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Interview croisée - Navigatrices engagées pour l’environnement ClUB ENTrEPrENdrE
terrestres rejetés en mer, nous en sommes responsables, nous les consommateurs. Quant à la pollution indus- trielle, je suis passée il y a cinq ans au large d’une pla- teforme pétrolière au Mexique, la mer était recou- verte d’une pellicule d’huile, c’était affreux de voir nager tous ces dauphins recouverts de gras. Au quotidien, je cô- toie des personnes de tous pays, des Chinois par exem- ple qui me racontent qu’ils ne voient jamais le soleil dans leur ville. Ce sont des conditions de vie abomina-
sion qu’on n’en fait jamais assez. il y a le choix de l’Homme et le choix de la nature. Je pense que nous pouvons concilier les deux. il faut punir les incidents, les traiter, s’armer de moyens de contrôle, c’est certain. la fonte des glaces s’accentue, et pourtant demain, on n’em- pêchera pas le passage des cargos.
économie. il faut penser l’écologie non plus comme une contrainte, mais égale- ment comme une solution, une façon de produire mieux et plus efficacement. Arrêtons d’opposer sans arrêt les in- dustriels à l’écologie, les agriculteurs à l’environne- ment ! Trouvons des tech- niques alternatives pour ré- duire notre impact environ- nemental. Poursuivons ce combat qui n’est jamais ac- quis et qui n’avance jamais assez vite. Pour cela, il faut comprendre dans quel monde nous vivons. Quand on pointe
AB : Evidemment, on peut (on doit) concilier les deux car cela nous permettra de mieux vivre et d’être en meilleure santé. la valori- sation et le recyclage des déchets vont dans ce sens.
Comment sensibiliser les nouvelles générations à l’environnement ? MF : depuis 2008, la Fon- dation Maud Fontenoy agit en ce sens. J’ai toujours pensé que le changement viendrait par l’éducation. Je préfère les actes aux pro- fessions de foi. les actes, on pourra les obtenir par la jeunesse. la Fondation Maud Fontenoy conçoit des programmes éducatifs gra- tuits à destination de toutes les écoles et de tous les pu- blics. Nous essayons d’in- téresser les enfants en les faisant réfléchir à des sujets transversaux, qui puissent les faire rêver aussi. les en- fants aiment rêver, ils aiment la nature et ils aiment aussi comprendre. Quand je vais dans les écoles, j’en sors avec une énergie décuplée. Je m’aperçois que les enfants sont plus informés qu’on ne
toute richesse et à tous les niveaux. Notre rôle consiste à leur montrer des exemples vertueux, ce qu’il y a de beau sur notre planète pour leur donner envie d’y faire plus attention.
Pensez-vous que montrer des initiatives positives et concrètes, raconter des histoires qui font du bien comme le film Demain, soit la meilleure façon de répondre aux problématiques actuelles ? MF : Demain, c’est le film dont on avait besoin, celui que je rêve de faire. Nous devons être de plus en plus nombreux à porter ce mes- sage. il y a une partie très noire de l’humanité, mais il y a aussi de belles initiatives, des chercheurs qui trouvent de nouvelles choses, des in- novations qui germent de partout dans le monde. Nous parvenons à donner du sens au progrès, il est légitime que tout le monde ait accès au même confort que nous. AB : Oui, et c’est de cette manière que nous allons y arriver. Faisons rêver les gens plutôt que de leur pro-
réaliser les projets que j’en- treprends, d’avoir pu créer mon association 4myplanet et surtout de pouvoir partager ma passion avec le plus grand nombre de personnes.
AB : Tous les pays ne sont pas au même niveau de conscience environnemen- tale. la France fait juste ce qu’il faut. d’autres pays sont plus exemplaires, l’Alle-
De quoi avez-vous peur ?
MF : J’ai peur de la mort. On a beau vouloir changer le monde, pouvoir envoyer Curiosity sur Mars, un jour on meurt... J’aime tellement la vie que je suis prête à tout risquer pour elle, pour être digne de la chance qu’on a d’être vivant. C’est un pa- radoxe de se dire qu’on peut réaliser des exploits incroya- bles et mourir demain en traversant la route. Ce contraste m’a toujours fas- cinée. Toute la volonté du monde ne me rendra pas
immortelle.
AB : la bêtise humaine m’effraie. En mer, face aux éléments déchainés, bien sûr qu’on a peur mais ce sont des situations que l’on ap- prend à maitriser et à gérer. Un sentiment de peur peut être handicapant, il ne faut pas se laisser envahir, il faut relever la tête, essayer de
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Alexia Barrier
34 ans, recherche quant à elle des partenaires en vue du Vendée Globe 2020. D’ici là, elle se prépare à la Solitaire du Figaro qui aura lieu du 10 juin au 10 juillet prochain. Parmi les huit skippers en course, elle sera la seule femme du groupe. Son objectif : terminer première du classement des bizuts de la course qui, depuis ses débuts en 1970, n’a encore jamais été remportée par une femme. http://4myplanet.eu
Quelle est votre plus grande fierté ?
MF : Sur un plan personnel, mes enfants sont ma plus grande fierté. Sur un plan professionnel, c’est d’avoir eu le courage de me lancer en politique, d’apporter ma pierre à l’édifice dans ce milieu très difficile, com- plexe, rude, où l’on est for- cément incomprise par ses proches. Je l’ai fait vraiment pour la cause car j’avais tout à y perdre. J’aurais pu rester tranquille dans mon coin. Mais si l’on attend toujours des autres, il ne se passe rien. Engagez-vous, c’est le message que je souhaite
MF : Je ne changerais rien. Je vis sans regrets car je ré- fléchis toujours avant de faire quelque chose. On a toujours des déceptions dans l’existence, la seule chose qu’il faudrait retirer, ce sont les événements injustes comme la maladie d’un proche, même si cela nous aide à être plus humble. les
bles. dans quel milieu avons- nous envie de vivre ? de faire grandir nos enfants ? Et comment agir dès à pré- sent pour une planète plus propre et plus saine ?
La France en fait-elle suffisamment pour préserver les océans ? MF : Quand on écoute les scientifiques, on a l’impres-
magne, les pays scandi- naves... Sans doute parce que l’environnement est an- cré dans leur culture.
Justement, comment concilier protection de l’environnement et développement économique ?
MF : Je reste convaincue qu’écologie peut rimer avec
du doigt la Chine et l’inde comme les plus gros pol- lueurs de la planète, n’ou- blions pas que tout ce que nous consommons en Europe est fabriqué chez eux. Nous pouvons les aider à moins polluer en consommant au- trement, plus près de chez nous. Notre devoir de ci- toyen, c’est aussi de nous poser les bonnes questions.
chance de pouvoir nous en- gager, de passer du temps à innover, à réfléchir pour un monde meilleur.
difficultés de la. rendue meilleure.
AB : Je ferais exactement la même chose. J’essaie de vivre le monde au présent, tous les projets que j’entre- prends n’aboutissent pas mais je ressens la satisfaction d’avoir fait le maximum pour les réaliser.
J’aime l’idée d’être un outil au service des scientifiques
l’imagine, qu’ils ont une vraie appétence pour l’en- vironnement. Je pense que l’humanité a réellement en- vie de se donner les moyens de mieux vivre. Alors que certains luttent encore pour leur survie, nous avons la
poser sans cesse des émis- sions abrutissantes. Aidons- les à réaliser leurs rêves, montrons-leur que c’est pos- sible !
passer au travers des obsta- cles. la mer, comme la mon- tagne, nous l’apprennent si bien.
AB : les enfants sont en général plus réceptifs que les adultes. ils sont très conscients et sensibles et quand ils rentrent à la mai- son, ils essayent d’éduquer leurs parents, c’est amusant ! l’éducation est la source de
transmettre.
AB : Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réalisé mes rêves d’enfants. Je suis fière de vivre de ma passion, de
Propos recueillis par Anne Diradourian
Avril 2016 29
Et si c’était à refaire...
vie m’ont

