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n°29
ClUB ENTrEPrENdrE Interview croisée - Navigatrices engagées pour l’environnement
A quel moment êtes-vous devenue navigatrice engagée ?
Maud Fontenoy : J’ai passé les 15 premières années de ma vie sur un voilier. Après mes études, j’ai fait le choix de repartir dans des aventures maritimes pour montrer qu’avec de la volonté et du courage, les Hommes pou- vaient se dépasser et réaliser des choses plus grandes qu’eux. En traversant l’océan à la rame, en simplifiant l’aventure à l’extrême, je voulais montrer qu’il était possible de se déposséder de tout pour réaliser quelque chose de grand, et que sur ce plan là, nous étions tous égaux. J’ai créé ma première
c’est ainsi que l’on pourra changer les choses.
Il y a aujourd’hui une urgence écologique planétaire. Quel est le sens de votre combat ? MF : Mon combat a débuté par la préservation des océans. N’oublions pas que lavieestnéeilyaquatre milliards d’années dans les océans. Aujourd’hui, nous y revenons pour des problé- matiques liées à l’énergie. Quand on sait que la densité de l’air est mille fois infé- rieure à la densité de l’eau, on imagine le potentiel éner- gétique. Mais ce n’est pas tout. Prenez la médecine : 22000 médicaments viennent
de déchets plastiques flot- diale de l’océan, j’organise nappes d’hydrocarbures en tants. une journée en mer pour leur plein océan, c’est boulever- Aujourd’hui, on parle d’éco- faire découvrir ce milieu que sant. Mais dans les années logie et d’économie bleue.
Méditerranée. En mer, le stock de poissons revient, des espèces protégées réap-
divers caps à suivre
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
Outre leurs exploits sportifs, les navigatrices Maud Fontenoy et Alexia Barrier partagent leur passion de la mer et un combat sans limite pour la préservation des océans.
les hommes retournent vers ce grand bleu immense afin d’y trouver des solutions pour leur survie. On ne connaît que 1% de ce que nous réservent les océans, ce qui est infime. les po- tentiels sont incroyables, nous avons aujourd’hui les moyens de pouvoir comprendre les écosystèmes, tout cela est fascinant.
Penser l’écologie non comme une contrainte, mais une façon de produire mieux et plus
AB : J’ai créé l’association 4myplanet qui est un projet complet au service de la pla- nète, un défi au service de l’environnement. 4myplanet est aussi le nom du voilier
efficacement
expérimental avec lequel j’ai réalisé le tour du monde en solitaire en 2010. A travers ce concept, je souhaite pro- mouvoir et défendre des va- leurs intimement liées, qui sont celles du sport, de l’édu-
Maud Fontenoy
38 ans, sortira en fin d’année, après « Les raisons d’y croire » paru en mars 2015, son prochain livre, dédié à son engagement politique (membre du parti Les Républicains et vice-présidente du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur depuis décembre 2015). L’association Maud Fontenoy finalise actuellement les programmes éducatifs qui seront présentés le 8 juin prochain lors de la Journée mondiale de l’océan. www.maudfontenoyfondation.com
association à l’âge de 18 ans « les petits aventuriers », puis l’association « Jeunes marins briards », qui faisait naviguer des jeunes des quar- tiers sur une yole de Bantry. Au fond, mes aventures spor- tives ont mis un peu de lu- mière sur ce que je réalisais depuis longtemps dans l’om- bre.
des océans, 13 prix Nobel ont été remis à des chercheurs pour leurs travaux sur les océans. Ceux-ci recèlent une multitude d’organismes plus étonnants les uns que les au- tres et dont on sait qu’ils sont utiles pour la recherche médicale et pharmaceutique. N’oublions pas non plus que l’océan est notre garde-man- ger. Je ne suis pas pour mettre sous cloche la nature. Je pense aux générations futures qui sont de plus en plus nom- breuses. les océans sont le poumon de l’humanité : plus de la moitié de l’oxygène que l’on respire vient des océans. Nous avons long- temps cru qu’ils étaient un puits sans fond or c’est faux. ils couvrent 70% de la sur- face de la planète et sont un immense dépotoir à ciel ou- vert, où s’accumulent les dé- chets de l’humanité : 7 mil- lions de tonnes de déchets y sont déversées chaque année, dont environ 269000 tonnes
Alexia Barrier : Je passe environ 200 jours par an en mer. Si je suis engagée, c’est en quelque sorte par obliga- tion, car il m’est impossible de ne pas témoigner de ce quejevois.ilyadixans, quand nous approchions des côtes, nous sentions l’odeur de la terre. Aujourd’hui, ce sont les déchets qui flottent à la surface de l’eau qui nous indiquent que la terre n’est pas loin. C’est terrifiant. Mais plutôt qu’un discours mora- liste, je préfère rester opti- miste en travaillant sur des choses simples au quotidien car je suis persuadée que
©RICARDO TINELLI
28 Avril 2016
AB : ils sont pollués, c’est évident ! Pour les déchets
cation, et de l’environnement. il s’agit d’un véritable chal- lenge pour moi. Ce projet a pour objectif de contribuer concrètement aux avancées scientifiques et technolo- giques portant les enjeux cli- matiques de la planète. J’in- terviens également auprès des enfants dans les écoles. Chaque année, le 8 juin, à l’occasion de la Journée mon-
j’aime tant. Je ne suis pas une experte mais j’aime l’idée d’être un outil au ser- vice des scientifiques pour relayer l’information auprès du grand public.
Dans quel état se trouvent nos mers et océans ? MF : J’ai la chance de pou- voir traverser l’Atlantique chaque année. voir des
70, il se produisait dix acci- dents chaque mois. Au- jourd’hui, on en compte dix par an et encore. les arma- teurs ont fait évoluer leur profession dans le bon sens et il faut le souligner. reste qu’il y a un besoin urgent de traiter nos déchets, ce que nous faisons très bien en France. Hélas, ce n’est pas le cas de l’autre côté de la
paraissent, des cétacés et des baleines prolifèrent, tout ne vapasmal.ilyaunevraie amélioration des eaux parce qu’on est vigilant, les pa- villons bleus sur la qualité des eaux de baignade sont un bon baromètre. l’amé- lioration est visible et il faut le dire !

