Page 64 - EcoRéseau n°33
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n°33
rH & FormAtIoN Carrières & Talents - La formation continue et les alumni
Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Fils invisibles
AAvec un terrain de jeu mondial et une concurrence exacerbée, les business schools chouchoutent leurs alumni... non sans quelques arrière-pensées. etudiant un jour, client toujours ? Donateurs parfois.
lumni : nom com- LA COTISATION À visibilité réduite sur le bud- Sur les 8 000 cotisants de fectue dorénavant via le étaient présents pour l’évè- mun masculin plu- VIE get final dégagé. ». Aucune Neoma business schools, Net, et non plus avec de nement-, par secteur (digi- riel très en vogue, encore un concept apparu stabilité des ressources seuls 4 600 ont opté pour gros bottins. « Le marketing tal, santé ou achat comme
entré dans le petit lexique au cours des années 2000, d’une année à l’autre. ce nouveau mode de prélè- des entreprises est de plus à l’em Lyon), par tranche
des écoles de management – mais aussi d’ingénieurs - au début des années 2000, en lieu et place de l’ex- pression « anciens diplô- més », nettement moins chique ! et « avec ce petit côté anciens combattants, pas très positif », ironise Susan Nallet, directrice carrières alumni et relations employeurs de Grenoble ecole de management (Gem). Pour un effet maximal, la prononciation à l’anglo-saxonne est re- quise : [alumnaj] ! Signe manifeste de l’apparte- nance au... sérail ! L’emploi de la locution la- tine marque le virage opéré par les business schools, passant quasiment de l’ar- tisanat à l’ère industrielle ou capitalistique de la ges- tion des relations avec les précédentes promotions. « Nos anciens sont nos ac- tionnaires », commente Denis Dauchy, directeur de l’embA de l’école lilloise l’edhec. « Leur succès fait la réputation de l’école, souligne éga- lement Alexis von buse- kist, principal director de- velopment à l’INSeAD, arrivée en tête du classe- ment mondial du Financial times. Ils sont les garants de la valeur de l’école ». Plus que jamais, on en prend soin. régulièrement. on les bichonne. on main- tient le fil. Cela vaut pour les sortants des masters of business administration (mbA), des programmes embA comme du pro- gramme grande école (PGe). mais, cette opéra- tion n’est pas à sens unique. C’est un peu « don- nant-donnant ». La réci- procité s’impose, au point de parler de droits et de- voirs de nos (chers) alumni ?
venu tout droit d’outre-At-
« Rien n’était épargné, dé-
vement. HeC reste fidèle
en plus prégnant, note Jé- rôme Pasquet, ancien du mbA d’Audencia, fonda- teur de 10-vins, élue meil- leure start-up à l’occasion du Consumer electronics Show 2016, le salon de l’électronique de Las Vegas. Entre la vérité de l’extérieur et celle de l’intérieur, la marge est parfois grande. S’appuyer sur le réseau permet de recouper des élé- ments d’information, entre gens de confiance. Un atout non négligeable quand on s’apprête à signer avec un nouveau fournisseur, à ou- vrir une ligne de crédit à une société.... En Espagne, Thaïlande ou bien encore à Singapour, un ambassa- deur de l’école peut être contacté. Un ancien d’Au- dencia, raconte encore Jé- rôme Pasquet, a joué le rôle de coach commercial, me livrant quelques ficelles du métier, de quoi gagner un temps précieux. » Plus murs, ex mbA et embA ont davantage la culture du
d’âge aussi comme à HeC, avec le trent’setter ; le Gen’ Fifty-... l’imagination est sans borne.
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SePtembre 2016
LA CULTURE
DU RÉSEAU
« Les anniversaires de pro- motion, les retrouvailles festives..., c’est un peu dé- passé, analyse Susan Nallet de Gem. Et puis, ça s’use vite. » terminé aussi le temps du volumineux an- nuaire des anciens ! Si l’idée perdure, si le réseau est un argument marketing incontournable des écoles de commerce, l’accès s’ef-
Certaines business schools mettent la barre plus haute, vont encore plus loin dans la démarche. C’est le cas à l’em Lyon. « Les alumni ont le droit de suivre une formation courte, de deux à trois jours, présente Chris- tèle Fernand, directrice du réseau. A n’importe quel moment, sur n’importe quelle thématique de leur choix, sur leur environne- ment professionnel ou pour renforcer une langue étran- gère. Mais, c’est un «one
Seulement le début de l’aventure...
Un grand classique ? Le travail du CV. « Une dé- marche que les anciens des MBA n’ont pas effectuée depuis longtemps, com- mente Agnès Flouquet-Vil- boux, executive director at Neoma Alumni. Aussi, tout le monde n’est pas capable d’en rédiger un, efficace, ce d’autant que cet exercice obéit à certaines modes, à des techniques particulières selon les secteurs d’activité, les pays. Par ailleurs, un bon CV, un CV qui marche, implique d’avoir pris du recul, validé un projet. Sa- voir se vendre n’est pas chose facile. Et cela peut arriver aux meilleurs d’en- tre nous, aux plus formés. » Quelle photo ? Faut-il y coucher toutes ses expé- riences, au risque d’être ac- cusé de vouloir trop en faire, de passer pour un usurpateur ou jouer la carte de la sobriété, quitte à pa- raître de qualité moindre ? « Vous seriez étonnée, ponc- tue Agnès Flouquet-Vill- boux devant le nombre d’alumni, même de MBA, à avoir besoin d’être gui- dés. »
lantique. en France, l’edhec a été la première à se lancer, suivie de l’ecole de mana- gement de Normandie qui
plore un responsable d’une business school. Charge à l’école de trouver de nou- veaux adhérents chaque an-
à la cotisation annuelle et affiche un tutoiement d’of- fice sur son site. Pas encore inscrit peut-être, mais déjà
S’appuyer sur le réseau permet d’obtenir des informations auprès de gens de confiance sur un nouveau client
ou fournisseur
avait repéré cette pratique à HeC montréal. Depuis nombre d’écoles ont em- boîté le pas ou y réfléchis- sent. business school uni- versitaire, l’Institut d’ad- ministration des entreprises (IAe) d’Aix a également adopté ce nouveau code. L’intérêt pour les écoles ? « Procéder à l’appel de fonds était chronophage, explique Sophie Heurtebis, déléguée générale du réseau em Normandie. Pas moins de la moitié du temps de travail, à ce poste, était dé- diée à cette tâche, avec une
née. » N’y aurait-il pas là un petit coté madoff dans ces écoles qui forment les managers de demain ? Se- lon les écoles, selon l’année d’obtention du diplôme, l’addition de la cotisation à vie est plus ou moins sa- lée. Pour preuve les 1 000 € pratiqués à l’edhec ou Neoma business school, contre 70 € à l’em Stras- bourg, 250 € à l’IAe d’Aix, 550 € à l’em Normandie, 450 € à l’eSC Pau ou bien encore 250 € à toulouse business school (tbS)... mais, rien n’est obligatoire.
le business distille un peu de ce sentiment d’apparte- nance !
réseau ancrée en eux. Ils en mesurent pleinement l’intérêt. Surtout, la palette des services rendus s’est enrichie. Les alumni en veulent pour leur argent. Le package basique com- prend bilan de compétences, ateliers de développement personnel à grand renfort de coachs, abonnement à des magazines comme à Neoma business school, création de clubs théma- tiques. Géographiques –ce- lui des embA de Gem en Géorgie vient de fêter ses 10 ans, et 90 % des alumni
LE SUMMUM
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