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L’Air du temps - La passion des châteaux ARt De ViVRe & PAtRiMoiNe Etude d'un sujet de loisir ou d'évasion pour en déterminer ses tenants et ses aboutissants, son évolution, ses innovations
Chasseurs de vieilles pierres
C Qu’ils visitent, guident, retapent ou préservent, les passionnés, attachés aux vieilles pierres, sont toujours
ertains vont à la plus nombreux et actifs en été... Familles, investisseurs ou mer, d’autres à la retraités, les exemples sont montagne, mais nombreux, mais pas tou-
les touristes qui se pressent jours couronnés de succès,
pour visiter les châteaux disséminés partout en France sont également nombreux. Pas loin de 800000 visiteurs en 2015 à Chambord, 313000 à Blois... les grands noms des châteaux de la loire connaissent une fréquenta- tion en hausse de près de 2%. les circuits pour visi- ter ces châteaux embléma- tiques sont désormais bien organisés, et mis en avant par les collectivités ou les agences de voyage. l’at- trait des Français pour le patrimoine ne se dément pas, en témoignent les nombreux guides de voyages édités spéciale- ment autour des châteaux, ou encore les émissions de télévision consacrées aux plus beaux monuments de France. Férues d’histoire, certaines familles organi- sent leurs vacances autour de ces visites, de chambres d’hôtes en locations saison- nières, en passant par le camping-car pour les plus indépendants.
Les touristes qui cherchent la fraîcheur de la pierre sont nombreux en été, mais ils ne la trouvent pas tous dans les escaliers d’un donjon. Les pierres tombales recueillent, elles aussi, l’intérêt des touristes, et comptent leur lot de pas- sionnés. Le plus célèbre des cimetières parisiens, le Père- Lachaise, accueille près de 3,5 millions de visiteurs par an, de quoi faire de l’ombre aux plus beaux des châteaux ou des musées. Les allées de ce cimetière, comme d’autres, foisonnent d’histoires et d’anecdotes que de nombreux guides sont prêts à vous conter. L’association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise compte parmi ses membres de savants guides, qui organisent des visites de plusieurs cimetières parisiens, notamment pour financer leurs actions pour la sauvegarde des monuments funéraires. « Les cime- tières sont des lieux très agréables, où on peut se détendre, souvent bordés de nombreux arbres », note Régis Dufour-
devant les difficultés et le coût de l’entretien de tels édifices. Certains ne se dé- couragent pourtant pas, comme Patricia Deman- geon, qui a acheté le châ- teau de Hautsegur, près de Privas, en Ardèche, en plu- sieurs morceaux. « Avec de l’argent placé sur un PEL, j’ai acheté, un peu par ha- sard, en 2010, une pre- mière partie du château, qui avait plusieurs proprié- taires, se souvient-elle. J’ai ensuite acheté la deuxième partie grâce à des amis, j’ai vendu ma maison, payé mes dettes et finalement ac- quis la troisième et der- nière partie du château. » Depuis, Patricia a vécu chez des amis ou dans une caravane, avant de finale- ment pouvoir s’installer dans l’appartement amé- nagé, mais pas terminé, dans une aile du château. « Quand j’étais petite, je disais à ma mère que je voulais acheter un château. Elle me répondait que c’était trop cher, et elle avait raison ! », convient- elle aujourd’hui. Pourtant, l’ancienne prof d’anglais ne compte pas baisser les bras, et, après avoir vendu tous ses biens, elle frappe à toutes les portes pour trou- ver des financements : Conseil départemental, DRAC, concours, mécénat, financement participatif, visites du château, chantier
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pas là et ont décidé de pas- ser de l’autre côté du décor. C’est le cas de Johanna
vacances à ces visites, Nuellas, étudiante en com-
d’autres, autrement plus munication de 23 ans, qui rée de ruines de châteaux patrimoine : « Au cours de mordus, ne s’en tiennent passe ses week-ends à gui- médiévaux, et rêvant des mes études, j’ai eu l’occa-
Férues d’histoire, certaines familles organisent leurs vacances autour de ces visites, de chambres d’hôtes en
enfance en Alsace, entou-
passion pour ces trésors du
L’ATTRAIT
DES VISITES
Si certains consacrent leurs
locations saisonnières
sion de voir l’envers du décor, en travaillant au ser- vice marketing du château de Versailles, ou au service mécénat du château d’Ecouen. C’est très diffé- rent et permet d’appréhen- der les choses d’une autre manière ». les châteaux resteront une passion, qu’elle vit pour l’instant en proposant des visites gui- dées. « Cela a un côté en- chanteur pour moi, j’ai l’impression d’être privilé- giée, de ne pas entrer par la grande porte, d’avoir les clés du château. »
der des visites au château bâtisses anglaises des ro- de Courances, dans l’es- mans de Jane Austen, que sonne. C’est pendant son la jeune fille s’est prise de
Cimetières
Une passion surprenante
Forrestier, retraité passionné d’histoire et président-fonda- teur de l’association. « Quel que soit le centre d’intérêt, il y a des choses à dire dans ces cimetières : histoire, sculp- ture, musique, etc. Nous organisons des visites à thèmes, qui nous permettent de toucher tous les publics. La se- maine dernière, j’ai conduit une visite pour de jeunes étu- diants venus donner un peu de concret à leurs leçons d’histoire, mais aussi une visite pour une loge maçonnique de Bruxelles. » Jeunes et moins jeunes se délectent donc de ces visites, et les profils des visiteurs sont variés, même si les guides constatent souvent une proportion de partici- pantes féminines plus importante. « Les gens viennent se recueillir sur la tombe de personnes qu’ils ont aimées, ou qui les ont émus. D’autres viennent admirer les sculptures qui bordent les allées, il y en a pour tous les goûts ! »
fice
L’AVENTURE DE L’ACQUISITION encore plus passionnés, certains sautent parfois car- rément le pas en faisant l’acquisition d’un château.
solidaire, etc. « L’édi. sera destiné au tourisme durable, avec des cham- bres d’hôtes. Je ne sais pas combien de temps la réno- vation prendra, et je ne veux pas le savoir. Il faut avancer, et se satisfaire de ce qu’on a déjà fait », conclut-elle, optimiste.
Juillet-Août 2016
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Emilie Massard

