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Stade Pierre Mauroy – Lille
Plutôt bien ficelé
Alors qu’il achève sa deuxième année d’exploitation, le remplaçant du Stadium Lille Métropole a déjà démontré sa capacité à organiser des événements très différents avec ses 50000 places et son toit rétractable. Un projet de plus de 300 M€ dont 10% directement financés par l’État qui, selon le CDES, devrait
permettre d’enregistrer 111 M€ de recettes lors de l’Euro, notamment grâce à des fan zones qui accueilleront près de 400000 personnes. La bagarre actuelle concerne la Métropole et le club résident du LOSC qui a demandé la renégociation du loyer annuel, estimant que le chan- gement d’écrin n’avait pas suffisamment augmenté sa billetterie. Pour l’heure, le club a reçu une fin de non-recevoir.
3 questions à Olivier Monna, Directeur du département formation, responsable de la formation Stadium Manager au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges.
« Il y aura explosion ou rapprochement »
Le modèle économique de ces dix stades est-il suffisamment clair ?
Il y a Lyon, propriétaire de son stade, et les au- tres, qui n’en sont que locataires, pour la plu- part uniquement pour les événements football qui les concernent. Le recours aux PPP fait se lever certaines oppositions au- jourd’hui et voit s’affirmer des préoccupations socialement légitimes des collectivités face aux concessionnaires que sont les Vinci, Eif- fage et autre Bouygues. Reste que, lorsque la construction et la rénovation des stades a été décidée en 2007-2008 dans la perspective de l’Euro 2016 et avec une nécessité de rénover des installations vétustes, les PPP étaient la seule réponse possible à des collectivités qui n’avaient pas les moyens de les financer. On peut le déplorer, mais il n’y avait alors pas d’autre solution. Aujourd’hui, les concession- naires cherchent évidemment à rentabiliser leur investissement, les collectivités voient les redevances qu’elles ont signées peser sur leur budget et les clubs sont un peu entre les deux.
C’est le nœud du problème.
Dès lors, quelles sont les clés pour amortir de tels lieux ?
D’abord, il a fallu professionnaliser davantage l’exploitation, ce que nous avions d’ailleurs anticipé au CDES dès 2007 avec une forma- tion de Stadium Manager. Les nouveaux stades se sont aussi appuyés sur l’expérience de beaucoup d’anciens du Stade de France. Mais clairement, ce qui avait pu apparaître comme une poule aux œufs d’or ne l’est pas tant que ça. Le modèle est compliqué, le « gâ- teau » est partagé, tout le monde n’a pas les mêmes intérêts. Sans doute l’avenir amènera- t-il les différentes parties à moins de cloison- nement et à plus de rapprochements pour assurer le bon fonctionnement des stades. Il y aura explosion ou rapprochement... Pour l’heure, la situation est tendue et le prévision- nel d’exploitation est, un peu partout, encore
loin d’être atteint.
Le naming est-il une ressource bien exploitée en France ?
Le Mans avait très bien vendu son naming à MMA pour 13 M€. Mais la question reste compliquée pour les raisons que nous venons d’évoquer : qui vend, au bénéfice de qui ? Les intérêts des collectivités et des exploitants ne sont pas forcément convergents. Certains stades français, comme Le Vélodrome à Mar- seille veulent aussi conserver leur nom histo- rique... Tout cela rend l’équation compliquée sur ce plan aussi, comparé à l’Allemagne par exemple où les clubs sont propriétaires de leur stade et se servent du naming comme
d’un levier économique habituel.
Juin 2016
Stade Vélodrome – Marseille
(Un) peuchère !
Une grosse enveloppe de 267 M€,
trois ans de travaux, 67000 places,
dont un toit qui protège les tribunes...
Le dossier, comme souvent à Marseille,
n’a pas été un long fleuve tranquille.
club et la mairie concernant le loyer réclamé par cette dernière a finalement débouché sur un accord de 7,5 M€ annuels. Un enjeu pour la municipalité dont le PPP passé avec Bouygues l’engage à verser quelque 12 M€ par an pendant 30 ans à Arema, l’une de ses filiales. Un dossier loin d’être clos, où l’Olympique de Marseille a bien su protéger ses intérêts. Charge à la ville de multiplier les initiatives autour du rugby ou des concerts pour combler le manque à gagner.
Stade Geoffroy-Guichard - Saint- Etienne
Réalisme et socios du Forez Rénové en profondeur, le chaudron stéphanois a augmenté sa capacité de 8000 sièges pour atteindre les 42000
places. 75M€ d’euros de travaux dont 8M€ investis par l’État, et, clairement, la Métropole en maître d’ou- vrage. Pas de projet grandiose pour l’antre des Verts inaugurée à l’automne 2015 après des travaux de ré- novation échelonnés sur quatre ans, mais la volonté de donner au club du Forez un outil à la dimension de la ferveur de son public. Près de 30000 spectateurs s’y pressent à chaque match de championnat, ce qui pousse la direction de l’ASSE – qui compte aussi faire fructifier les 37 loges et les 3300 m2 de salons – à miser notamment sur le développement d’une écono- mie de fans à l’image du portefeuille des socios des clubs espagnols.
Stade des Lumières – Lyon
100% privé
Seul club professionnel propriétaire de son stade avec l’AJ Auxerre et l’AC Ajaccio, l’Olym- pique Lyonnais a décidé de son projet de grand stade il y a dix ans. Sur fond de procédures ju-
diciaires qui l’ont largement retardé, la ligne de conduite de Jean- Michel Aulas, président du club et de Cegid (éditeur de progiciels) a été clairement annoncée : objectif 200 M€ de CA annuel pour un stade qui aura coûté 405 M€. Le partenariat avec Vinci, le construc- teur du stade, et la souscription à une émission d’obligations de la Caisse des dépôts et consignations, les revenus d’exploitation ga- rantis par OL Groupe à hauteur de 13,5 M€, en plus d’un emprunt bancaire de 136 M€ ont permis au stade de sortir de terre. En at- tendant un naming qui pourrait rapporter entre 8 et 10 M€ an- nuels à l’enceinte, qui prévoit 30 événements par an entre sport et spectacle.
Allianz Riviera Nice
Naming, club résident, coûts miro- bolants
Peut-être le plus flamboyant de tous, l’un des plus onéreux en tout cas et c’est clai- rement là où le bât blesse. 35000 places
seulement, mais un budget de 243 M€ dont 69 de subventions publiques dans le cadre d’un partenariat public-privé signé avec Vinci pour le nouvel écrin de la Côte d’Azur. Un stade 2.0, adossé au centre commercial Nice One, qui a signé un contrat de 16 M€ répartis sur neuf ans avec l’assureur Allianz pour son naming. De quoi alléger un peu la charge de rembourse- ment ? Même avec un club résident, l’OGC Nice – qui lui assure un loyer de 3 à 4 M€ annuels et qui pourra compter sur la bil- letterie d’une qualification européenne la saison prochaine –, quelques matchs de gala du RC Toulon, la chaleur d’un concert de Rihanna en juillet prochain, la facture semble a priori salée pour un site qui n’accueillera que trois matches de poule et un huitième de finale. Un PPP lourd pour les finances publiques, dans lequel la municipalité prend tous les risques, y compris sportifs, si le club venait à être rétrogradé.
Un bras de fer entre le
Hexagone - Amortissement des infrastructures de l’Euro PAnoRAMA
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