Page 33 - EcoRéseau n°15
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Interview croisée - Dirigeants de maisons d'édition CLUB ENTREPRENDRE
facile que pour l’instant, nous acceptons seulement les ma- nuscrits papier de la part des nouveaux auteurs.
Que pensez-vous de la multiplication des petites maisons d’édition ces dernières années?
nous sommes développés, nous nous vivons nous- mêmes toujours comme une petite maison d’édition. HDLM : Ce phénomène dé- montre que ce métier pas- sionne encore. Cependant, trop d’éditeurs lancent de pe- tites maisons qui vivent bien
l’on voit seulement au bout de cinq ou six ans si une maison d’édition fonctionne.
Comment vous adaptez- vous aux évolutions du marché ? FN:Pourcequiestdunu- mérique, aujourd’hui, tous
choses auxquelles nous croyons. Nous ne sommes pas dans la recherche du livre qui se vendrait parce que c’est à la mode.
un atout considérable. Mais je ne suis pas sûr que l’ex- ception culturelle française dure encore longtemps face à des acteurs comme Ama- zon, qui s’appuient sur la Di- rection générale de la concur- rence de Bruxelles pour im- poser leur loi.
des livres qui, personnelle- ment, m’a bouleversée, est L’oratorio de Noël de Göran Tunström, un auteur qui est malheureusement décédé. HDLM:Ilyenabeau- coup... J’ai un livre de chevet qui est Lord Jim, de Joseph Conrad. Ce roman parle de quelqu’un qui ne pourra ja- mais racheter sa faute malgré toutes ses tentatives.
Quelle est votre actualité ?
FN : Il est difficile de parler de l’actualité littéraire : nous avons envie de défendre tous nos ouvrages. Je peux vous citer la sortie de Bad girl, de Nancy Houston, ou encore de celle de Nos Voies d’es- pérance : il s’agit d’un recueil d’entretiens avec dix grands témoins de notre époque :
HDLM : Il est essentiel de se diversifier. Aujourd’hui, nous sommes un des rares groupes éditoriaux à être plus important à l’international qu’en France. Il faut se tenir à l’écoute des tendances du marché dans chacun des pays. Il est aussi important de se diversifier en termes d’uni- vers, après avoir réfléchi à son identité éditoriale. J’ai commencé par le livre illustré, car la photo est universelle et peut toucher tous les pays ; or, dès le départ, je voulais me développer à l’interna- tional. Le livre illustré permet aussi d’allonger les tirages et d’améliorer le prix de re- vient. Nous avons gardé cette identité, mais nous nous sommes diversifiés. Le rachat du Seuil, entre autres, vient bien compléter un groupe qui faisait des beaux livres, de la jeunesse et du pratique, mais à qui il manquait la lit- térature.
Que pensez-vous des prix littéraires ?
FN : A partir du moment où ils existent, il est important d’en avoir. Ces prix permet- tent aussi d’éclairer le livre et de faire vendre de façon très conséquente. Ils sont es- sentiels aussi pour nos au-
teurs.
HDLM : C’est un jeu auquel tous les éditeurs se prêtent et qu’il est bon de décrier, sauf quand on le gagne... C’est un moteur pour la vente
© DR
FN : C’est une très bonne chose pour la création. Les petites maisons d’édition of- frent beaucoup de souplesse et de réactivité. Les auteurs y bénéficient parfois de plus d’attention que dans les grandes structures, où ils peu- vent se retrouver perdus et abandonnés. Même si nous
au début, mais qui connais- sent des difficultés au bout de deux ou trois ans : les re- tours arrivent, les stocks com- mencent à grimper... Beau- coup viennent alors nous trouver le couteau sous la gorge. Ce métier qui s’inscrit dans la durée : il faut construire un catalogue... Et
nos ouvrages sont disponibles à la fois en version papier et digitale, pour autant que les auteurs nous donnent les droits. Ensuite, il faut aussi gérer le piratage. La tendance au tout gratuit peut tuer la création. Mais on ne « s’adapte » pas au marché. Nous publions d’abord des
l’un des derniers pays au monde à en compter autant. C’est un lieu de vie, de liberté, d’échanges, qu’il faut pré- server.
éditio.
Salter... Parmi les beaux li- vres qui paraissent cette ren- trée, il y a un ouvrage de Pierre Lescure sur les marques et les publicités cultes, ou encore Family Love, de Darcy Padilla, avec un texte d’Emmanuel Car- rère.
Hervé de La Martinière, 67 ans,
fondateur et P-Dg du groupe
éditorial éponyme
forme de liberté et d’avenir. Défendre le prix unique du li- vre, c’est permettre l’existence de celui- ci via tous les opé- rateurs, et pas seu- lement les plus puis- sants. Il est aussi im- portant de préserver le réseau des librai- ries. La France est
Quel est votre plus gros succès d’édition en termes de vente ?
FN : C’est la trilogie Millé- nium de Stieg Larsson, dont nous sortons le quatrième tome l’année prochaine. Mais attention à l’arbre qui cache la forêt : pleins d’autres livres continuent ainsi de rencontrer
HDLM : Nous publions chaque année 3000 volumes, il est difficile de faire une sélection. Aux éditions du Seuil, on peut citer le nouveau Patrick Deville, Antoine Vo- lodine, Lydie Salvayre ; aux
Compte parmi les plus importants en France. Présente en Europe et aux Etats-Unis, la so- ciété compte plusieurs maisons d’éditions, dont le Seuil, racheté en 2004. La Martinière réalise autour de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie autour de 850 salariés.
le succès.
HDLM : C’est sans conteste La terre vue du ciel, un re- cueil de photographies de Yann Arthus-Bertrand. Il a été vendu à près de quatre millions d’exemplaires, en France et dans plus de 35 pays.
ns de l’Olivier, James
Comment les politiques publiques peuvent-elles soutenir l’édition ?
FN : Il faut aussi être attentif à ce que le cadre législatif existe. La régulation est une
On voit seulement au bout de cinq ou six ans si une maison d’édition fonctionne
Hervé de La Martinière
HDLM : Question difficile ! Il est nécessaire que les puis- sances publiques légifèrent ; d’un autre côté, trop de lé- gislation tue l’esprit d’entre- prendre. En ce qui concerne le prix unique du livre, c’est
Pouvez-vous citer un de vos livres préférés ? FN : Je suis fière de l’en- semble de nos auteurs. Un
Propos recueillis par Catherine Quignon
NOVEMBRE 2014 33
du livre, une chance pour les libraires et les auteurs qui le reçoivent.
Françoise Héritier, Nicolas Hulot, Frédéric Lenoir, Abd al Malik... Ces personnalités proposent des solutions pour retrouver confiance dans un monde où tout semble aller mal.

