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Interview croisée - Start-uppeuses Marjolaine Grondin (Jam) et Sandra Rey (Glowee) CLUb eNtrePreNDre
pact que nos découvertes génèreront. Nous aspi- rons à faire de la biolu- minescence une évi- dence, du fait de son im- pact positif sur l’envi- ronnement. Je n’ai pas encore vraiment d’idée sur le reste, le dévelop- pement de la société. Il s’agit de créer un nou- veau marché, il est dif- ficile de parler de concurrence ou de rachat pour l’heure.
Le contexte de création en France vous a-t-il
aidée ou freinée ? MG : Les deux réponses sont possibles. on m’a dit qu’il était vraiment dommage que je me lance dans une telle en-
risquée et que je n’avais pas les épaules assez so- lides, que je serais ins- pirée d’aller tenter le coup aux etats-Unis. mais d’un autre côté j’ai bénéficié d’un formida- ble écosystème de start- up, d’une certaine bien- veillance, aussi bien dans l’incubateur de Sciences Po que dans l’accéléra- teur Numa. Il n’y avait pas encore cette sur-in- flation de jeunes gens voulant tenter leur chance dans une start- up.
blèmes parce que nous ne rentrions pas dans les cases de l’administration. Nous ne pouvions pas cocher « nouveaux ma- tériaux », ou « green techs », ce qui nous a fermé des portes. et qui dit pionniers dans un nouveau domaine dit aussi problèmes règle- mentaires.
Le financement a-t-il été plus ou moins aisé que ce à quoi vous vous attendiez ? MG : Je me suis rendue compte qu’il était très dur de lever des fonds sur une promesse, une ambition. Je pensais qu’une force de convic- tion sans résultat pouvait soulever des montagnes ;
1,5 millions d’euros. SR : Le premier à nous avoir fait confiance et à nous avoir mis le pied à l’étrier a été l’incubateur 50 Partners. Ils ont cru en nous et ont investi. Nous avons pu ensuite obtenir des subventions et prêts d’honneur. Nous sommes récemment pas- sés à la phase de crowd- funding, levant par Wi- seed 700000 euros comme prévu. Au total, nous avons obtenu 15 millions d’euros. Je conseille à tous ceux qui se lancent les concours, qui donnent un coup d’accélérateur au busi- ness. Nous ne gagnons pas forcément d’argent, mais nous sommes chal- lengés pour améliorer le produit et le business model, nous créons un réseau, rencontrons d’éventuels partenaires ou investisseurs et sur- tout nous faisons connaî- tre auprès des médias.
« réel » quitte à faire des erreurs ; l’agence de communication qui lisse tous les discours ne fait pas du bien. La bonne ambiance transparaît dans un discours vrai. SR : Nous avons eu la chance d’être repérés et sollicités par la presse depuis le début parce que le concept plaisait. bien évidemment la sé- lection par le mIt m’a donné un peu plus de crédibilité dont j’avais besoin, étant designer de formation. Je garde en tout cas à l’esprit que la communication d’une start-up doit être enthou- siaste et spontanée, quitte à faire des erreurs.
Est-il encore un frein d’être une jeune femme qui entreprend en 2016 ?
MG : Il m’est impossible de savoir si cela a été à un moment donné un élé- ment discriminant. en outre il est évident que les femmes étant plus rares, c’est bien souvent
nous lui avons mal ex- pliqué ou même parce que nous avons fait un mauvais recrutement. SR : Je supporte mal l’échec, mais nous en rencontrons au quotidien. Si l’aventure finissait mal j’éprouverais une grosse déception, même si nous savons que tout ce que nous faisons aujourd’hui, dans un nouveau do- maine, est de la valeur ajoutée. Nouveauté si- gnifie une absence de concurrence, mais aussi qu’on nous attend au tournant.
Que manque-t-il à la France pour proposer un environnement vraiment fertile aux start-up ?
MG : Nous sommes en bonne voie au vu du nombre croissant d’en- trepreneurs. Il convient de vulgariser encore un peu plus la définition de ce qu’est la création d’en- treprise, car les jeunes ne voient pas encore for- cément le lien entre la
SR : Un peu des deux. D’un côté les gens sont bien évidemment plus réceptifs et ouverts d’es- prit en plein boom sur l’innovation et dans une période de Co-$21. Il
Quels sont selon vous les facteurs clés de succès en matière de
moi qu’on va chercher programmation, le nu-
Nouveaux matériaux ? Non. « Green tech » ? Non. Ne pas rentrer dans les cases administratives nous a privé de subventions
pour parler, ce qui est un sacré avantage.
SR : Cela m’a aidée pour être plus facilement re- marquée.
Quelle est votre vision de l’échec ?
MG : Comme beaucoup d’entrepreneurs je cher- cherai à l’éviter au maxi- mum bien que je le trouve constructif. L’es- sentiel est de savoir com- ment il est vécu. Ceux qui disent qu’ils ont es- sayé mais que le marché n’était pas bon, ou qu’ils n’ont pas trouvé d’argent, n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Ils de- vaient cibler un autre marché, et surtout adop- ter d’autres arguments pour convaincre les in- vestisseurs. Avec mon associé nous n’hésitons pas à prendre la faute sur nous quand quelqu’un fait une erreur, parce que
communication ?
mérique, et les entre- prises qu’ils jugent « cool » comme Insta- gram ou Facebook. La différence existe encore avec la Californie, où les gens vont plus vite et ne se définissent pas selon ce qu’ils font. Ils tentent, créent, changent de pro- fession, de ville ou de groupes d’amis. tout est encore plus fluide.
MG:Ilvasansdireque la sélection du mIt nous a considérablement aidés en termes de notoriété et de crédibilité. Je re- tiens deux mots d’ordre en matière de bonne communication : en pre- mier lieu la transparence. Il vaut mieux d’emblée tout assumer et expliquer les choix stratégiques, car les interlocuteurs sau- ront tout à un moment ou à un autre, par l’in- formation publique ou les réseaux sociaux. en deuxième lieu s’éclater. La déclaration de quelqu’un qui surjoue ou qui essaie de donner juste ce qu’il faut d’in- formations pour paraître crédible ne passera pas aussi bien que celui qui s’éclate dans ce qu’il fait. mon conseil de community management est de paraître bien
SR : Il manque indénia- blement une différencia- tion start-up/grandes en-
Sandra Rey, 26 ans
cofondatrice de Glowee (15 personnes), qui révolutionne l’éclairage urbain en of- frant une solution d’éclairage sans consommation d’électricité grâce à la biolumines- cence utilisée par certains poissons des profondeurs. Diplômée en design industriel à Strate Collège, pourvue d’un certificat option entrepreneuriat sociale à l’ESCP Eu- rope, elle a cofondé en avril 2013 la société qui a levé 1,5 millions d’euros (dont 700000 euros par Wiseed).
treprise après de grandes études, que je perdais sur tous les tableaux puisque j’étais au chô- mage sans vraiment tou- cher le chômage, que l’aventure était bien trop
ne faut pas non plus né- gliger les nombreuses aides qu’il est possible de glaner de-ci de-là. mais d’un autre côté nous avons été confron- tés à nombre de pro-
ce n’est pas le cas, j’ai connu des échecs. Il faut que des hypothèses soient validées, il faut procurer un maximum de résultat. Nous avons finalement levé plus de
treprises. Notre con. tion collective est par exemple synonyme de soucis sur les heures de travail, cela n’est pas compatible avec notre rythme. Il n’est pas nor- mal que nous ayons à gérer des contraintes si- milaires à L’oréal.
Propos recueillis par Julien Tarby
SePtembre 2016 27
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