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n°34
MONDIAL De L’AUtO Prospective – La voiture en 2050
L essencenonessentielle Les innovations foisonnent, si bien qu’il est difficile d’esquisser le véhicule
Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau Business imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050, puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
d’après-demain.
a dernière des la société pour faire la titut Pascal à clermond- étaient à leurs dé- Mohicans. Ainsi navette, quand d’autres Ferrand en collaboration buts – la toyota est surnommée prennent le bus ferry aé- avec le constructeur Li-
Faustine, jeune cadre rien afin d’éviter tout gier dans les années dynamique qui chaque embouteillage. D’autres 2016-2020. Mais Faus- matin doit se rendre de préfèrent gagner des cré- tine est une irréductible, Nice centre-ville à So- dits de mobilité distri- elle préfère venir seule phia Antipolis pour bués par l’entreprise en dans sa vieille guim- exercer son métier de créant des groupes barde à moteur hybride.
Les bolides connectés, souples, flexibles et autonomes qui la dépassent roulent grâce à l’électricité fournie par l’asphalte conducteur
community manager pour une marque de Fly- boards à grande vitesse. Ses collègues utilisent les produits-mêmes de
d’auto-partage et de co- voiturage, ou tout sim- plement prendre la na- vette eZ10 autonome, mise au point par l’ins-
A l’époque de sa fabri- cation en 2016, les piles à combustible utilisant l’hydrogène et l’oxy- gène comme carburants
Mirai sortait seule- ment au Japon, avec une autonomie de 500 km – et les batteries Li- ion de 200 km d’auto-
Le robot conducteur du taxi sera-t-il aimable ?
Bruno Grandjean, directeur de programmes au Pôle de compétitivité Véhicule du futur à Mulhouse
« Le robot-taxi électrique promis à un bel avenir »
Quelles grandes tendances d’innovation ac- tuelles vont considérablement influencer la voi- ture de demain selon vous ?
J’en relève trois. Premièrement les nouveautés en matière de motorisation et électrification du véhicule, avec à terme la disparition du pétrole. La pile à combustible aussi se développe, mais elle sert à produire de l’électricité. Deuxiè- mement l’émergence du véhicule connecté automatisé, qui est un des rares sujets pour lesquels l’échéance avance au lieu de reculer, au vu des progrès faramineux qui sont réalisés tous les jours. La troisième grande rupture est à rechercher dans l’usage du véhicule et la fameuse mobilité servicielle. Les gens ne possèderont plus leur véhicule et feront toujours plus appel à des véhicules partagés ou à un pool de services qui donne le déplacement le plus adapté. Si on poursuit ces courbes, on peut imaginer des
robots taxis électriques en 2050.
Comment parvenez-vous à détecter les ruptures à venir ? Nous ne travaillons pas hors-sol. Nous sommes en contact avec les réseaux de pôles par exemple. L’information est aussi alimentée par ce que nous développons. Nous avons besoin que tout l’écosystème s’auto-nourrisse pour progresser dans ces domaines complexes. Le véhicule électrique est un monde en soi par exemple : problématiques d’allègement, de batteries, de recyclage, de process, etc., sont pléthoriques.
Idem pour le véhicule autonome : avec qui doit-il être communicant ? Quid de la sécurité ? Des tests et de la va- lidation ?...
Est-on bien placé en France dans ces grands do- maines ?
Grâce à Renault nous avons acquis de solides positions dans l’électrique. En revanche, les constructeurs ont aban- donné les recherches sur la pile à combustible à cause de multiples inconvénients. L’utilisation de l’hydrogène est désormais plus avancée en Allemagne. Les innovations conduisant aux véhicules autonomes arrivent sur le haut de gamme, comme prolongation de l’assistance à la conduite. Ce qui signifie que les véhicules hexagonaux sont devancés par les constructeurs allemands par exemple. Mais Google, et plus récemment Tesla avec l’accident mortel, font plus parler d’eux et ont déjà plus de retour sur expérience. Auparavant les constructeurs pratiquaient l’innovation incrémentale pour améliorer la conduite, ce qui aurait tranquillement mené au véhicule autonome en 2040. Mais Google a mis un coup de pied dans la fourmilière en 2012, tout le monde a dû accélérer. Les membres du pôle sont d’ailleurs à la recherche d’indices, de rencontres pour se positionner à leur échelle sur ces technologies. Quant à l’écomobilité, elle est plutôt l’apanage des start-
up, notamment françaises, qui multiplient les démarches collaboratives.
Concrètement de quoi peut-on être sûr concer- nant le véhicule de 2050 ?
Il sera vraisemblablement partagé. Certainement pas possédé par un individu, sauf le très haut de gamme. La reine d’Angleterre aura sa Rolls, mais les robots-taxis, à Paris ou dans la Creuse, de 40 tonnes ou en mode Twizy, seront majoritaires. L’évolution sera en tout cas terminée. BMW et Intel annoncent le premier taxi pour 2021. Etant donnés les avantages du moteur électrique et des énergies renouvelables, il y a de très fortes chances pour que cette technologie s’impose. Je reste dubitatif sur les routes élec- trifiées qui coûtent très cher. Des motorisations alternatives, comme l’hydrogène, sont à envisager pour les poids lourds. Quant à la voiture volante, elle sera possible techniquement, mais certainement rejetée sociétalement, car les gens pourront aller partout sans contrôle. Enfin, il y a consensus aujourd’hui pour dire que la voiture à air comprimé, qui a fait le buzz pendant des années, ne verra pas le jour à cause des trop importantes ressources économiques et
énergétiques nécessaires pour comprimer l’air.
Propos recueillis par Julien Tarby
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OctObre 2016

