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n°34
cLUb eNtrePreNDre Culture du rebond - Athéna Montuoro, fondatrice de Badines Lingerie
Apprendre de ses échecs et utiliser cet acquis dans une nouvelle aventure. Tel est le credo qui est suivi dans cette rubrique,
On ne badine pas avec l’entrepreneuriat
qui retrace une sortie de route pour mieux se tourner vers l'avenir
D’une chaîne de crêperie en Inde au lancement d’une marque « hype » de lingerie en France et à l’international, Athéna Montuoro, 26 ans, a tout pour étonner.
Un retour en France se des- sine. Une césure pour l’en- trepreneure, qui après de longues discussions avec ses proches, fait le choix de ne pas repartir. Mais, l’idée de la chaine de crêperie reste tenace. trois nouveaux pays sont alors ciblés : le Vietnam, le cambodge et le brésil. S’ensuit une prospection de quatre mois dans les trois pays. La barrière de la langue, un marché très concurrentiel et un investissement lourd pour le Vietnam, un marché trop exigu pour le cambodge, des démarches lourdes pour le visa et un apport minimum de 60000 euros pour le brésil malgré un véritable potentiel business, auront définitive- ment raison du projet de crê- perie.
met alors à travailler pour l’affaire de famille dans l’hô- tellerie avec la refonte de la communication et du site, et à exercer quelques boulots pour joindre les deux bouts. ce break hivernal de 2013 sera l’occasion de s’enquérir de nouvelles idées. « Suite à la lecture d’un article consa- cré à une créatrice, désor- mais concurrente, je me suis penchée davantage sur le prêt-à-porter en VAD dans le domaine de la lingerie. Cette créatrice voulait dé- velopper la marque à l’étran- ger. Je voulais proposer ma candidature mais je n’ai ja- mais réussi à entrer en contact avec elle ; juste avec ses vendeuses. Face à ce si- lence, j’ai réagi en me disant que je pourrais développer ma propre marque », note la fondatrice de badines Lin- gerie. Nouveau business plan (vente par Internet et VAD), nouvelle étude de marché et un stage chez etam Lingerie plus tard, Athéna Montuoro se tourne vers son réseau pour chercher des fonds. « J’effectuais des conférences sur la vente privée, sur le re- tail et le e-commerce. Il fallait apprendre sur tout. En pa- rallèle, il me fallait 100000 euros pour me lancer. Via le
voir et vendre de la lingerie haut de gamme à des prix accessibles qui se décline sous trois gammes. Le jeu, l’ensorcellement et le glamour sont de rigueur. Les ven- deuses incarnent d’ailleurs selon les codes l’image de « conseillères en séduction ». cosmétiques et jouets intimes viennent renforcer la gamme. et le site « journal d’une ba- dine » anime une commu- nauté férue de la belle den- telle. Mais ne vous méprenez pas. et loin d’Athéna Mon- tuoro l’idée de vous faire prendre sa lingerie pour des blandices. Le body à 75 euros ou l’ensemble corbeille-cu- lotte à 94 euros s’expliquent entre autres par la possibilité de rogner les marges en VAD. L’entrepreneure dessine les collections, choisit les ma- tières (dentelle de calais, bro- deries suisses...) avec une modéliste en freelance. La fabrication est réalisée au Maroc. « Nous voulions faire dans le qualitatif, pas obli- gatoirement dans le made in France », se souvient Athéna Montuoro qui a aussi déve- loppé les initiatives pour se faire un nom : association avec bloggeuses, événemen- tiel, pop-up store, marchés extérieurs, salon du mariage, etc.
ARetour au fondamentaux: la nesse,l'élégance mais avec un brin d'espiéglerie pour Badines
lors étudiante à l’Ié- tuoro s’associe aussi avec sa sements dans les machines seg business famille pour créer une galerie n’avaient pas encore été réa- School basée à d’art qui proposait de la petite lisés que l’esprit d’aventure
ATERMOIEMENTS ET BASCULE VERS LA LINGERIE HAUT DE GAMME
Lille, Athéna Montuoro dé- restauration. Profil d’entre- et la curiosité pour le pays
Des crêpes, il n’en restera plus tard que l’aspect gaufré du tulle. Le rebond ne se fait pas automatiquement mais l’envie d’entreprendre reste tenace. « J’avais tou- jours eu cette volonté de créer et porter un projet. Mes parents (cadre bancaire et hôtesse de l’air, NDLR)
cide de passer sa troisième année en Inde à Mumbaï pour réaliser un stage dans l’hôtellerie. « Je voulais lan- cer un concept de commerce de proximité. Il n’y a pas de boulangerie là-bas, mais j’avais opté à l’époque pour un concept duplicable de crêperie, une sorte de fast- food, au regard de la culture alimentaire du pays où les habitants consommaient des produits voisins (nans, rô- tis...). L’investissement était aussi moindre que pour une boulangerie », se souvient l’entrepreneure. Un retour en France, puis une quatrième année à richmond aux etats- Unis avec une dominante entrepreneuriat, amènent l’étudiante à formaliser son business model. en parallèle de ses études, Athéna Mon-
30 OctObre 2016
preneure donc, et tout sem- blait s’aligner pour que le projet indien ne reste pas dans l’œuf. D’autant qu’Athéna Montuoro proje- tait de vivre au moins cinq ans au pays de la vache sa- crée.
s’émoussaient. « J’ai réalisé que je supportais mal le pays d’un point de vue culturel.
« Je pensais que le réseau VAD serait facile à mettre en place mais les chiffres ne sont pas en proportion aussi élevés que dans le business model prévu. Cela dit, les vente sur Internet sont en-
TRIBULATIONS D’UNE FRANÇAISE
EN ASIE
Après six mois de stage chez Apodis, une chaîne hôtelière qui souhaitait implanter une dizaine d’établissements en Inde, et les fonds propres réunis – pour une somme de 11000 euros –, la jeune femme était prête à se lancer, épaulée également en local par son réseau professionnel, dont un contact français ve- nant d’ouvrir un salon de thé-macarons. Les investis-
J'ai réalisé que je supportais mal l'Inde d'un point de vue culturel
La ville m’écrasait. Mais ce ne fut pas lié à ma condition de femme. Le fait d’entre- prendre là-bas est relative- ment aisé. En Inde, il faut s’armer de patience mais les démarches sont relativement simples. Il faut donner parfois des petits billets sous la table pour accélérer les choses. L’inertie administrative est forte. Mais le fait d’être une jeune femme n’était en rien une barrière », précise Athéna Montuoro.
ont quitté leur métier pour se lancer dans l’hôtellerie et m’ont certainement trans- mis cette fibre. La branche entrepreneuriat à l’Iéseg en était à ses débuts. J’ai réalisé le fossé avec le niveau à Richmond en termes d’en- seignement et de charge de travail. Mais ce parcours n’a fait que me conforter dans mon idée », relate Athéna Montuoro. Face à l’impossibilité de monter son projet, Athéna Montuoro se
réseau de mon père, j’ai eu l’occasion de rencontrer un investisseur. Mon père a éga- lement supporté le projet parce que le business model tenait la route, c’était la condition d’ailleurs pour avoir son soutien », précise la créatrice de badines Lin- gerie. Un dernier peaufinage des chiffres et l’adaptation des contenus marketing et com’ en anglais permettent le lancement officiel en no- vembre 2015. L’idée ? conce-
eantes malgré un mar-
courag.
ché très concurrentiel », constate Athéna Montuoro qui diversifie aussi ses ventes grâce au lancement d’acces- soires tels que des bracelets, en dentelle bien sûr, et aussi grâce aux prémices de son développement outre-Atlan- tique.
Geoffroy Framery

