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n°29
ClUB ENTrEPrENdrE A la Une - Des start-up prometteuses en lien avec la mer
L'occasion pour EcoRéseau Business d'enquêter sur le sujet principal du Club Entreprendre,
vague bleue
en rapport avec l'innovation et l'entrepreneuriat
Certains ne la voient plus comme un réservoir ou une ressource, mais comme un écosystème prometteur économiquement s’il est préservé...
Se divertir
L’océan, sa faune et sa flore souvent méconnues, at- tirent les jeunes générations, ce qui est de bon augure pour le tourisme et le loisir. Citons par exemple SubOcéana dans les Côtes-d’Armor. Philippe Carrez propose des plongées virtuelles en 3D dans les fonds marins. La fédération américaine de plongée, PADI, a en premier passé commande d’un logiciel de simulation. Le milieu marin est vu autrement, notamment sous l’influence des passionnés de glisse. Une évolution perçue par Laurent Hequily, fondateur de Wave Riding Solution, start-up qui installe des systèmes de vague artificielle (Okahina Wave) qui s’intègrent dans la nature. « Plusieurs parcs aquatiques ont investi le do- maine aux Etats-Unis. » Mais il faut à chaque fois at- tendre plusieurs minutes pour lancer la vague suivante, à cause du ressac, et les quantités de béton sont co- lossales. « J’ai donc mis au point un système flottant, une sorte de spirale qui repose sur des ballasts juste en dessous de la surface, et des modules qui tournent autour pour imprimer le mouvement. Des filets sont installés en protection des méduses et requins autour de cet atoll flottant de 110 mètres de diamètre qui comporte des espaces de réception et des potagers flottants fournissant des aliments aux poissons », décrit l’inventeur. En dessous, une sorte de récif artificiel pour la faune et la flore est installé. Des acteurs aux Emirats, au Brésil et au Maroc sont déjà intéressés.
Les ignorants voient une crevette, les savants voient un nid d’innovations en matière de biopsies, de crèmes solaires et de torpilles...
ment. « Le regard que nous portons est encore celui du passé, celui de l’exploita- tion, de la pêche. Alors qu’une observation appuyée de la nature, qui a 3,8 mil- liards d’années de R&D derrière elle, permet de dé- velopper des solutions », déclare Franck Zal, dirigeant fondateur d’Hemarina, qui utilise le sang des vers ma- rins pour oxygéner les gref- fons et les pansements. le jeu en vaut la chandelle pour les start-up hexago- nales, puisque la France possède le deuxième do- maine maritime du monde et 19000 kilomètres de côtes. « La connaissance est infinie, les matières pre- mières ne le sont pas. Si nous basons notre crois- sance économique sur l’ex- ploitation de ces dernières, nous sommes limités. Si, dans un esprit de biomimé- tisme, nous extrayons de la connaissance de la nature, alors les possibilités sont sans fin », remarque idriss Aberkam, professeur à Cen- trale Supelec, chercheur à Polytechnique, affilié à Stanford, selon qui « la na- ture est une bibliothèque ; lisons-la au lieu de la brû- ler ». Et l’ambassadeur de l’Unitwin/Unesco pour la
les coquillages – no- tamment les cou- teaux – reviennent à la mode dans la grande cuisine. les subtilités de la mer semblent y être redé-
couvertes. Et si un tel che- minement s’appliquait en d’autres domaines ? Santé, agroalimentaire, énergie... la Grande Bleue recèle des innovations potentielles en
tous genres, à même de gé- nérer de nouvelles filières et d’alimenter la croissance bleue de demain. Encore faut-il les débusquer, en considérant l’océan autre-
section « systèmes com- plexes » de citer les diato- mées, phytoplanctons qui possèdent des squelettes en silicium dotés de branches espacées de 10 nanomètres. « Intel dépense des milliards
pour obtenir des semi- conducteurs aux espace- ments de 22 nanomètres ! Dans une goutte d’eau de mer on a des puces élec- troniques high tech qui flot- tent, présentes depuis trois
Produire de l’énergie
Les énergies marines renouvelables (EMR) rattrapent leur retard. Les premiers parcs éoliens offshore français entreront en service en 2018 grâce à EDF Energies nouvelles, Engie et l’espagnol Iberdrola au large de Fécamp, Courseulles-sur-Mer et Saint-Nazaire. Suivront Saint-Brieuc, Dieppe-Le Tréport et l’île d’Yeu. Chaque site affiche une puissance de 500 mégawatts soit un tiers de celle d’un réacteur nucléaire. Les collectivités locales qui multiplient les filières de formation et le soutien aux PME spécialisées, et surtout l’Etat – qui s’engage à ce qu’EDF rachète l’électricité au tarif de 220 euros le MWh – ont saisi tout l’enjeu. Objectif français : 40% de l’électricité produite en 2030 doit provenir d’une source renouvelable. DCNS, le leader mondial de l’industrie navale de défense, s’intéresse aussi aux hydroliennes, éoliennes flottantes et énergie thermique des mers, installant au large de la Martinique le prototype d’une énorme pompe à chaleur immergée pour un coût de 200 millions d’euros. De nombreuses techniques sont en test pour capter l’énergie des vagues (houlomotrice), des marées (marémotrice, avec l’usine de la Rance, en Ille-et-Vilaine, la plus ancienne du monde), mais surtout des courants. L’Ademe soutient des sites pilotes d’hydroliennes sous-marines. Jean-François Daviau, dirigeant fondateur de Sabella, a installé la première à être raccordée au réseau électrique : « Notre projet date de 2000 mais relevait plus du militantisme. En 2005 la mobilisation s’est accentuée avec le pôle Mer Bretagne Atlantique et l’intervention de la Région ». Au- jourd’hui la maturité de l’industrie progresse. « Nous avons comblé le retard de dix ans sur les Britanniques. L’efficacité énergétique et l’adaptation du matériel aux pro- fondeurs va encore progresser, nous allons passer en période de décroissance des coûts, puis aux déploiements commerciaux comme l’éolien offshore », entrevoit l’en- trepreneur. La France a un potentiel de gisement de 5GW, soit trois réacteurs nu- cléaires.
Se soigner
Depuis l’apparition des océans les organismes ont développé de nombreuses spécificités, notamment chimiques, pour survivre. Les alginates extraits des algues brunes possèdent par exemple des propriétés antibactériennes et anti-in- flammatoires. Les laboratoires pharmaceutiques en profitent. La dernière classe d’antibiotiques, les céphalosporines, provient du milieu marin. On ne compte plus les anti-cancéreux en phase de développement. Contre les saignements de nez, la constipation, les brûlures d’estomac... les médicaments issus du milieu marin envahissent les armoires à pharmacie. La start-up Hemarina, issue de la station biologique de Roscoff, a découvert que le sang de l’arénicole, un ver marin, a un pouvoir oxygénant et serait compatible avec tous les groupes sanguins. Trois uti- lisations sont donc explorées par le fondateur Franck Zal : « Un substitut sanguin, un pansement cicatrisant et un système d’oxygénation des greffons avant trans- plantation. Nous pouvons aussi aider l’industrie pharmaceutique à accélérer la culture cellulaire avec des molécules qui augmentent la diffusion d’oxygène. Nous avons été contactés par l’agroalimentaire, aussi, pour les levures », décrit le dirigeant de Morlaix, qui lève 14 millions d’euros en deux tranches.
26 Avril 2016

