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n°35
PANorAmA Grand Angle - Femmes d’influence
Carole Delga, made in Occitanie
Son parcours est le fruit d’une lignée de femmes de la région du Comminges, près de Toulouse. et c’est sur ses terres natales, auxquelles elle reste très attachée, que Carole Delga remporte sa première élection municipale à martres-Tolosane en 2008, avant d’embrasser un destin ministériel en 2014.
« Ce côté combattante vient de mon éducation et des valeurs que j’ai reçues de ma grand-mère et de ma mère. Elles m’ont inculqué des valeurs de liberté et d’indépendance. Ma grand-mère me disait toujours : « Travaille bien à l’école et tout se passera bien », raconte-t-elle. Alors, oui j’ai travaillé et je n’ai rien lâché. Je suis une enfant du mérite républicain. Je sais d’où je viens, ce que j’ai traversé. Cela aide
à se forger un mental, des convictions. »
en juin 2015, ses racines l’appellent de nouveau : la secrétaire d’état au Commerce et à l’Artisanat décide de quitter le gouvernement de manuel valls pour se lancer dans la course à la présidence de la future région occitanie qu’elle remporte le 4 janvier dernier. Lors de son discours d’investiture, elle remercie chaudement son fidèle soutien, le président sortant de l’ex-région midi-Pyrénées, martin malvy, qu’elle nomme alors son « chevalier de la rose ». Travailleuse, indépendante et optimiste, l’élue de terrain affirme ne pas être touchée par les réflexions misogynes du milieu politique masculin. « Au contraire, cela me motive pour affronter ces personnes. Et puis cela m’attriste car c’est révélateur d’un manque d’idées, pour éviter sans doute de parler du principal, du fond, du programme et des propositions concrètes », ajoute-t-elle. Si elle revendique sa liberté et conteste l’esprit de réseau – elle préfère le terme de famille – elle garde cependant une écoute attentive auprès du président de la république et de Stéphane Le Foll notamment, lui permettant de faire récemment passer certains messages « sur la grippe aviaire, la crise agricole, les pôles de compétitivité ou encore la formation des demandeurs d’emploi », par exemple.
International
Reste du monde
Si, en France, les femmes peinent encore à ac- céder aux plus hautes fonctions de l’État, ce n'est pas le cas partout, à l'image de Michelle Bachelet (Chili), Christina Kirchner (Argentine), Park Geun-hye (Corée du Sud) ou encore Angela Merkel (Allemagne), plus proche de nous. Cette dernière domine ainsi le classement Forbes 2016 des femmes les plus puissantes du monde, devant Hillary Clinton, possible première femme à diriger les États-Unis, Janet Yellen (présidente de la FED), Melinda Gate qui dirige avec son mari la fondation Bill & Melinda Gates, et la CEO de General Motors Mary Barra. Et c'est même peut-être en dehors de nos frontières que les femmes françaises réussissent le mieux, puisque la présidente du FMI, Christine Lagarde, se classe 6ème de ce palmarès !
Sophie de Menthon, l’in- fatigable touche-à-tout
Sophie de menthon, présidente du mouvement patronal ethic, prétend n’avoir jamais fait les frais d’être une femme dans un milieu d’hommes. Au contraire, elle assure avec un brin de provocation avoir transformé cette singularité en avantage. « Nous sommes davantage remarquées et soutenues lorsque nous sommes la seule femme ! Ainsi, contrairement aux femmes avec qui tout est souvent plus difficile, beaucoup d’hommes formidables m’ont donné ma chance », ajoute-t-elle, évoquant en particulier la mémoire de michel Cacouault. Décédé fin août, l’ancien patron de la régie d’europe fut en effet le premier à prendre une participation minoritaire dans sa première entreprise de télémarketing. « J’ai alors pris conscience que j’avais créé de la valeur à partir de zéro », explique cette infatigable touche-à-tout. « Parce que je suis une femme, je mélange tout : mon entreprise m’a incitée à créer le syndicat de la profession, ce qui m’a ouvert une deuxième carrière dans l’écriture (avec une quinzaine d’ouvrages à son actif, NLDr) et les médias, décrit-elle. Elles sont aujourd’hui devenues des activités concentriques et inséparables : l’influence politique et le pouvoir dépendent en effet de la présence dans les médias et de la capacité à prendre la parole ! » L’initiatrice du mouvement « J’aime ma boîte » cultive ainsi de fait un vaste réseau d’économistes, d’entrepreneurs, mais aussi de politiques où elle côtoie aussi bien François Fillon et Nicolas Sarkozy, qu’emmanuel macron ou encore son
ancien mentor, Alain madelin.
ment, car les femmes sont moins sensibles aux hon- neurs et au décorum que les hommes. »
sonne n’oserait répéter le «qui va garder les en- fants ?» de Laurent Fa- bius à Ségolène Royal en 2007 car les opinions pu- bliques ne l’accepteraient plus, pointe Geneviève Ta- pié. À commencer par les femmes elles-mêmes qui parlent davantage et ne
dont elles étaient encore trop souvent les victimes. Un an plus tard, plusieurs élues dénonçaient à visage découvert des faits de har- cèlement et d’agressions sexuelles dont elles accu- saient le vice-président de l’Assemblée nationale, De- nis baupin (eeLv).
du groupe bPCe (« Les elles ») et du Crédit Agri- cole Lr (« Les Auda- cielles »), Christine Fa- bresse mène ce combat. « Il existe certaines re- cettes incontournables : dresser un diagnostic avec des objectifs chiffrés afin de pouvoir mesurer les pro-
LA RIPOSTE S’ORGANISE
mais pour reprendre une part du pouvoir confisqué par les hommes, les
Les clubs féminins permettent ainsi concrètement d'aider certaines à faire avancer leur projet ou leur carrière
femmes s’organisent de plus en plus. D’abord, si le « sentiment gaulois » perdure, les mentalités évo- luent progressivement. « Aujourd’hui, plus per-
se laissent plus intimi- der. » en mai 2015, 40 femmes journalistes poli- tiques se sont ainsi élevées contre les propos sexistes et les mains baladeuses
Dans les entreprises, celles qui ont réussi s’investissent désormais pour favoriser la mixité dans leur orga- nisation. marraine du col- lectif des femmes managers
grès, mettre en place des actions comme l’obligation d’avoir des candidatures féminines lors d’un recru- tement par exemple, et ren- forcer l’accompagnement
Élisabeth Hubert, santé sans concession
étudiante syndicalisée dans les années 70 à Nantes, médecin puis députée dès l’âge de 29 ans, élisabeth Hubert a connu une carrière politique fulgurante, grâce au soutien de Jacques Chirac, Alain Toubon et Philippe Seguin, jusqu’à devenir la figure de proue des « Jupettes », au poste de ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, avant d’être remerciée six mois plus tard en novembre
1995, en même temps que huit autres de ses collègues femmes, mais aussi quatre hommes.
Cet épilogue, dont elle ne tient pas rigueur au Premier ministre de l’époque, lui a finalement permis de prendre un nouveau virage. « Pour moi, ce départ était davantage lié à la construction ministérielle de l’époque qui comprenait trop de postes inutiles, ainsi qu’à des désaccords de fond sur les réformes en préparation, mais pas au fait que nous étions des femmes, assure-t-elle. Ma défaite aux législatives de 1997, après trois mandats, m’a ensuite permis de prendre une voie fondamentalement différente et de découvrir le monde de l’entreprise à 41 ans. »
Passée depuis dans le secteur privé, d’abord comme directrice générale des Laboratoires Fournier, puis en créant sa propre entreprise (HaD France), cette femme de caractère n’a pas perdu de son influence au sein du ministère de la Santé qu’elle fréquente toujours en tant que présidente de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (Fnehad). « Ce travail de représentation et de lobbying en faveur de l’hospitalisation privée concerne un périmètre plus restreint, mais débouche finalement sur davantage de concrétisations que lorsque j’étais ministre, admet-elle. J’en vois les avancées dans les derniers textes de loi proposés par Marisol Touraine, prévoyant notamment que les patients puissent exprimer leur volonté de rester chez eux. » Avec l’indépendance en plus. « Je ne suis vraiment pas faite pour dépendre hiérarchiquement d’un Premier ministre ou d’un président actionnaire, s’amuse l’ancienne ministre. Mon statut d’entrepreneure est définitivement celui qui correspond le mieux à ma personnalité ! »
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Novembre 2016
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