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rH & FormATIoN Réseaux et influence - Cercles de business women
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
Work(ing girls) in progress
Du soutien plus que du business, la mixité comme thème central, sans oublier de faire du lobbying.
C ’est Pierre Gattaz, le président du me- DeF invité il y a quelques mois à un petit-dé- jeuner de Grandes écoles au féminin (GeF), qui le dit aux 150 femmes de l’assistance : « Prenez le pouvoir ! » Pas sûr que le successeur de Lau- rence Parisot ait profondément cru en sa propre punchline. Pas sûr non plus que ce soit la préoccupation principale du réseau créé par véronique Préaux, alumni de l’eSCP, il y a une quinzaine d’années, comme le souligne Clarisse reille, qui a pris le relais en tant que présidente. « La créa- tion de GEF fait suite à une étude qui montrait les préoc- cupations des femmes. Depuis, nous en réalisons une tous les deux ans. Nous organisons nos petits déjeuners avec l’in- tervention de grands patrons, des cafés de réflexion et notre start-up week-end annuel qui rythment la vie de l’associa- tion, mais il n’est pas question d’un combat d’arrière-garde contre les hommes. Il ne s’agit pas d’un affrontement des sexes, beaucoup d’hommes se retrouvent d’ailleurs sur les questions de mixité. Le GEF est un réseau d’enga- gement dans lequel nous œu- vrons pour toutes les femmes, pour promouvoir tous les ta- lents avec l’idée que la plu- ralité est essentielle », précise la directrice générale de DeFI, le comité professionnel de Développement économique de l’habillement, issue de l’eNA et Centrale, passée par plusieurs cabinets ministériels. Une préoccupation partagée, comme en témoigne aussi Corinne Couteau, membre du réseau Financi’elles, la fédération des réseaux de banques, assurances et mu- tuelles (Les elles de bPCe, Axa mixin, Potentielles Crédit Agricole, Alterégales Caisse des Dépôts, Pluriels d’eurazeo et six autres). « Je me suis engagée en 2013, plusieurs années après ma sortie d’école d’ingénieur, après m’être aperçue que les pro-
Les réseaux féminins sont jeunes, mais savent ce qu’ils veulent.
blèmes de mixité, que je pen- Wimadame, où il est claire- vais-je gagner ? Vais-je avoir vation est de sortir de l’iso-
hommes au sein des conseils d’administration, qui fixe une proportion de chaque sexe au moins égale à 40% en 2017, avait d’ailleurs fait l’ob- jet de nombreuses consulta- tions avant sa promulgation en janvier 2011. Des réseaux qui s’organisent, quelques nouveaux qui émergent ici et là, et qui n’oublient pas, loin de l’enjeu de la fémini- sation des « Comex » des entreprises du FbS 120, de guetter les signaux faibles de dirigeantes en difficulté et la réversibilité importante dans les Pme. « Quand une femme progresse, l’entreprise pro- gresse. Mais quand elle quitte la société, le retour en arrière peut être brutal », souligne Corinne Couteau. Clarisse reille, dont le réseau repré- sente 45000 femmes, confirme : « Le plafond de verre existe toujours : une femme reste soi-disant moins capable de diriger, et moins leader qu’un homme. Elle doit aussi avoir 120% des compétences quand l’homme prend le poste avec 60% d’en- tre elles. Alors, il est important d’affirmer notre position et de faire passer les bons mes- sages, celui de la mixité, mais aussi davantage se focaliser sur les compétences que sur les diplômes... Sodexho, BNP, Renault ou Saint-Gobain ont mis en place des choses très concrètes après leur passage à nos petits déjeuners. Nous voulons aussi montrer que les grandes écoles ont encore de l’influence. » Lever les freins, donner de la visibilité, et s’appuyer sur un change- ment de génération qui permet
sais être derrière moi, étaient ment moins question de une voiture de fonction ? lement. Quand elles franchis- encore une réalité, explique tickets d’entrée ou de cercle Quel va être mon titre ?» sent le pas, c’est d’abord
de trouver des Quant aux femmes, elles vien- pour partager des probléma- nager chez HSbC membre solutions et de partager des nent et me disent : «Je ne tiques avec d’autres femmes
cette senior marketing ma- privés, que
Les femmes, qui assument encore largement les charges familiales, ne sont pas préparées à utiliser la force d’un réseau.
Leur première motivation est encore de sortir de l’isolement
du réseau 50/50 de la banque britannique. J’ai constaté aussi que les écarts entre les hommes et les femmes issus d’une même promotion ne faisaient que s’accentuer, que
problématiques, tout en pen- sant à... oser. « On ne rentre pas dans ces réseaux pour signer des commandes mais pour chercher des solutions, de là naît la confiance »,
sais pas si je peux. Vous êtes sûre que je suis capable ? Il faut que je demande à mon mari...» ». Anne-Sophie Pan- seri dirige maviflex, une Pme du rhône de 120 salariés
chefs d’entreprise. Une sin- gularité ? Disons que cela autorise peut-être plus de lâ- cher prise, de transparence, permet d’aller plus loin dans la résolution des problèmes. Les femmes sont d’abord en quête de solutions, et d’effi- cacité. Même si notre message insiste sur le fait que le temps investi dans un réseau n’est pas du temps perdu, qu’il permet d’aller souvent plus vite dans nos prises de déci- sion, que l’on monte en ca- pacité dans l’échange, les femmes restent très concer- nées par l’arbitrage du temps et le rapport temps employé- résultat importe plus que chez les hommes. »
Des rassemblements qui pèsent de plus en plus dans la société...
glisse une membre du Cercle Interelles (14 entreprises in- dustrielles et technologiques), elle-même ancienne dirigeante de Pme. Clara Gaymard, PDG de General electric jusqu’en début d’année ré- sume la pensée générale, et rappelle le poids de l’em- prunte sociétale, par cette for- mule : « Les hommes me di- sent toujours : «Je suis le meilleur, je suis prêt. Combien
BIENVEILLANCE ET LOBBYING
Soutien, conseil, échange et lobbying, aussi, même si Co- rinne Couteau n’en parle pas en ces termes : « On entend dire qu’il n’y a pas de candi- dates aux postes clés. Or, nous avons encore fait la dé- monstration en mars dernier que c’était surtout une idée reçue : 100 administratrices de la finance ont été réunies lors d’une soirée à Bercy. Nous sommes aussi là pour apporter cette grille de lecture pour des femmes que l’on ne voit pas, chez qui, parfois, les hommes ne décèlent pas les qualités alors même que par mimétisme, ils les voient plus facilement chez les hommes. Cela suppose aussi un travail à faire auprès des jeunes femmes au sein des écoles, des universités... Elle doivent prendre leur place. » La loi Copé-Zimmerman re- lative à la représentation équi- librée des femmes et des
nombre d’entre elles, pourtant brillantes, étaient même pas- sées à autre chose... »
spécialisée dans les portes automatiques. elle est égale- ment présidente de Femmes Chefs d’entreprise de France, 2000 adhérentes toutes coop- tées à l’issue de deux ren- contres avec les élues des dé- légations régionales. « Les femmes, qui assument encore largement les charges fami- liales, ne sont clairement pas préparées à utiliser le réseau. Pour elles, la première moti-
de faire bo.
dans un monde du travail où le modèle du présentéisme est dépassé. « Nous sommes effectivement à un carrefour, celui de la rupture dans l’or- ganisation de l’entreprise », analyse Anne-Sophie Panseri. même les hommes en sont convaincus.
uger les lignes,
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Novembre 2016
ARBITRAGE DU TEMPS
Des réseaux issus du business, de Femmes du Numérique à Accent sur elles (Accenture), en passant par la Fédération des Femmes 3000, SNCF au féminin, Femmes de com’, Club Femmes Forum, CeW,
Olivier Remy

