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n°35
STrATéGIe & INNovATIoN NUmérIQUe Regard digital - Stéphanie Savel présidente de WiSEED, plateforme d’equity crowdfunding Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
Le financement participatif en equity est-il une réalité au- jourd’hui en France ? La société a été créée en 2008 à Toulouse, et a été la première plateforme equity pour les start-up. Cela n’existait ni en France ni aux etats-Unis. Nous avons forcément beaucoup dû travailler en r&D pour proposer des offres répon- dant au double besoin – des particuliers en re- cherche de sens ainsi que de retour sur investissement –, et des entrepreneurs. Nous avons aussi dû tra- vailler pour être conformes à la réglementation. A l’époque, en sollicitant au- tant de monde via Internet, notre action était assimilée à un appel public à l’épargne. La réglementa- tion était très dure, nous ne pouvions pas dépasser les 100000 euros et les 149 personnes. Heureusement tout a changé en 2014 lorsqu’a été créé un statut particulier pour le crowd- funding de Conseil en in- vestissement participatif (CIP). Cette reconnaissance a eu deux effets : un cadre légal dédié avec un statut régulé par l’AmF, ce qui a évité d’entendre la sempi- ternelle question : « Mais tout ce que vous faites est- il bien légal ? ». Cela a aussi permis de se faire connaître et de trouver un vrai soutien chez les poli- tiques, les médias et inves- tisseurs. Nous devons ce changement à Fleur Pelle- rin, qui a organisé un groupe de travail sur le fi- nancement des start-up en 2013 lors des Assises de l’entrepreneuriat. A partir de 2010 une autre plate- forme d’equity s’est mon- tée, et en 2012 d’autres concurrents sont apparus. La France se caractérise par une certaine dispersion du marché, avec des plate- formes spécialisées sur le
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vin, la pharma... Les gé- néralistes ne sont pas si nombreuses. Actuellement trois se distinguent pour l’equity : WiSeeD, Anaxago et SmartAngels.
Comment se situe la France par rapport aux autres pays ? Aux etats-Unis le finan-
L’Hexagone est le premier pays européen qui a adopté une réglementation spéci- fique en matière de crowd- funding, ce qui a encadré et encouragé le financement d’equity. De plus, lors des Assises de la finance par- ticipative, emmanuel ma- cron a augmenté les seuils à la demande de tous les
temps pour pénétrer des marchés, souvent verrouil- lés par de grands acteurs traditionnels.
Observez-vous la perception des gens quant à l’equity crowfunding évoluer au fil des années ? J’ai rejoint l’aventure il y
Quelles sont les spécifici- tés de votre plateforme ? Nous fédérons une commu- nauté de 73000 membres, et nous avons une appétence marquée pour les biotechs et les cleantechs. Les bio- technologies et énergies re- nouvelables sont des indus- tries très capitalistiques qui nécessitent beaucoup de fonds. Auparavant les gens pensaient que nous consti- tuions seulement de la love money ; ils revoient leur ju- gement. en ayant obtenu l’agrément de Prestataire de services en investissement (PSI), il nous est désormais possible de lever jusqu’à cinq millions d’euros. Des fonds ou des institutionnels comme bpifrance nous ac- compagnent. en outre les porteurs de projets dans ces industries viennent aussi à nous pour la visibilité, la médiatisation via le Web 2.0 et toutes les retombées des réseaux sociaux.
Vous êtes aussi la vice- présidente de Financement Participa- tif France (FPF). Quels sont les enjeux de la profession au- jourd’hui ?
Nous avons un boulevard devant nous, du fait des problèmes de financement initial des jeunes pousses et du montant important d’épargne des Français, qui
ments avec sens, de devenir épargne-acteur, de bénéfi- cier d’une traçabilité et transparence. « Mettez une partie de votre épargne dans les entreprises qui re- présentent les emplois de demain » est notre discours. Nos fondateurs ont privi- légié ces deux industries d’avenir, mais ce choix n’est pas utopique : celles- ci peuvent offrir une bonne rentabilité.
« Les gens deviennent enfin épargne-acteurs »
règlementations et mentalités accordent plus d’importance au crowdfunding, devenu outil nécessaire, voire essentiel des jeunes pousses en France, comme l’observe Stéphanie Savel chez WiSeeD.
Une aide de la foule presque illimitée, pour aller désormais très haut et très vite...
Etes-vous donc opti- miste quant à l’avenir ? Toujours plus de particu- liers vont opter pour le flé- chage de leur épargne, si nous nous basons sur le taux de croissance actuel et réalisons une extrapola- tion. Cependant je ne pense pas qu’un jour les gens s’échangeront des titres. Il ne faut pas oublier que ce genre d’investissement est risqué, il est aussi possible de tout perdre. Le risque d’illiquidité est fort, car il faut laisser le temps à la start-up de se développer, voire de réaliser un pivot pour adapter son business model. Nous proposons donc chez WiSeeD d’au- tres offres qui permettent de diversifier l’investisse- ment, avec d’autres risques et rendements. outre le fi- nancement de start-up, nous proposons des projets de financements immobiliers, de sociétés eSS et coopé- ratives, de projets de refo- restation... Les chiffres n’en sont pas moins en- courageants. Nous avons fait dernièrement une sortie
cement de start-up et l’amorçage sont plus dé- veloppés grâce à une my- riade de business angels et de fonds, si bien que
acteurs du secteur. mais le pays souffre encore d’un manque en matière d’amor- çage. même les fonds sont frileux. La politique pu-
a deux ans et demi. A cette époque les porteurs de pro- jets et start-up déjà en ac- tivité pensaient de prime abord aux business angels
Il y a peu le crowdfunding rimait seulement avec dons pour les entrepreneurs, sur le modèle Ulule ou
KisskissBankBank. Tel n’est plus le cas
après la
l’equity crowdfunding est limité. L’outil reste plus tourné vers le don, à l’image de Kickstarter. La Grande-bretagne s’est lan- cée plus tard dans la course, mais grâce à un cadre rè- glementaire plus souple, a vu émerger des champions plus rapidement tels Crowdcube ou Seedrs.
blique est très active en termes d’accompagnement, et draine dans son sillage nombre de structures qui épaulent les start-up, comme les incubateurs, pé- pinières et même grands groupes. mais le bât conti- nue de blesser au niveau du financement de jeunes pousses, qui ont besoin de
et fonds, et rarement au crowdfunding. Ce domaine rimait avec dons, pour eux, sur le modèle Ulule ou Kisskissbankbank. Tout cela a changé. La preuve est d’ailleurs que nous fi- nançons souvent des projets avec des fonds d’investis- sements, gage d’une cer- taine crédibilité.
pour l’heure restent can- tonnés à l’assurance-vie et au livret A. Leur aversion au risque s’inscrit dans le sillage de celle des acteurs institutionnels. Tout l’enjeu pour nous consiste à dé- montrer les avantages de notre outil, qui donne enfin les moyens au particulier d’aiguiller ses investisse-
positive, 18 mois. levée de fonds. Les inves- tisseurs ont récupéré une mise de 43% supérieure pour la biotech Antabio. Il y a aussi eu de la casse, qui fait partie du jeu. Six start-up sont allées au tapis depuis le début. Nous en avons financé 90.
Julien Tarby
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