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A la Une - Des start-up prometteuses en lien avec la mer ClUB ENTrEPrENdrE
Habiter
Une idée folle ? Certes, mais une idée que creuse Jacques Rougerie, architecte concepteur de laboratoires sous-marins et musées subaquatiques, qui projette des lieux de vie sous l’eau. Son chantier phare ? La station scientifique dérivante SeaOrbiter, construite dans les chantiers navals de Saint-Nazaire. Cet académicien des Beaux-Arts est aussi dirigeant de la fondation Génération Espace Mer, qui récompense les projets futuristes en rapport avec le monde de la mer et de l’espace : aux utopies ont succédé les projets prospectifs. « L’espace sous-marin est le dernier réservoir qui nous reste ; il occupe 71% de la planète et mesure 3,5 kilomètres d’épaisseur en moyenne. » Selon l’inventeur le rapport des jeunes générations à la Grande Bleue n’est plus le même que celui des anciens, pour qui elle était synonyme de fascination, mais aussi de danger voire de mort. « Aujourd’hui, avec la glisse et la plongée sous-marine, les gens ont une approche plus sensorielle de l’élément aquatique, objet de jeu voire de passion. Les hommes mettent au point des engins pour explorer les profondeurs, pourvus de hublots toujours plus grands. Ils développent un peu plus leur imagination. » Et les réalisations d’ouvrages flottants utilisant l’énergie de la mer sont étudiées, voire construites. « Des îles flottantes sont esquissées pour les habitants des Maldives, menacés », note le visionnaire.
S’équiper et ne pas polluer
La start-up Cine’al utilise la chair ultra-absorbante des méduses, faite à 90% d’eau, pour en faire des couches-culottes, capables d’absorber d’énormes quan- tités d’eau sans se dissoudre, et surtout entièrement biodégradables en quatre semaines. Dans la même veine Rémy Lucas, fondateur d’Algopack, a inventé un sac plastique à base d’algues, biodégradable en 12 semaines. L’entreprise de Saint-Malo offre, à 1500 euros la tonne, une alternative compétitive aux plastiques pétro-sourcés. Cultivées à Saint-Malo, les micro-algues servent aussi pour le packaging alimentaire, l’industrie automobile, l’ameublement...
milliards d’années ! » les exemples des peaux de re- quin qui constituent les meilleurs revêtements anti- turbulences au monde pour les avions Airbus ou les combinaisons Speedo, ou de l’ormeau qui fabrique des coquilles ultra-résis- tantes, plus solides que le blindage d’un char leclerc, sont plus connus. Sans par- ler de la crevette mante re- ligieuse, qui casse des crabes avec ses petits marteaux, auxquels elle donne l’ac-
les cellules cancéreuses lors des biopsies, de ses yeux surpuissants. lesquels pos- sèdent un écran solaire na- turel, non perturbateur en- docrinien, qui intéresse les laboratoires de cosmétiques. Au vu des enjeux, on a peine à croire que la mer n’a jamais eu droit à un mi- nistère à part entière en France. Manuel valls s’est fait le chantre de l’économie maritime lors des dernières Assises de la mer en dé- cembre 2014, mais le budget
tiers STx de Saint-Nazaire livrent l’Harmony of the Seas, plus grand paquebot du monde. Quatre autres navires font la queue sur les chantiers. l’avenir n’est pas noir pour un pays qui détient les deuxièmes ré- serves les plus importantes de terres rares essentielles pour la fabrication de lasers ou de supraconducteurs. Mais la presse souligne sur- tout les faiblesses de la vieille économie bleue. En 20 ans, la pêche française a divisé sa flotte par deux. Côté armateurs, CMA- CGM est l’arbre qui cache une forêt dévastée. En cause la cherté du pavillon fran-
Manger
Qui reprendra un peu de salade d’algues wakamé, dulse et ulve ? Car les algues, riches en minéraux, oligoéléments, antioxydants et vitamines, vont envahir nos assiettes. « La spiruline a 3,8 milliards d’années, c’est l’un des plus anciens organismes qui a fourni l’oxygène. Nous l’avons redécouverte il y a 50 ans, comme un complément alimentaire très complet », décrit Vincent Salmon-Legagneur, qui a créé Spiruline de Bretagne, développant des bassins abrités. « De nombreux acteurs tentent de concocter les aliments du futur comme des smoothies ou gâteaux secs à la spiruline. Celle-ci nécessite peu d’espace, peu d’eau dans des bassins hors-sol », explique le dirigeant de la ferme de Keratry. Une valeur nutritive qui a attiré Alpha Biotech, qui la vend en poudre et propose Spirulisat, un extrait liquide de l’algue fraîche. L’agar- agar, poudre d’algue gélifiante, entre dans la com- position de la plupart des sauces, des confitures et friandises industrielles. L’industrie alimentaire en utilise comme émulsifiant, stabilisant ou épaissis- sant.
Se déplacer
Là encore les micro-algues ont un rôle à jouer pour remplacer le pétrole. Elles pourraient repré- senter plus de 12% du marché des biocarburants d’ici 2025. Faciles à cultiver, peu gourmandes en es- pace, elles affichent un rendement énergétique jusqu’à dix fois supérieur à celui des agrocarburants traditionnels. Fermentalg, un des leaders du secteur, a déjà fait rouler une voiture avec du carburant de micro-algues. D’autres affectionnent des modes de transport « soft », à l’exemple de Guillaume Le Grand, co-fondateur de Towt (Trans Oceanic Wind Transport), qui a réinventé le fret de marchandises à la voile, sur de vieux gréements. « Les premiers clients – des coopératives agricoles, des magasins bio... répondent présents. Tous les produits que nous affrétons sont labélisés “transportés à la voile” ». La société a intégré la pépinière Sévellec au sein du technopôle Brest Iroise.
célération d’un fusil d’as- saut. Si on lançait une balle de baseball à un dixième de cette accélération, on la mettrait sur orbite ! Quand elle les actionne, il se crée une bulle de supercavitation qui a inspiré les militaires pour envoyer des torpilles plus rapidement. les Amé- ricains se sont aussi inspirés, pour mettre au point une caméra capable de repérer
de l’Etat pour la mer a été réduit de 5% en 2013 et de 2% en 2014.
Aliments, médicaments ou biocarburants en puissance...
çais, 20 à 40% plus cher que le pavillon britannique. il n’empêche, « les emplois directs générés par l’éco- nomie maritime sont de 300000, pour une valeur de production de 70 mil- liards d’euros, ce qui la place devant l’aéronautique. Si on y ajoute le tourisme, on obtient 600000 emplois pour une valeur de 100 mil- liards d’euros », déclare Frédéric Moncany de Saint- Aignan, président du cluster maritime français, qui ob- serve un basculement : « Il subsiste une activité mari- time traditionnelle qui évo- lue, sous l’influence des technologies, de la prise de
conscience de l’environne- ment à sauvegarder et de la mondialisation. Mais cinq thématiques montent en puissance : énergies ma- rines renouvelables, aqua- culture, biotechs marines, richesses minérales des grands fonds sous-marins,
HISTORIQUE ET PO- TENTIEL
la France héberge quand même des champions mon- diaux comme les construc- teurs Bénéteau ou Jeanneau. des marques font référence comme Zodiac Nautic (cf. Business Story). Et les chan-
tourisme littor.
la mer est un formidable levier de croissance à venir pour notre pays, qui possède les acteurs, le terrain de jeu et le contexte avec une ma- ritimisation du monde en marche. restent des choix politiques et entrepreneu- riaux à faire...
al côtier ».
Julien Tarby
Avril 2016 27


































































































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