Page 32 - EcoRéseau n°27
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n°27
CLUB eNTrePreNdre A la Une - Le verbe s’inspirer pour un nouveau départ en 2016
d’autant que cette capacité de pivot peut être l’apanage de grands groupes dans des secteurs d’activité dits classiques. en témoigne la grande mue du Club Mé- diterranée (cf. EcoRéseau n°22) qui, après la crise des voyagistes des années 1990, a décidé une véritable montée en gamme tout en investissant de nouveaux marchés internationaux, alors que Gérard Blitz son fondateur avait commencé ses séjours en empruntant des tentes de l’armée dans une ambiance faite de bric et de broc. Criteo, la pépite française (Cf. EcoRéseau n°6) désormais cotée au Nasdaq, est devenue un leader mondial du reciblage publicitaire personnalisé à la performance après avoir fait ses premières armes numériques dans le service de recommandation de films puis de produits, avant de trouver dans le display son terreau d’épanouissement. Le pivot induit donc des défis en conduite du changement considérables pour les entreprises. d’autant que la notion de pivot est elle-même protéiforme et fourre-tout. reste que le numérique autorise aujourd’hui cette agilité pour les grands comme les petits nouveaux, grâce au raccour- cissement du time-to-market et à un feedback plus aisé pour adapter le produit ou le service. Autrement dit, du « test & learn » grandeur nature pour ensuite envisager un pivot en cas de résultat non concluant.
PIVOTER POUR SE RÉINVENTER
huit ans. Une
dénominations : Failcons, débats sur l’échec, charte du rebond, etc. institution- nels, politiques et acteurs de l’enseignement supérieur embrassent doucement l’ini- tiative. roxanne varza, ré- cemment nommé directrice de la Halle Fressinet, futur premier incubateur de France, et fondatrice des Failcons en France, ana- lyse : « Sans en prendre l’appellation, nous avons lancé les Failcons en 2011. Beaucoup furent déçus de la première édition. Appren- dre des échecs. Tout le monde était d’accord à ce
Mais cette action ne se réalise pas seulement à l’échelle d’une entreprise. Pivoter c’est aussi « slasher » pro- fessionnellement. Marielle Barbe a travaillé dans le milieu associatif pendant dix ans et a multiplié les emplois avant de réaliser que la pluriactivité était l’essence même de ses aspirations professionnelles. Aujourd’hui Marielle est coach/consultante/auteur pour la télé... « Mon mode de fonctionnement, c’est de ne pas choisir et de m’enrichir d’expériences nou- velles sous peine de me lasser. Plus jeune, la question de l’orientation fut une torture. Aujourd’hui, je suis parfois qualifiée de mythomane ou je ne suis pas prise au sérieux car soi-disant dispersée. Mon CV ressemble à un inventaire à la Prévert tout comme mes statuts, avec lesquels je jongle : intermittente/va- cataire/contractuelle/autoentrepreneure/chef d’entre- prise. Cela dit, je reste convaincue que notre monde a besoin d’agilité pour trouver des solutions. Y compris pour ceux qui sont depuis 30 ans dans la même boîte », précise-t-elle. Ces slashers ou pluriactifs sont 4,5 millions en France (16% des actifs). Le phénomène touche toutes les CSP et toutes les tranches d’âges. « Zappeurs, nomades, refusant les contraintes hié- rarchiques, ils trouvent ainsi plus de sens à leur travail. Trois facteurs au moins expliquent le boom des slashers en France : le régime de l’autoentrepreneur qui a simplifié l’exercice légal d’une activité complé- mentaire, les plateformes de l’économie collaborative qui en étendent l’usage et la technologie, et qui en fa- cilitent donc la pratique. La frontière entre vie pro et vie perso s’estompe, favorisant la pluri-activité », commente Alain Bosetti, président du Salon des mi- croentreprises. L’envie de gagner plus, de vivre de sa passion, de préparer sa reconversion est majoritairement
A CHAQUE COUP DUR,
UN MOYEN IDOINE POUR
SE RELANCER
Quand il n’est pas trop tard, de nom- breuses structures existent pour relancer la machine. directeur de la plateforme du val-de-Marne du réseau initiative France, Pierre Capron illustre : « Par le biais d’un parrainage bénévole, nous faisons rencontrer aux TPE des chefs d’entreprise chevronnées pour corriger le tir. Souvent, il s’agira de pallier un déficit de démarchage commercial ou des problématiques de gestion. Cela passe inévitablement par la réalisation d’un diagnostic sur les choses qui ne
rambaud, 60000 rebonds se donne pour mission d’aider les entrepreneurs qui ont connu la faillite ou la liquidation à se remettre sur les bons rails, si possible ceux de l’entrepreneuriat. Notons d’ail- leurs que l’entrée dans ce dispositif n’est pas soumise à une grille de critères stricts. L’idée sous-jacente étant que la culture de l’échec doit dépasser la seule communauté entrepreneuriale « tech ». reste que pour se relancer, il importe que chaque partie prenante constate le nouveau départ entrepreneurial sans le stigmatiser. C’est dans cette optique que le gouvernement a mis fin en 2013 au fichage à la Banque de France des en- trepreneurs ayant connu une liquidation judiciaire. Mais le chemin à parcourir pour convaincre reste encore long.
sujet mais trop peu osaient détailler pourquoi ils avaient échoué. J’ai alors contacté Cassandra Philippe, la fonda- trice des Failcons aux Etats-Unis qui m’a invitée à faire communiquer les speakers en anglais, tout en invitant des entrepreneurs étrangers moins com- plexés ». il a fallu attendre la dernière édition de 2014 soutenue par Axelle Lemaire et Fleur Pellerin pour que l’évé- nement tienne toutes ses promesses : « Malgré une bonne première édition, nous avions du mal à trouver les sponsors qui souhaitaient accoler leur nom au mot « fail » (échouer ou échec en anglais, NdLr). Le soutien du gouvernement nous a permis de fédérer plus facilement autour de l’événement. Les mentalités
.’étude réalisée pour le salon des microentreprises. et slasher rime bien souvent avec entrepreneur. ils sont majoritairement freelances (10%), autoentrepreneurs (10%), associés (6%) ou dirigeants d’une entreprise (5%). Mieux, 7% des slashers profitent de ce mode de fonctionnement pour tester une idée avant de créer une entreprise. « Plus aguerris, avec un réseau plus dense et les premières références, ils augmentent leurs chances de succès », commente Alain Bosetti.
un choix pour 64% des slashers selon l
nt. Le concept des Failcons
32 Février 2016
Geoffroy Framery
UNE NÉCESSAIRE MISE
EN AVANT DE L’ÉCHEC
Sur trois ans de « Failcons » – entendez con(férence) sur un « fail » (échec en anglais) –, trois thèmes se dégagent parmi les causes de l’échec entrepre- neurial : l’international, la levée de fonds et le pivot produit. désormais évangéliste des start-up chez Sigfox, Cédric Giorgi,
progresse.
s’exporte ailleurs en France. Si bien que depuis deux ans, Toulouse, Grenoble, Lyon, Lille, Aix ou encore Strasbourg ont organisé des conférences pour ces entrepreneurs désireux de partager les leçons tirées de leur échec », complète roxanne varza. Bientôt la participation du PdG de volkswagen à ces confé- rences ?
de l’aventure, se « relancer » dans
cette expérience relève de la ga-
durerait pas moins de
« attente » interminable
pour les entrepreneurs,
entre leur échec et l’abou-
tissement d’un nouveau
projet. il s’agit d’ailleurs,
selon une étude de The
Economist en 2013, du
laps de temps le plus
long comparativement
aux autres pays traités.
de ce constat naquit
l’idée il y a plusieurs an-
nées de dédramatiser
l’échec. Non pas pour en
faire l’éloge. Mais pour
démontrer concrètement
comment renaître de ses
cendres entrepreneuriales.
Ce prêche commence à
faire des émules et les évangélistes trou- vent de nouvelles bannières auxquelles se rallier : les « Failcons », conférences sur l’échec, 60000 rebonds... Le tout dans un contexte où les politiques en- couragent davantage ces récits d’entre- preneurs non édulcorés. Fleur Pellerin évoquait ainsi en 2014 sa volonté de modifier le logiciel de la culture l’échec en France. La preuve dans les lignes qui suivent que se relancer n’est pas un vain mot.
Se relancer
La quête du second souffle
Comment faire de l’échec la pédagogie positive de l’entrepreneur pour se relancer ?
S
geure. Apprendre de ses erreurs. Tirer des leçons de ses échecs. derrière cette philosophie de comptoir, se cache pour- tant un triste constat : la France n’aime pas ceux qui échouent. C’est effective- ment bien souvent une tranche de vie où vos proches vous intiment de re- chercher un Cdi, tandis que les banques vous demandent si vous n’êtes pas de- venu(e) humoriste. Aussi inconfortable qu’une Mini Cooper pour des avants d’une équipe de rugby, cette période ne
i goûter à l’entrepreneuriat tient vont pas. Mais cet accompagnement intervenant à ces grand messes sur
peut ensuite déboucher sur un nouveau programme d’investissements, et pour- quoi pas un refinancement de notre part. » L’association recréer, elle, prend des allures de pompier et de prescripteur. entrepreneurs en crise ou voulant de nouveau porter un projet, peu importe. Ce réseau veut imposer cette nouvelle culture du rebond. Mais c’est surtout lorsque la clé est sous la porte qu’une véritable introspection est possible. Celle- ci peut se réaliser discrètement via un bilan de compétences ou en requérant l’aide de nouveaux dispositifs. Asso- ciation née en 2012, présidée par Philippe
Cela revient à apprendre à chuter... Oui, mais comment ?
l’échec, se remémore les atermoiements qui ont amené son équipe à revendre la start-up et évoque une mauvaise gestion du timing qui ne leur a pas permis d’aboutir à une levée de fonds. Mais pas seulement : « Nous nous sommes beaucoup concentrés sur de potentiels partenariats qui n’ont jamais abouti, alors que nous aurions dû nous occuper de multiplier les clients et d’être sur le terrain. Le manque d’efficacité a été évident » (cf. EcoRéseau n°20). depuis trois ans maintenant, ces types de té- moignages et d’initiatives deviennent monnaie courante et épousent différentes
Geoffroy Framery


































































































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