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n°34
StrAtéGIe & INNOVAtION NUMérIQUe Regard digital - Marc Chemin, coordinateur du plan Big Data (Nouvelle France Industrielle) Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
« entre 30 et 50% des postes vont évoluer »
Le Plan Big Data a été lancé en 2013, il a mainte- nant été intégré dans le programme « Economie de la donnée » de la Nou- velle France Industrielle. Où en sommes-nous exactement ?
Il y a 3-4 ans, un constat avait été dressé pour le plan big Data, dans le cadre des plans de la Nouvelle France
décrit les prémices de la révolution en marche.
Marc chemin, directeur associé chez capgemini consulting en charge des activités mondiales big Data et coordinateur du plan big Data lancé dans le cadre de la Nouvelle France Industrielle,
Quel est l’état de l’art côté industrie ?
en parallèle du plan big Data, nous avons développé des actions en matière de formation pour développer les bonnes compétences dont
turbines), et/ou le long des chaines de production. ces technologies bouleversent l’exploitation de tous les ac- tifs. et le changement actuel se joue ici: sur la prise de conscience de nos industries
structures. c’est d’ailleurs l’un des champs prioritaires d’action des pouvoirs publics, qui souhaitent encourager les tPe à embrasser la ten- dance.
prédictive et l’utilisation des algorithmes pour optimiser les process de production ne se réalisent pas sans heurts au niveau des salariés. Les collaborateurs qui ont des modes de travail récurrents vont devoir évoluer. c’est ici que le bât blesse: la formation continue et les dispositifs mis en place en entreprise sont les points faibles dans cette révolution digitale:
Et les start-up dans tout cela? Quel rôle ont-elles à jouer dans cette nouvelle vague technologique? Dans le domaine du big Data comme dans les autres, les difficultés que rencontrent les start-up sont connues. créer un lien plus étroit avec les grands donneurs d’ordre, bé- néficier du financement adé- quat lors des étapes de déve- loppement de l’entreprise (« passer à l’échelle »). c’est pourquoi dans le cadre du plan big Data, nous avons initié les « challenges big Data », nouvelle sorte d’appels à projets qui permettaient d’ac- célérer la mise en relation des grands groupes et des start-
cela étant, les transforma-
Industrielle :
Nous étions aux prémices du big Data, à une période de prise de conscience. Sa pleine dimension n’était pas encore prise en compte, ses champs d’applications se bornaient au consommateur final, à la relation client, au lancement de plateformes que tout le monde utilise au- jourd’hui: booking, tripAd- visor, Uber et consorts.
Le big Data a ensuite irrigué chaque secteur de l’économie y compris les plus insoup- çonnés tels que ceux du prêt à porter et de la mode pour aujourd’hui aboutir à une nouvelle tendance: celle de son implémentation dans les grands groupes.
Mais cette prise de conscience ne se réalise pas sans créer de clivages.
Si l’ensemble des entreprises ont cerné les enjeux du big Data, il existe un gap entre la France des grands groupes (carrefour, LVMH, Accor,etc.) qui ont déjà mis en place ces nouvelles com- pétences et la France des pe- tites entreprises, en retard sur le digital dans tous ses aspects qui souffrent à la fois d’une moins bonne connaissance du client et d’un défaut de vision en termes de veille de l’inno- vation et de niches qui se développent. en bref, le big Data illustre les difficultés des petites entreprises à dé- tecter les signaux faibles an- nonciateurs de nouvelles ten- dances pour ensuite se les approprier.
certes, la formation initiale s’y est mise. ecoles et uni- versités ont multiplié la créa- tion de formations liées au big data. Par exemple, une école comme télécom Pa- ristech a doublé ses effectifs sur ce segment. Le poste de Data Scientist est très prisé. Le virage a été pris à ce ni- veau.
up.
Aujourd’hui, nous pouvons nous enorgueillir de qualités réputées mondialement qui résonnent notamment via la french tech et certaines de nos start-up: à l’image de notre capacité à marier ma- thématiques et informatiques, savoir reconnu mondialement.
Un carburant magique qu'il va vraiment falloir apprendre à maîtriser dans les années à venir...
Le phénomène au niveau pu- blic et parapublic reste timide. L’écosystème est complexe et plus rigide. Le changement est lent.
allaient avoir besoin les en- treprises. La prise de conscience de ces ruptures dans le monde de l’industrie a eu des répercussions sur
de l’apport du big Data, trois ans après la vague côté consommateurs. cette nou- velle vague embrasse toute l’économie et sera plus im-
tions à mener demeurent im- portantes y compris dans les grandes entreprises. D’après une récente étude menée par nos équipes, l’utilisation de
concernant M. tout-le- monde, il manque encore un vrai débat sur les données in- dividuelles et de santé (no- tamment génomiques). Les études et la recherche démon- trent par exemple qu’en utili- sant les données personnelles, l’on pourrait améliorer le ci- blage des problèmes de santé et ainsi proposer des traite- ments spécifiques. Mais la question éthique en termes de prédictibilité de la santé et ses conséquences sur les as- surances, l’emploi, le rapport aux banques demeure en sus-
Sans être Data Scientist, nombre de salariés devront être capables d’interpréter une partie des analyses réalisées
Mais il y a de quoi nourrir de réelles inquiétudes sur les profils en poste où leur métier va évoluer alors que leur fonc- tion ne sont classiquement pas tournées vers l’exploita- tion des nouvelles technolo- gies. tout le monde ne devra pas avoir le niveau d’expertise d’un Data Scientist, mais chaque collaborateur devra être capable de visualiser et interpréter une partie des analyses réalisées grâce aux nouvelles technologies. Nous chiffrons ce phénomène entre un tiers et la moitié des ef- fectifs des grands groupes. c’est une lame de fond sur
Quid de la sphère publique et de la société civile à ce sujet?
44 OctObre 2016
chacun des métiers: chaine de production, supply chain, etc.
Les industries se sont empa- rées de ces technologies pour améliorer leur process en mettant en place notamment de la maintenance prédictive via l’installation, entre autres, de capteurs sur les équipe- ments (machines, véhicules,
grâce aux nouvelles technologies
.
portante que celle côté l’analytique pour améliorer consommateurs, qui est elle la production et les process symbolisée par le phénomène internes ne donne aujourd’hui « d’uberisation » aujourd’hui des résultats probants que largement reconnu. dans un tiers des cas. Non
les dix prochaines années.
pas que les enjeux ne soient Menace ou pas là, mais la façon d’obtenir opportunité pour les des résultats nécessite pour entreprises ? les entreprises de se trans-
Il sera vital d’enrichir la connaissance des rH sur chaque profil en matière de compétences et de perfor- mance et d’affiner chaque profil pour une meilleure adéquation des profils par rapport aux postes.
pens.
Le gouffre reste béant entre former en profondeur..
les petites et les grandes Par exemple, la maintenance
Propos recueillis par Geoffroy Framery
Quel rôle pour les RH?
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