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Electron libre : Jean-Baptiste Descroix-Vernier CLUB ENTREPRENDRE Le philanthrope est en noir
LJean-Baptiste Descroix-Vernier, boulimique de travail, a fondé Rentabiliweb, sur le point de franchir le milliard d’euros de CA. L’ancien séminariste travaille pour réinvestir... dans le Web ou pour les nécessiteux.
a démarche chalou- sation des audiences sur In- prise a réalisé 71,9 millions pée. Le langage em- ternet. « Dès le départ, le d’euros de chiffre d’affaires preint de termes an- business model a été très en 2013 et emploie près de
glo-saxons. Le tutoiement fa- rentable, se souvient Jean- 300 personnes, dont une cen-
cile. Le costume noir de ri- gueur qui rappelle celui des vies passées et des voies pro- fessionnelles écartées pour désormais se concentrer sur l’entrepreneuriat. Les tempes grisonnantes et le catogan qui le figent dans le temps. L’homme a 44 ans. Et Jean- Baptiste Descroix-Vernier est un OVNI dans le paysage entrepreneurial. Elevé dans une barre HLM de Vénissieux par des parents bienveillants, il suit de brillantes études à Lyon : Bac à 16 ans, licence en droit privé, maitrise de droit des affaires, DESS de droit des affaires et fiscalité, diplôme de juriste conseil d’entreprises, certificat d’ap- titude à l’administration d’en- treprises et certificat d’apti- tude à la profession d’avocat. On reprend son souffle. Pour- tant, à 18 ans, son cœur ba- lance. Il s’était engagé au séminaire. Il voulait être prê- tre. Il met de côté cette voie « pour l’amour d’une femme » et revêtira quelques années plus tard une autre robe. Avocat d’affaires à Lyon pendant six ans, il fait des vagues au Barreau. « La mai- son des avocats ? Le quartier général des cons », se sou- vient-il. Baigné dans ce mi- lieu, il choisit de passer du côté des businessmen et tombe la robe d’avocat.
Baptiste Descroix-Vernier.
taine en France.
SOLITAIRE, MAIS...
Celui qui se dit profondément solitaire, qui cultive la dis- crétion et distille ses inter- ventions, est toutefois proche de puissants hommes d’af- faires. Son conseil d’admi- nistration réunit Jean-Marie Messier (Vivendi), Gilles Lio- ret (Groupe Numerix) ou en- core Georges Pauget (ancien président de la Fédération bancaire française). Ses ac- tionnaires sont Pierre Bergé, Bernard Arnault et François- Henri Pinault. « Ils sont au capital et ils sont actifs. J’ap- prends de ces hommes. J’ai également connu Steve Jobs. Je suis une éponge et m’im- prègne de leurs expé-
Pas vraiment le même look que ses actionnaires Pierre Bergé, Bernard Arnault ou François-Henri Pinault...
Sa fortune personnelle lui sert à financer des causes qui lui tiennent à cœur. La fon- dation Descroix-Vernier, de droit belge privé, fondée en mars 2007, soutient des ac- tions en faveur « de tous êtres vivants, individus ou animaux, placés dans une si- tuation d’extrême détresse matérielle, physique ou mo- rale. » De la finance des re- cherches du professeur Bau- lieu sur la maladie d’Alzhei- mer à la construction de puits en Afrique, l’homme en noir, qui se dit toujours guidé par Dieu, se veut un entrepreneur
En 2001, au moment où les tours du World Trade center sont victimes d’un attentat et en plein éclatement de la bulle Internet, le jeune diri- geant choisit ce domaine pour débuter une aventure fruc- tueuse. « Alors que tout In- ternet était gratuit, j’ai eu la vision de dire que ce business model ne durerait pas. Nous avons inventé le mot « mo- nétiser ». » En 2002, Renta- biliweb – pour rentabiliser le Web donc – est lancée. La société propose des services de micro-paiement sous forme de SMS et d’appels surtaxés, et ainsi la monéti-
de proximité. La première étape de cette solution avait consisté à servir les grands
merce physique. Be2bill offre ainsi à tout commerçant une solution unique d’encaisse-
merces de proximité français d’ici à la fin de l’année. « C’est un marché de 500
Dans notre premier exercice nous avons réalisé 300000 euros de chiffres d’affaires et une marge de 70000 euros. Nous n’avons jamais eu de dettes, ni besoin de faire appel à des banquiers pour solliciter un prêt. » Tout va très vite pour le trublion du Web. En 2005, il atteint 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, et en 2006, intro- duit Rentabiliweb sur Alter- next Paris. « Nous serons le dernier dossier instruit par la Bourse de Lyon. » Deux ans plus tard, la double co- tation se fera sur le marché de Bruxelles. C’est à cette période qu’il décide de quitter la France. Il s’installe per- sonnellement à Amsterdam, sur une péniche, d’où il gère ses affaires. « Je n’ai jamais regretté d’avoir quitté Lyon pour installer mon entreprise à Bruxelles. »
L’ARGENT N’EST
PAS SI SALE
L’enfant de la banlieue lyon- naise aurait-il une revanche à prendre sur la vie pour cou- rir autant après l’argent ? « Je n’oublie pas d’où je viens. J’ai été un étudiant boursier. L’argent n’est pas sale. Ce qui peut être sale, c’est ce qu’on en fait. Je n’ai aucune honte à gagner de l’argent. » Alors il réinvestit tout, reprenant via sa holding (anciennement baptisée « Golden Glaouis Invest », « couilles en or » en argot) le contrôle de son groupe dont il détient désormais à titre personnel 53,5 %. 13% du capital appartiennent aux salariés « les plus essentiels ». Ses ninjas. « Pour avoir des gens brillants, je suis allé les chercher chez les hackers, s’amuse-t-il. La culture d’en- treprise est très forte au sein du groupe. Mes équipes ne me voient jamais mais je contrôle tout à distance. Nous avons inventé des outils pour nous parler tout le temps. J’ai besoin de calme et de solitude sur ma péniche. » L’entrepreneur investit dans les outils et les développe- ments pour rester fidèle à la genèse de Rentabiliweb.
Nous avons inventé des outils pour nous parler tout le temps. J’ai besoin de calme et de solitude sur
ma péniche à Amsterdam
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riences. » du e-commerce français et ment par carte couvrant l’en- milliards d’euros par an, soit Fin septembre, Rentabiliweb européens. « Nous avons semble de la chaîne de paie- dix fois plus important que a annoncé le lancement de équipé 1500 sociétés de e- ment, du TPE au versement le Web. Notre objectif est sa solution d’encaissement commerce », avance Jean- de fonds. Le groupe prévoit d’atteindre le milliard d’euros par cartes bancaires Be2bill Baptiste Descroix-Vernier, d’installer les 500 premiers dès 2014 et 2 à 3 milliards sur le marché du paiement adaptant le système au com- équipements dans des com- d’euros en 2015. » L’entre-
philanthrope.
Stéphanie Polette
NOVEMBRE 2014 35

