaux. « Les cours théoriques sont adap- tés en fonction des com- mandes clients, explique en- tre deux devis Philippe Pia- ton, professeur d’usinage mais aussi gestionnaire de l’atelier. Les élèves fabri- quent des pièces unitaires très techniques. Ils sont en contact avec le client et sont soumis aux délais. » L’ap- prentissage est poussé à son maximum. « J’ai choisi le métier de technicienne d’usi- nage car les débouchés sont
MIDI. LES ATELIERS SONT RANGÉS. Professeurs et élèves sem- blent s’épanouir au sein de l’école de Vaulx-en-Velin. Pourtant, quand ils ont quitté l’école et que les ateliers se ferment, Bernard Fayolle, ingénieur Ecam et ancien industriel, directeur de l’éta- blissement technique privé reconnu par l’Etat, doit pren- dre son bâton de pèlerin et partir en quête de ressources, afin de boucler son budget. « Le risque de la réforme de la taxe d’apprentissage, qui pèse pour 14% de notre budget de 2,8 millions d’eu- ros, est bien réel. Les sub- ventions publiques s’élèvent à 27%. La production à 41%. Même si nous devons pro- gresser sur l’efficacité in- dustrielle pour améliorer les marges de ce volet produc- tion, nous restons un centre d’apprentissage. » Alors toutes les bonnes idées sont exploitées pour faire connaî- tre l’école. Jeoffrey et Lilian, étudiants en carrosserie, ont distribué des flyers de l’école sur le Salon de l’auto. Une cabine de peinture doit être changée prochainement. La direction de l’école propo- sera à un constructeur un partenariat pour limiter les frais. Une 2 CV flambant neuve vient d’être achevée en carrosserie et en méca- nique, au bénéfice du Rotary, qui la mettra en vente et partagera la recette entre des dons à Boisard et à des ac-
s’assemblent pas parfaite- ment. Le prochain exercice sera mieux abordé. Le bruit sourd du maillet s’abat sur une planche. Chacun à son établi, les élèves suivent les conseils de Jean-François Vuaillat, professeur de me- nuiserie. « Les élèves ap- prennent d’abord un métier manuel. Ils doivent s’appro- prier le geste et comprendre pourquoi on le fait de la sorte, avant de passer sur les machines. » L’originalité de la pédagogie de l’école de production Boisard, créée en 1882 par l’abbé Louis Boisard, ingénieur Centrale Lyon, est de former les jeunes aux gestes, dans l’atelier, comme s’ils évoluaient au
quasiment triplée par rapport à une formation classique. Et le système fonctionne : « Notre taux de réussite aux examens en juin était de 95,77 %, se félicite Sandrine Houx- Plantier, responsable du re-
sur le feu avant d’une 205, Neïl parle de son quotidien : « A Boisard, nous apprenons dix fois mieux que dans une autre école, car nous tou- chons à toutes les marques de voiture, de la 2 CV à la
au-delà de la mécanique, avance Patrick Quattrone. Les professeurs ont choisi l’enseignement pour la trans- mission du savoir. » Le sa- voir-être est une valeur chère à l’école. « Pas de recrute-
Les élèves fabriquent des pièces unitaires très techniques. Ils sont en contact avec le client et sont soumis aux délais
. Les
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crutement. Des élèves sont voiture de collection. C’est ment sur dossier chez Boi- nombreux », témoigne Eme- régulièrement primés au très varié. » Près de 1500 sard, chaque candidat est line, les yeux bleu acier Meilleur apprenti de France véhicules de particuliers sont reçu en entretien individuel, comme les pièces qu’elle et les entreprises s’arrachent réparés et entretenus ici explique Sandrine Houx- façonne. Seule jeune fille nos diplômés. Certains élèves chaque année, dans « l’école- Plantier. Nous creusons sa de sa section Bac Pro, elle se voient proposer trois postes entreprise » comme la connaissance du métier trouve des avantages à son dès leur sortie de l’école. » nomme son directeur depuis choisi. S’il ne me dit pas statut : « Une fille sort for-
tions qu’il soutient. élèves-menuisiers ont fabri- qué une centaine de bancs pour l’église de Sainte-Foy- lès-Lyon.
septembre, Bernard Fayolle. qu’il bidouille son scooter, cément du lot au milieu d’un
Stéphanie Polette
Les ateliers débordent d’en- vies et de projets, pour sou- tenir un modèle reconnu par des professionnels qui s’ar- rachent les diplômés.

