Page 21 - EcoRéseau n°35
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Grand Angle - Femmes d’influence PANorAmA
Yseulis Costes, la pionnière du digital
Plongée dans la culture numérique à 21 ans, lors d’une bourse d’étude à l’Université du Nouveau mexique, en 1995, Yseulis Costes n’en est jamais vraiment sortie. « J’ai reçu ma première adresse email et découvert Internet en arrivant à la fac, se souvient cette
aveyronnaise d’origine. J’ai alors compris que cela allait tout changer en marketing, et c’est resté ma passion depuis. »
De retour en France, l’enseignante-chercheure bascule dans l’entrepreneuriat en créant, en 2000 avec son associé et mari Thibaut munier, le spécialiste du data marketing 1000mercis. Avec le soutien d’une autre star du Net, marc Simoncini, comme premier actionnaire, son groupe est devenu 16 ans plus tard un poids lourd du secteur, coté sur Alternext et affichant un CA de 53 m€ (+17%) ainsi qu’une rentabilité à
deux chiffres (18%) en 2015 !
mais, depuis la Silicon valley, à Palo Alto où elle réside désormais, la pionnière du digital en France poursuit inlassablement son œuvre de pédagogie. « Issue d’un parcours académique, j’insiste pour que nous continuions à publier nos recherches et à participer à des conférences internationales afin de partager notre vision des métiers du marketing interactif et du data marketing, explique-t-elle. Mais il est également important de diffuser la culture numérique avec d’autres chefs d’entreprise, c’est ce que j’essaie notamment de faire en participant au board de Kering, Vivendi ou du groupe Seb, ou en rencontrant beaucoup de jeunes porteurs de projets qui me sollicitent. »
comme dans l’entreprise, neviève Tapié. D’autant des systèmes de garde ap- la conquête des places se qu’elles assument encore propriés. « En Allemagne, fait par réseau. Or, dans 80% des tâches domes- il existe des crèches ou- cette course, les femmes tiques, selon le Credoc. » vertes jusqu’à 22h, un pays
"Comment m'imposer dans un monde d'hommes ? Grâce à ma sensibilité féminine"
manquent en général de Une charge incompatible où ils ont une chance- temps entre 25 et 40 ans, avec la disponibilité re- lière... », sourit Geneviève au moment où elles ont quise par les postes à res- Tapié.
leurs enfants, explique Ge- ponsabilité, à moins d’avoir Peu de secteurs échappent
à cet état des lieux, même ceux réputés plus progres- sistes comme le numérique, les milieux artistiques ou scientifiques. « Il y a très peu de femmes à la tête d’une boîte tech dans la Silicon Valley, même dans un secteur plus neuf comme l’Internet qui ne date que d’unequinzained’années », observe Yseulis Costes, la patronne de 1000 mercis, installée à Palo Alto depuis trois ans. Passée de la po- litique à l’entrepreneuriat dans la santé, élisabeth Hu- bert confirme : « Il n’est pas toujours évident pour une femme d’occuper de hautes responsabilités dans le monde de l’entreprise ou le domaine scientifique, même si la société mûrit, observe l’ancienne ministre de la Santé. Les femmes se tournent plutôt vers des carrières juridiques ou so- ciales, car elles ont besoin de concret. La superficialité et l’immédiateté de la sphère politique et média- tique les rebutent égale-
Christine Fabresse, la banquière engagée
C’est pendant ses années aux ressources humaines du Crédit Agricole, au moment « anxiogène » où la banque rachetait le Crédit Lyonnais et devait se réorganiser en profondeur que Christine Fabresse s’est découvert « une résistance au stress insoupçonnée ». Cette combativité a aujourd’hui conduit cette passionnée de rugby à la tête de la Caisse d’épargne Languedoc roussillon (1579 collaborateurs, 1150000 clients). « Cette position offre une forte influence économique, mais c’est la fonction seule qui crée ce pouvoir, observe-t-elle avec recul. Pour peser davantage dans le tissu économique, je m’implique donc par ailleurs dans des cercles d’entrepreneurs : les Gentils Révoltés pour porter des initiatives de développement auprès des politiques locaux, et le Cercle du
Leadership sur le plan national. » Parmi ces problématiques, la dirigeante s’engage particulièrement sur la question de la diversité qu’elle développe en tant que marraine du collectif des femmes managers du groupe bPCe (« Les elles ») chargé de développer des actions de mentoring auprès de jeunes femmes, ainsi qu’à la Caisse d’épargne Lr (« Les Audacielles »), mais aussi auprès d’associations et dans des tables rondes publiques. Pour cette fille de patron d’une petite conserverie d’anchois, ce combat répond également à une éducation particulièrement ouverte. « Mon père nous a laissé nous exprimer, autant les filles que les garçons, en nous apprenant le goût de l’action et des défis, raconte- t-elle. Aujourd’hui j’aime toujours embarquer les autres pour avoir un impact. Je ne supporte pas la routine, sinon je m’ennuie comme un sportif de haut niveau ! »
Alice Zagury, Présidente et cofondatrice de TheFamily
« Ce qui est rare est recherché », déclare en souriant cette jeune diplômée de l’em Lyon,
née en 1984. etre une femme aurait donc été un avantage dans le monde des start-up pour celle qui rejoint l’association numérique Silicon Sentier en 2008. « Quand on démarre une start-up, on fait tout pour que les premiers utilisateurs deviennent des ambassadeurs et ne jurent plus que par votre produit. et les femmes ont appris à observer et deviner, elles savent aller au-delà des attentes, faire preuve d’empathie et anticiper au détail prêt ce dont les utilisateurs ont besoin », affirme celle qui lance en 2010 le premier accélérateur français, Le Camping avant de cofonder TheFamily avec deux associés afin d’offrir à plus de 100 start-up par an un programme d’éducation, d’outils et d’accès au financement, contre 5% du capital. Le monde numérique est fait d’hommes mais Alice Zagury reste optimiste : « Nous venons de lancer un programme selectif qui forme les futurs employés de startup - joinlion.co - et 60% des candidatures émanent de femmes. Il y aura
beaucoup plus de dirigeantes dans la prochaine génération ».
Novembre 2016
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