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A la Une - L’amour et le flirt au travail CluB eNtRePReNDRe
lement moins de 35 ans et ne sont pas mariés ou en couples établis, ce type de rapport est évi- demment plus fréquent. « La pulsion créatrice n’est jamais très loin de la pulsion sexuelle. Mais les secteurs vraiment hors concours sont les médias, le show business et la politique », énumère loïck Roche. Chaque univers semble avoir ses codes en la matière. « Je n’ai jamais perçu de di- mension sexuelle et de drague dans le secteur de la culture plutôt conservateur. Les rela- tions y sont presque froides, coincées, dans la mesure où les gens sont plutôt établis, en couples et mariés. En re- vanche dans l’hôtellerie la séduction est constam- ment de mise, des deux côtés d’ailleurs. Tous les supérieurs m’ont fait comprendre qu’il était possible d’aller plus loin. Les femmes en jouent et minaudent plus qu’ail-
leurs », observe Céline, cadre de 25 ans. enfin, dans les secteurs difficiles où l’on est souvent absent comme la restauration, il
est évidemment plus fa- cile d’être en couple.
CONTEXTE
FACILITATEUR
et si l’entreprise était
aphrodisiaque ? tout
d’abord en raison de la
proximité qu’elle instaure
entre les personnes de
sexes opposés. N’ou-
blions pas qu’il y a beau-
coup plus de femmes ac-
tives que par le passé, et
que les personnes divor-
cées ou célibataires sont
plus nombreuses. Malgré
la mondialisation, les
marchés de l’amour res-
tent au quotidien des mar-
chés locaux. Chacun pré-
fère regarder autour de
soi en premier lieu pour
trouver le ou la partenaire
qui aura un parcours si-
milaire et viendra du
même milieu. en outre,
« la pression profession-
nelle, le stress, ainsi que
les nouvelles formes de "AlorscommeçaSylvievousvoulezuneaugmentation?Vousavezdesargumentsconvaincants..."
collaboration et de travail
en équipe font le lit des mails et réunions inter- monde joue un rôle et rapprochements entre in- minables, nourrit aussi le cherche à se montrer sous dividus, que ce soit pour besoin de développer des son meilleur jour, les lais-
leurs charmes. la concur- rence s’est accrue, les profils très intéressants sur le marché se multi- plient, ils apprennent donc toujours plus à « se vendre » en racontant une histoire sur eux qui attise le désir de l’employeur et du manager. le « per- sonal branding » est de mise. Sans parler direc- tement de promotion ca- napé, certain(e)s usent de leurs charmes pour ar-
Les juges traitent en tout cas ce genre d’affaires au cas par cas, tenant compte du contexte. Dans un cas de jurisprudence du 30 mars 1982, une salariée qui entretenait une liaison avec son supérieur a été licenciée sur le motif que la société n’allait pas attendre un « scandale » pour prendre les mesures nécessaires. L’entreprise expliquait que cette relation pouvait entraîner un « laisser-aller entre les membres du personnel ». Les juges ont finalement conclu à une décision abusive, car « il faut s’appuyer sur des faits en droit », rappelle Me Eva Touboul. Au contraire, en 1984, ils ont permis à un pharmacien de licencier son ex-femme, prépa- ratrice dans l’officine. La rupture du couple occasionnait un climat délétère dans la pharmacie, car ils n’étaient que deux. Si la relation ou la rupture ne désorganisent pas l’en- treprise, ils savent qu’ils n’ont rien à dire. « En général les entreprises n’ont jamais été intolérantes avec ces relations. Mais les protagonistes seraient néanmoins bien inspirés de favoriser les rapprochements en dehors de la société, et surtout de rester discrets », conseille Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, initiatrice de « J’aime ma boîte ».
Des DRH commencent à se dire que les entreprises les plus créatives sont aussi celles où les relations intimes sont
autres. les hiérarchies professionnelles favori- sent ces attirances. « Ma- nagers, responsables RH, dirigeants, formateurs, consultants, etc., sédui- sent plus », observe loïck Roche.
les plus nombreuses
LE MANAGEMENT PAR LA SÉDUC- TION, TERRAIN FERTILE ET MINÉ les salariés ne sont pas en reste pour jouer de
décompresser, fêter les relations plus proches,
ser-aller et défauts sont gommés. enfin, l’homme reste un animal et le pou- voir du loup dominant a encore un impact sur les
succès, oublier les coups durs... », précise Alain Samson. le côté aseptisé de la vie de bureau, entre
voire intimes, pour « re- construire du vivant », selon la formule de loïck Roche. De plus, tout le
Tout salarié a le droit en France d’entretenir une relation amoureuse avec un collègue de travail, parce qu’il a le droit au respect de sa vie privée. Depuis les lois Auroux de 1982, l’employeur ne peut l’interdire, muter le salarié ou entamer une procédure de licenciement à son encontre pour un motif tiré de sa vie personnelle. « La vie privée n’est en soi pas sanctionnable, mais elle le devient si la relation devient outrancière (sexe dans l’entreprise), si un phénomène de favoritisme ou de discrimination survient (relation manager/subordonné), ou encore si la divulgation des in- formations sensibles vers la concurrence ressort. Des soucis apparaissent par exemple quand l’une des moitiés quitte l’entreprise pour aller à la concurrence. Il y a déjà eu un arrêt sur ce cas précis, car l’employeur peut évoquer la perte de confiance, même si celle-ci n’est désormais plus un motif de licenciement valable », explique Me Eva Touboul, avocate en droit du travail dont le site évoque précisément le sujet (3). Des situations qui ne sont pas aussi facilement contournables, comme le développe Cyril, 42 ans, associé dans une agence de création marketing : « Nous avons chez nous un couple qui évolue dans le même service. Lui
Juridique
Queditlaloi?
est directeur conseil, elle directrice clientèle. Il a un rôle transverse et ils n’ont donc pas de lien hiérarchique. Mais nous avons dû leur faire des remontrances gênées car ils avaient la fâcheuse tendance d’être tactiles entre eux durant les réunions. Autre point de crispation, il lui a fait un jour une remarque sur sa manière de manager ses chefs de projet, ce qui a occasionné une dispute, plutôt une scène de ménage qu’un conflit professionnel. Ce qui a mis les équipes mal à l’aise. » De même, une promotion accordée par un(e) partenaire à l’autre peut être considérée comme une rupture de l’égalité de traitement par les autres salariés. Ceux qui étaient au même niveau ont la possibilité de saisir les prud’hommes et de demander par exemple un réalignement des salaires ou un complément. Dans l’ensemble les conten- tieux liés au fait que des gens se sont mis en couple dans l’entreprise sont rares. En revanche les cas de harcèlement sont beaucoup plus fréquents. « Le cas se présente parfois quand le ou la salarié(e) ne comprend pas que l’ex ne cède plus à ses avances. Il est arrivé que la victime demande aide à l’employeur, qui n’est pas toujours à l’aise avec le sujet quand il sait qu’il y a eu relation », précise l’avocate.
Juillet-Août 2016 31
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