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rH & FOrMaTION Réseaux et influence - Les avantages d’une participation à un Think Tank
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
L’aura du fabricant de concepts
a Ceslaboratoiresd’influencen’incarnentpasqu’uneguerredesidées,ilsreprésententaussiuneopportunité
ses origines, les dechoixpourlesentreprises,afindegagnerensoftpower. ricains l’ont mieux intégrée.
proto think tanks re- autrement dit, outre l’ex-
montent à la se- ception de l’Institut de l’en- conde moitié du 19ème siècle treprise, peu d’acteurs privés
et le think tank dans sa forme contemporaine est créé à par- tir de 1949 aux Usa. au- jourd’hui en France, les think tanks demeurent peu nom- breux mais n’en sont pas moins influents. Certains re- posent sur un modèle mixte comme l’IFrI (Institut fran- çais des relations internatio- nales), l’IrIs (Institut de re- lations internationales et stra- tégiques) ou le think tank sport et Citoyenneté abondé pour moitié par des institu- tions publiques nationales et européennes et pour l’autre par des mécènes privés du secteur sportif. Certains re- fusent les subventions pu- bliques pour garder leur in- dépendance à l’image de l’Institut Montaigne. Contrai- rement à la Fondapol, think tank libéral abondé à hauteur d’1,6 millions d’euros par les subventions publiques (73% des recettes) que l’on oppose souvent à Terra Nova (financé à 67 % par le public pour un budget similaire) en termes de couleur politiques. Derrière la diversité d’obé- dience de ces groupements et la montée de leur influence sur les sphères politique et médiatique, l’intérêt public et la recherche semblent mal- gré tout prévaloir sur tout. Grands groupes et ETI fi- nancent et créent des think tanks, voire y insèrent certains de leurs hauts potentiels. Quelles rencontres possibles entre sphères publiques et d’affaires au sein de ces bouillons de culture et de re- cherches ?
« Pourquoi me dites-vous que je vais user mon index en intégrant ce think tank ? Je ne comprends pas »
parviennent à se fédérer au- tour de problématiques com- munes de peur de la concur- rence. Cela exige une gym- nastique entre acteurs qui dé- passe les intérêts particuliers et fait émerger une pensée commune ; exercice où les Français manquent de sou- plesse. Cela dit, les profils des adhérents à ces think tanks sont très variés. si cer- tains semblent plus fermés que d’autres et procèdent parfois à un processus de cooptation, d’autres sont plus ouverts et accueillent des per- sonnes de tous bords, mais toujours, semble-t-il d’un haut niveau académique ou d’expertise . sans le vouloir, ces groupes de réflexion se sont aussi cristallisés autour des déçus de la politique et des passionnés de recherche et de prospective en matière de politiques publiques. Côté cotisations, le ticket moyen diffère selon le mode de fi- nancement. Pour l’Institut Montaigne par exemple, l’en- trée varie de 50 euros - mon- tant destiné aux moins de 26 ans - à 500 euros. Pour les entreprises, l’entrée oscille entre 15 000 euros bruts pour celles dégageant moins de 160 millions d’euros de Ca, à 60 000 euros brut pour celles dépassant le seuil de 760 millions de Ca. Et au sein de ces communautés d’adhérents, des pratiques marginales permettent à cer- tains de leurs membres actifs de booster leur carrière. Des
EN VITRINE,
PAS DE BUSINESS AFFINITAIRE
MALGRÉ QUELQUES EXCEPTIONS
Du point de vue de sa struc- ture, le think tank parfois ap- pelé GrI (groupe de réflexion et d’influence) ne répond pas à un schéma unique en ma-
dérives rares qui n. condamnées, ni encouragées. Un statut quo dans le fonc- tionnement des think tanks qui pourrait cependant évo- luer par un projet de loi sur la transparence et le finan- cement de ces derniers, ac- tuellement dans les tuyaux du gouvernement.
tière de statut juridique et s’entend comme un groupe d’experts dans son sens le plus large, un institut de re- cherches pluridisciplinaires voire un organisme de re- cherches couplé à un groupe
où s’opère du réseautage bu- siness, même si l’on assiste à un diner ou à une confé- rence en compagnie de pa- trons de grands groupes, d’ex- perts, de politiques et d’ins- titutionnels. Ce sont les cir-
les think tanks. Il s’agit bien souvent de grands groupes et plus rarement d’ETI. Fi- nancer ouvertement un think tank revient pour les grands groupes et ETI à s’introduire en des places impactant di-
un mini forum de Davos, rassemble les ministres de nombreux pays, diplomates et grands patrons d’industrie. L’évènement facilite les prises de contact entre grands comptes et politiques. La
Les thinks tanks servent parfois de booster de carrière ou de porte d’entrée vers un pays par la rencontre d’un diplomate
d’intérêt. « La définition d’un think tank est très claire. Il se caractérise par un pan ré- flexion et un pan lobbying. La raison d’être d’un think tank est d’avoir la capacité à produire de l’expertise, des données pour ensuite les pro- poser aux décideurs. L’un de nos chantiers actuels est de remettre les citoyens euro- péens en mouvement, au tra- vail comme chez eux. C’est un vrai sujet de société. Lutter contre la sédentarité permet du point de vue économique d’augmenter la production, de lutter contre l’absentéisme, et de faire baisser les dépenses de santé. Ce n’est pas qu’un cercle vertueux en matière de santé. Cela touche égale- ment notre économie », note Julian Jappert, directeur du think tank sport et Citoyen- neté. autrement dit, les think tanks n’incarnent pas un lieu
constances qui créent les conditions d’un éventuel bu- siness affinitaire et non les conditions qui créent les cir- constances. Julian Jappert ajoute : « Dans tous les ré- seaux quels qu’ils soient, il y a du réseautage d’affaires parce que les réseaux reposent sur des humains. si le think tank a pour première mission le développement des idées, il y aura toujours du réseau- tage même dans les think tanks dits scientifiques ». Le but d’un think tank revient à faire du réseautage non pas pour faire rencontrer deux parties prenantes mais pour valoriser ses idées. D’autant que les PME, et davantage les TPE, manifestent peu d’intérêt et démontrent une méconnaissance des ces grou- pements d’experts. Il suffit de se pencher sur les boards et les dirigeants qui financent
rectement les politiques pu- bliques, tout en acquérant une touche certaine de res- pectabilité publique. Ce fai- sant, chaque géant du CaC 40 y va de sa contribution. Terra Nova fait ainsi partie de ces « sources d’influence » qui n’hésitent pas à mention- ner leurs mécènes parmi les- quels on retrouve, entre au- tres, EDF, sanofi, Google, Vivendi ou encore Total. Mieux même, certaines en- treprises du CaC ont déjà été à l’initiative d’un think tank, l’Institut de l’entreprise créé en 1976 faisant partie en France de ces think tanks historiques. Les grands groupes usent également de ces manifestations intellec- tuelles pour pratiquer du ré- seautage institutionnel voire diplomatique. Par exemple, le World Policy Conference de l’IFrI, souvent comparé à
connivence semble donc réelle, même si l’on se refuse à faire des affaires à propre- ment parler.
RÉSEAUTAGE INSTITUTIONNEL MAIS AUSSI TREMPLIN DE CARRIÈRE
si la plupart des think tank n’ambitionnent que d’ali- menter le débat public et de faire émerger des théma- tiques de politiques publiques, certains font émerger les su- jets économie et entreprise dans l’agenda politique. D’au- tant que la majorité des en- treprises françaises n’ont pas intégré tous les outils d’in- fluence, contrairement à leurs consœurs anglo-saxonnes. La diplomatie publique est très immatérielle, les Français sont un peu plus perplexes à ce sujet tandis que les amé-
e sont ni
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Mars 2016
Geoffroy Framery

