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n°34
cLUb eNtrePreNDre Electron libre - Emmanuelle Duez, fondatrice du Boson Project et de WoMen'Up
Dans cette rubrique EcoRéseau Business met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
Néo-féministe Y
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
e DépoussiérerlesentreprisespouraccueillirlagénérationY,remodelerleféminismemoderne.Desdéfisalléchants pour cette serial entrepreneure d’énergie et de panache. Portrait d’une pile électrique de moins de 30 ans.
n toute simplicité, elle la bonne, qu’il valait mieux directions. Avec leur accord et veulent conserver ce confort fonctionné : démarrer une comme beaucoup d’autres a cofondé à moins de m’intéresser au “comment”. nous transformons des sala- qu’ils ont acquis. « Des qua- telle entreprise était un sa- personnes de ma génération 30 ans deux organi- Je ne peux poser mes fesses riés en interne en consultants. dras ont respecté les statuts cerdoce, et nous n’avions pas que la mixité était le combat
sations, WoMen’Up et the derrière un bureau durant 12 Nous ne faisons pas du et la politique de l’entreprise les mêmes volontés d’inves- de nos mères et grand-mères,
boson Project, par ses idées et sa force de conviction. Wo- Men’Up œuvre à la mise en place d’un triptyque généra- tion Y, mixité et réseautage, au travers d’une association qui revendique d’être la pre- mière créée pour et par la génération Y. the boson Pro- ject, qu’elle a lancé en 2012, se veut être un laboratoire de développement du capital hu- main, accompagnant la réor- ganisation d’entreprises pour mieux impliquer les salariés. Dans une démarche de co- création, des solutions ultra- innovantes visant à créer de la valeur et des valeurs en misant sur les individus sont élaborées afin de fabriquer l’entreprise de demain. Avec 15 salariés et une création de contenu toujours plus sérieuse, la société semble avoir gagné ses galons de légitimité. et sa fondatrice aussi.
Je suis allée voir des dirigeants pour les convaincre que cette réticence des jeunes est un signal annonçant
qu’il s’agissait d’un non- sujet. Mais j’ai pu constater un plafond de verre, et fina- lement un véritable sujet de société : un tel blocage dé- montre une facette de ce que nous sommes. » La jeune femme établit un diagnostic : le phénomène découle de causes exogènes, comme la gouvernance, mais aussi en- dogènes comme les freins que s’inventent les femmes elles-mêmes, l’autocensure qu’elles se créent. « Or nous nous sommes aperçus que pour la génération Y le fait que tout le monde bénéficie des mêmes chances dans l’en- treprise résonnait comme une évidence et un acquis. Il s’agit donc d’un problème généra- tionnel avant tout. En outre le problème est de moins en moins éthique, et de plus en plus économique : les diri- geants doivent veiller à éviter de perdre des talents. » Les membres de l’association vont donc voir de grands patrons pour leur faire comprendre qu’ils doivent agir pour toute la génération Y et pas seule- ment les femmes, et que le jeu en vaut la chandelle pour des raisons pécuniaires avant tout. Là aussi des enquêtes à grande échelle ont été me- nées : « L’étude Mazars a été conduite dans 68 pays. Avec la fusée WoMen’Up, nous organisons un réseau d’élèves encore en études ou en première année de vie ac-
PRÉCOCITÉ DE CONCEPTUALISATION ET DE CRÉATION
cette propension à créer très tôt tient peut-être au parcours éclectique de la jeune femme, qui se dit passionnée par l’ob- servation des interactions en entreprise. Après la fac de droit pour devenir avocate, Sciences-Po pour espérer être commissaire, puis l’essec, elle a parfait sa formation en Italie à l’université bocconi à Milan, parlant aussi bien anglais, espagnol qu’italien. cette ambassadrice pour la France de One Young World n’en n’a pas moins été dés- abusée au sortir de huit années d’études supérieures. « Comme beaucoup de jeunes de ma génération, je me suis retrouvée sur le marché du travail avec une certaine in- capacité à m’adapter au moule de l’entreprise. Je me suis aperçue que ma quête du “quoi faire” n’était pas
WoMen'Up, pour en nir avec le patron qui vole les idées de la petite jeune fraîchement arrivée...
28 OctObre 2016
heures par jour. Je suis faite pour être entrepreneure, j’ai besoin d’embarquer des gens avec moi, de mener des com- bats, des projets, de rencontrer de l’opposition », explique celle qui a décidé de s’emparer du sujet de l’entreprise sachant
que l’entreprise doit changer
tissement. J’ai donc continué seule, en adoptant une autre stratégie : je me suis entourée de collaborateurs et non d’as- sociés, avec une organisation beaucoup plus “flat” et une tribu quasi militante », syn- thétise l’entrepreneure qui a su rebondir. Ses antennes sont connectées sur la sociologie du travail. Peut-être en réac- tion à son histoire familiale, avec un père qui a été licencié à 50 ans. Son souhait est en tout cas d’incarner quelque chose par cet élan entrepre- neurial. « Il est impossible de déterminer ce que nous ferons dans cinq-dix ans, mais nous produisons du contenu, avec des gens qui ont une idée sur l’entreprise de de- main. En participant à des évènements comme le forum de l’économie positive au Havre, nous augmentons nos connexions. Notre destin est celui d’un think tank, ou plutôt d’un do-tank. Nous ne sommes en tout cas pas dans l’ESS, nous travaillons avec le Medef et les grandes en- treprises », précise cette ré- serviste d’une enseigne de vaisseau 1ère classe de la Ma- rine nationale, qui veut être sur le terrain et surtout éviter l’incantation.
accueillir ce genre d’aspiration de la génération Y. « Je suis allée voir des DRH, des diri- geants pour les convaincre que cette réticence des jeunes diplômés est un signal an- nonçant que l’entreprise doit changer. » the boson Project a grandi sous son impulsion, créant même un pôle re- cherche en interne, afin de produire de la data. « Il nous faut nous appuyer sur des faits pour amener la preuve d’obligation d’évolution aux
dit que nous étions des “néo- syndicalistes”. Nous démon- trons aux gens que si l’entre- prise périclite c’est aussi leur faute. Nous les mettons en responsabilité », ajoute celle qui rencontre parfois une cer- taine résistance du corps so- cial. certains rejettent le fait de sortir de leur zone de confort, n’aspirent pas à chan- ger ou à proposer de nouvelles solutions. certains sont sou- lagés d’une telle évolution, d’autres sont dans la crainte
nuelle Duez qui s’appuie dés- ormais sur des enquêtes in- ternationales menées par sa société. La stratégie consiste maintenant à convertir des ambassadeurs, un « cercle d’initiés ».
t passer
consulting, pas du coaching non plus, mais du “corporate hacking” pour accompagner la transformation », résume celle qui attire désormais les dirigeants convaincus que l’entreprise traditionnelle est menacée. « Un client nous a
auxquels ils ne croyaient pas, et refusent donc de tout oublier pour une organisation plus plate, plus technologique et plus basée sur la méritocratie. Il y a bien sûr un travail pé- dagogique à fournir, quasi militant », rappelle emma-
CARACTÈRE
DE BATTANTE
ce beau tableau ne doit pas faire oublier des débuts chao- tiques. « Je suis allée chercher deux jeunes femmes de Wo- Men’Up mais cela n’a pas
FÉMINISTE
ENGAGÉE
WoMen’Up est en revanche une association. « J’ai été envoyée en mission dans un grand cabinet d’audit pour comprendre pourquoi les femmes n’accédaient pas à des postes à haute responsa- bilité. A 23 ans, je pensais
tive,enleurfaisan. une formation sur le sujet, afin qu’ils “pollinisent” les entreprises dans lesquelles ils vont travailler », se réjouit la vibrionnante Y soutenue par de fameux mentors comme Joël de rosnay, Aude de thuin ou Marie-Laure Sauty de chalon...
Julien Tarby
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