Page 13 - EcoRéseau n°32
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Prospective - Vivre à la campagne en 2050 GAlAxie eCoRéSeAu Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau Business imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
Ruralité et modernité réconciliées
Juillet 2050, EcoRéseau Business zones rurales, version numérique.
Dix minutes à pied du travail à la maison, en déambulant au travers des arbres. 20 ans après sa décision, eric se félicite toujours du changement de vie négocié quand il était un jeune parent. Partir de l’agglomération pari- sienne et travailler dans un village de la Beauce constituait encore un acte osé. il n’avait pas été le premier à amorcer le mouvement, mais le contexte n’était pas simple. « Les entreprises étaient encore ré- ticentes à laisser leur personnel sans contrôle. J’avais dû batailler pendant un an pour que ma société accepte que je travaille à distance, explique eric. Pourtant, le boulot que je fournissais était le même, assis devant un ordinateur. » les années 2020 avaient vu une politique dite de « décentralisation réelle » redonner des pouvoirs aux petites municipalités et redorer leur attrait : elles n’étaient plus dépendantes des versements financiers de l’etat et levaient les impôts pour elles-mêmes, la loi ne les obligeait plus à construire des logements publics, et elles bénéficiaient d’un pouvoir de police et de justice plus importants. une démocratie locale avait
dans notre entreprise à travailler à distance. Notre activité nous le permet. »
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
les tiC et les énergies laissent entrevoir un autre rapport à la campagne, même reculée, d’où il sera possible de communiquer, s’approvisionner, travailler, vivre pleinement...
« Nous avons installé l’une des piles atomiques miniatures développées par le Commissariat à l’énergie atomique »
nt émerveillés », explique eric. le paradis sur terre ? « Evidemment non. Il existe également ici des conflits, que ce soit entre voisins ou entre élus. Mais tout se fait à taille humaine. Je contrôle mieux ce que je consomme, ce que j’utilise, je connais les gens et les lieux. Et cela ne nous empêche pas de voyager et de découvrir le vaste monde. » Depuis 20 ans, la commune d’eric voit sa démographie augmenter, des écoles et des commerces
repris vie, même si une importante partie avait été transférée aux intercommunalités dix ans plus tôt. Pour eric, le déclic était venu quand avait été annoncé un vaste plan de restauration des centres de villages aban- donnés pour les transformer en bureaux dédiés au travail à distance. « Je ne me voyais pas bosser seul à la maison, sans échange professionnel et sans sociabilité.
se connecte tous les jours en vidéo-conférence avec ses collègues pour faire le point. et une fois par semaine, il prend le train rapide afin d’échanger en équipe. « J’en ai pour deux heures aller-retour. Les drones de transport qui émergent réduiront la durée à moins d’une heure. C’est sûr, rien ne vaut le contact humain, concède eric. Mais nous sommes désormais la majorité
se rouvrir. Comme 4000 petits villages de France...
« Quelle taille aurait votre chambre à Paris ? A peu près comme ça les enfants... »
Les espaces ouverts professionnels prévus dans les projets de “décentralisation réelle” m’ont décidé à partir. Ma femme était très motivée. » Désormais, eric
la vie des villages a changé. en augmentation démo- graphique, ils se sont organisés pour mener leur déve- loppement dans une certaine indépendance. « Chez nous, nous avons installé l’une des piles atomiques mi- niatures développées par le Commissariat à l’énergie atomique, commente un membre de la municipalité. Nous pouvons utiliser au besoin notre propre production électrique ou celle d’EDF sur le réseau de la commune. » eric a fait encore mieux : « J’ai de mon côté installé les mini-éoliennes à bon marché commercialisées ces dernières années et les ai placées au fond du jardin. Je continue à payer des taxes pour l’entretien du réseau national, mais je peux consommer ma propre électricité. » la nourriture est quant à elle majoritairement assurée par des maraîchers et des éleveurs locaux, qui passent dans le village deux fois par semaine avec leurs pro- ductions, et qui le font savoir. « Je sais ce que je mange et à qui je donne mon argent. Je ne connaissais pas cela quand j’étais en ville. On a même visité la
MINI PILES NUCLÉAIRES
ferme de notre éleveur avec nos enfants, ils étaie.
Ludovic Greiling
Trois questions à Geneviève Bouché, informaticienne télécom, ancien fonctionnaire au Commissariat général au Plan,
aujourd’hui futurologue au sein de la Société française de prospective.
Le film « Demain » fait réfléchir...
200 ans après les débuts de l’exode rural, un phénomène inverse est-il envisageable ? Cela fait partie du champ des possibles. L’Homme cherche sans cesse à améliorer son confort, mais il est aussi un animal affectif, il a besoin de relationnel pour se développer. La ville lui a promis l’accès à cette forme de richesse, mais il a eu la solitude et la pollution. Il est aussi venu en ville pour se rapprocher des lieux de production, mais à présent, sa présence constante n’est plus nécessaire. Le travail de surveillance se fait à distance pour une large part. Le travail de réflexion se fait en alternant le travail personnel et le travail collectif. La décentralisation ramène les Hommes près de la terre, ce qui présente finalement de nombreux avantages, en particulier en ce qui concerne la valorisation de notre foncier, qui a fait notre force et que nous devons
continuer à valoriser, pas seulement sur le plan agricole et touristique.
Certains affirment que le mouvement s’est déjà amorcé. Qu’en pensez-vous ?
Il y a des précurseurs qui défrichent. Des films comme “Demain” font réfléchir, tout comme les promesses de l’énergie renouvelable, mais aussi bien d’autres faits, comme par exemple les circuits courts en matière d’ali- mentation optimisée. En France, le mouvement s’amorce sur des faits plus simples, comme par exemple le coût des loyers et la qualité de vie pour les familles. Le reste va suivre. La question est de savoir comment réorienter les investissements. Par exemple, nous sommes engagés dans un processus de désertification médicale. Mais les nouvelles
approches en matière de santé demandent de reconstruire le système de santé.
Qu’est-ce qui freine cette décentralisation ? Faut-il une réorientation des politiques publiques ?
Les infrastructures et la pensée administrative ne sont pas orientées dans le sens de la décentralisation urbaine. Pour le moment, nous sommes encore dominés par des formes de gouvernance normalisatrice et autoritaire, mais nous allons aller progressivement vers des formes de gouvernance facilitatrice, car il n’est pas possible de prétendre libérer les initiatives et en même temps enrégimenter les ci-
toyens.
Propos recueillis par LG
Juillet-Août 2016
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