Page 67 - EcoRéseau n°32
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«Q uand la fac est finie, on cherche. Quand l’apprentissage est fini, on trouve. » en 4x3, ce slogan du Fonds national de pro- motion et de communication de l’artisanat s’affiche par- tout en France depuis le 1er juin. Dans les gares, le mé- tro, il est placardé plus de 12000 fois au total, de quoi énerver laurence Bancel- Charensol. A la tête du Cen- tre de formation des appren- tis (CFA) SuP 2000 depuis cinq années, elle dénonce « cette opposition entre uni- versité et apprentissage. C’est une contre-vérité. L’université est même de- venue l’un des principaux moteurs de l’apprentissage dans le supérieur ». la for- mule de l’Artisanat ? une vieille ritournelle qui ne cor- respond plus à la réalité sur
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Carrières & Talents - Universités et alternance RH & FoRMAtioN la fin d’une chasse gardée
le terrain. ou pas partout.
Espèce en voie de disparition. Bientôt le tailleur en toutes circonstances...
existantes », tient à souligner Maximilien Cazayous, vice- président en charge de ces questions. la locomotive ? l’université Paris-est- Marne-la-Vallée (uPeM), pionnière dans le rang des facultés. 20% de ses étu- diants ont opté pour le statut d’apprenti en 2015-2016. on retrouve le même ordre de grandeur au sein des ins- tituts d’administration des entreprises (iAe), ces busi- ness schools universitaires. un étudiant sur quatre en master 2 suit la formation en alternance. et la rentrée 2016 devrait s’annoncer sous
analyse Michèle Péraud, res- ponsable technique chez cet équipementier pour l’aéro- nautique. Pour preuve, sur les 20 collaborateurs de son équipe, deux sont de purs produits universitaires. l’essayer, c’est l’approuver. tel pourrait être le slogan de l’alternance à l’université. Avec un bémol toutefois. Pour Alexandre Montay, dé- légué général du Mouve- ment des entreprises de taille intermédiaire (Meti) : « La dynamique est enclenchée, mais son évolution dépend de la stabilité des dispositifs qui régissent l’apprentis- sage. Et de la visibilité de l’offre ». le développement des licences profession- nelles, vivier apprécié des petites et moyennes entre- prises, et des pôles de com- pétitivité, ont travaillé au rapprochement des univers académique et économique.
l’université s’y est mise aussi. et quand les entreprises testent l’apprentissage à la sauce universitaire,
elles en redemandent...
Mais les choses changent »,
DES SITUATIONS CONTRASTÉES
20 apprentis en 1997, 460 aujourd’hui, dont 230 pour la seule université de li- moges : Paulette Dolhen, directrice déléguée du CFA de la Haute-Vienne, est fière de ses résultats. « La crois- sance est continue. » le constat vaut sur tout le ter- ritoire. Au sein du CFA SuP 2000, premier centre mis en place à la demande des entreprises, 3500 universi- taires signent ainsi chaque année un contrat d’alter- nance – apprentissage ou professionnalisation – pour la seule région Île-de-France. techniques ou littéraires, 140 formations ont ainsi été créées dans les huit univer- sités des petite et grande couronnes. tous les niveaux sont concernés, du Bac+2 au Bac+5. « 25% de nos apprentis sont inscrits en Institut universitaire de tech- nologie (IUT), commente laurence Bancel-Charensol, également vice-président de l’Association nationale pour l’apprentissage dans le su- périeur (ANASuP). 33% en licence, comme en mas-
ter. » les 9% restants ? Des étudiants en écoles d’ingé- nieurs, entités qui rentrent dans le large spectre des universités. un exemple : l’eSiPe, à l’université Pa- ris-est-Marne-la-Vallée.
dalité, 18,5% au sein des écoles de management. Pourtant, on en parle peu. « Quand la presse traite de l’excellence, elle oublie tou- jours l’université », s’agace Yves lichtenberger, consul- tant à la Conférence des présidents d’université (CPu).
universités pour répondre aux attentes des entreprises. Concrètement, le rythme d’alternance deux jours en entreprise, trois en formation n’est pas du tout adapté à l’activité en cabinet d’audit. Les universités l’ont bien compris. De janvier à avril, qui correspond à la période fiscale au cours de laquelle se concentrent les missions, les apprentis sont mainte- nant au sein de nos entre- prises. C’était un point blo- cage. » Autre secteur, même constat, chez Daher : « Jusque très récemment, nos bureaux d’études si-
ET DEMAIN ?
A JEU ÉGAL AVEC LES GRANDES ÉCOLES ?
A y regarder de plus près, d’une université à l’autre, le bilan est à géométrie va- riable, même si partout les efforts sont notoires. en queue de peloton ? Paris 7, avec huit licences pro, 12 masters. Ses 300 apprentis
DES ENTREPRISES QUI RESTENT À CONQUÉRIR
Pour Grégoire Juy, c’est fait. Ce directeur des ressources humaines de RSM Paris, un cabinet d’audit, d’expertise- comptable et de conseil de
« Les offres des entreprises sont supérieures aux can- didatures des jeunes, constate laurence Bancel- Chansol. C’est tout parti- culièrement vrai dans le commerce, l’informatique, le marketing ou la gestion. » Peut-on alors parier sur un développement soutenu dans les années à venir ? la ré- ponse est nuancée. « Aucun objectif national n’a été fixé, reconnaît Gilles Roussel, président de l’uPeM, par ailleurs président de la com- mission formation et inser- tion professionnelle au sein de la CPu. Dans le contexte actuel, globalement, les uni- versités ne peuvent augmen-
Les offres des entreprises sont supérieures aux candidatures des jeunes, surtout dans le commerce, l’informatique,
le marketing ou la gestion
représentent... 1% des ef- de meilleurs auspices en- près de 80 collaborateurs, gnaient des contrats d’ap- fectifs totaux. Mais, un tiers core ! le reconnaît : « Prendre des prentissage avec des jeunes sont des médecins en deve- Avec de tels résultats, il n’y apprentis issus de l’univer- d’écoles d’ingénieurs, nir. la portée des statistiques a pas de quoi rougir. Pas de sité est devenu un réflexe. contrairement aux fonctions est donc limitée. « Nous quoi non plus envier les Les masters 2 sont techni- supports, comme les res- créons ex nihilo des cursus scores des grandes écoles – quement meilleurs que les sources humaines qui ont en alternance, sans s’ap- 10% des diplômés ingé- écoles de commerce. Et c’est depuis longtemps noué des puyer sur des formations nieurs ont choisi cette mo- sans compter l’évolution des liens avec les universités.
effectifs totaux.
ter leurs.
Seuls des transferts de flux sont envisageables – par exemple, l’UPEM ne dispose pas de personnels suffisants pour en encadrer davantage. Et nous ne voulons pas per- dre les jeunes attachés à la formation initiale “clas- sique”. »
Juillet-Août 2016
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Murielle Wolski


































































































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