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n°26
StrAtéGiE & iNNovAtioN NUmériQUE Haute résolution - Cloud et data centers
A L’univers dans le nuage, tout l’univers ?
Le cloud devient de plus en plus attrayant, à tel point qu'une entreprise peut aujourd'hui se passer du moindre serveur. mettre ou ne pas mettre toute l’information dans le cloud, telle est la question.
u mois d’avril 2015, étonnant, le cloud public se dé- Certains choisissent les acteurs pas, par peur de perdre le contrôle lors de la table ronde veloppe de plus en plus, per- majeurs du cloud comme Google ou encore de la technologie qui organisée par le Cloud mettant aux entreprises de de- ou Microsoft. On est plus serein n’est pas tout à fait mise au
Computing Word expo, Franck venir plus matures. Pourquoi quant à la qualité de leurs pres- point. D’un autre côté, si la stra-
Nassah, vice-président du cabinet
PAC, a présenté les données de
l’enquête «Cloud index» en
France. « Le taux d’utilisation
du cloud dans les entreprises
augmente assez rapidement »,
a-t-il déclaré sans surprise. La
preuve, l’indice de maturité cal-
culé par le cabinet d’étude sur
la base de 135 critères, est passé
de 455 à 577 points (sur 1000).
Auprès de ces entreprises utili-
satrices, le Saas (Software as a
Service) reste le plus répandu
avec 55% d’abonnés. L’évolution
concerne surtout les usages d’in-
frastructure sous forme de service
(iaaS), qui réalisent une véritable
percée, passant de 29 à 46%
des entreprises déclarant y re-
courir. Le cabinet PAC note que
ce sont les organisations de
moins de 500 salariés qui sont
les plus enclines à utiliser des
services iaaS. Le marché du
cloud public(1) représente au-
jourd’hui 1,3 milliard d’euros.
« Une croissance qui augmentera
d’ici 2018, pour atteindre 3,7
milliards d’euros ! », souligne
l’analyste. En effet, le poids du
cloud public en 2014 constituait
43% du marché total du cloud
en France. Les experts prévoient
une hausse pouvant atteindre
les 52% en 2018. Ainsi, plus de
la moitié de la prestation du
marché cloud en France passera
en cloud public. Ce n’est pas le cloud, il faut se demander si
« Ca m’énerve ! Rien ne fonctionne, et je ne sais plus qui engueuler au final ! »
donc des entreprises et de leurs problématiques liées au cloud : nouveaux services, partenaires internes et externes, le coût, la nécessité de la flexibilité (up or down)...
Dématique & Gouvernance
(1) Le cloud public ne veut pas dire que les données sont accessibles à n’importe qui, mais uniquement que les données sont hébergées sur une multitude de serveurs eux-mêmes ac- cessibles par un nombre déterminé d’utilisateurs. Les clouds les plus connus sont d’ailleurs des clouds publics, comme par exemple celui de Microsoft office ou encore celui d’Amazon.
une entreprise passerait-elle toutes ses données sur le cloud ? Quels en sont les avantages et les risques ? toutes ces questions tourmentent les nuits des diri- geants qui n’osent pas franchir le pas...
tations. Puis, il s’agit d’une ré- flexion par rapport au lieu d’hé- bergement des applications. Peut- on faire confiance à l’éthique morale de tel prestataire ou tel pays ? Finalement, tout dépend aussi du secteur dans lequel se trouve l’entreprise et de sa concur- rence mondiale. Il en est de même pour la gouvernance », souligne Jean-michel mougeolle. Par ail- leurs, si certains sont d’accord avec ces propos, d’autres resteront réticents, comme Hubert tournier, directeur de l’organisation et des Si du groupement des mous- quetaires. Lors de la table ronde du Cloud Computing Word expo, il a expliqué que la taille de son groupe lui permet de s’occuper sans problème de sa sécurité à l’aide des spécialistes internes. oui, mais parfois une PmE n’a pas ce luxe, il est donc tout à fait compréhensible qu’elle se tourne vers des prestataires.
tégie le veut et le permet, il suffit de prendre quelques pré- cautions : bien choisir ses par- tenaires et leur niveau d’enga- gement et de transparence. Sans oublier d’implanter d’abord en interne une vraie politique de sécurité qui permettra de connaî- tre le niveau de risque. Puis se pose la question de la gouver- nance. « L’entreprise doit se ré- soudre à la mettre en place et à la manager (et non les cloud providers)... Cela commence par signer des contrats clairs pour les deux parties avec ses partenaires «cloud» », avertit Didier Haas. Pour finir, l’attention lors de la signature du contrat doit être au maximum. « Vérifiez la transparence sur ce qui est compris dans le prix et ce qui
LES AVANTAGES : TU VEUX OU TU VEUX PAS ? Les PmE passent au cloud pour améliorer leur productivité et prendre en charge des opérations de routine. Elles peuvent accéder à un nombre illimité de serveurs et utiliser le cloud comme plate- forme de stockage. Finalement, le cloud offre la réduction du temps de déploiement, la baisse des frais généraux et le stockage des données critiques, accessibles en temps réel. D’après l’étude, les principaux avantages du pas- sage au cloud sont la souplesse (83%), l’amélioration de la pro- ductivité (78%) et la baisse des coûts (71%). De manière géné- rale, ces facteurs permettent aux PmE de se concentrer sur leurs avantages compétitifs. « Nous voyons qu’aujourd’hui, il est clairement possible de passer au système 100% cloud. Je l’ai fait et j’en suis ravi ! », explique Jean-michel mougeolle, directeur des systèmes d’infor- mation chez mikit France. « En revan®che, avant de basculer vers
cela est souhaitable ? » Pour Didier Haas, vice-président Cloud d’ibm France, la réponse est : « Clairement non ! » Etonnant d’entendre de tels propos d’une société dont le cloud est l’un des domaines d’activité majeurs. « Les demandes du business pour fabriquer des nouveaux services aux clients sont «hy- brides», faisant appel à des don- nées ou services internes aux systèmes d’information des en- treprises et externes, donc les systèmes d’information qui les supportent seront pour très long- temps encore «hybrides» aussi », argumente-t-il. Pour autant, il semblerait que les entrepreneurs le voient différemment. « La question doit s’étudier en fonction de la stratégie de l’entreprise. A-t-elle des capacités d’innover et réagir rapidement pour ap- porter des atouts indéniables ? Nous nous devons d’innover dans un secteur immobilier concurrentiel », justifie Jean- michel mougeolle. tout dépend
SÉCURITÉ ET GOUVER- NANCE AVANT TOUT
Puis, arrive la question fatidique : quelles sont les données critiques que vous êtes prêts à exporter ? Ces enjeux entendent non seu- lement les inquiétudes liées à la la sécurité mais également à la perte de contrôle (en particulier sur les données et leur migration). Aujourd’hui, personne n’est ja- mais sûr à 100% de la sécurité. D’autre part, le risque de se faire pirater des données internes à l’entreprise semble aussi grand que celui de se les faire pirater de l’extérieur... « Nous travaillons avec Cloud Sensor et je préfère que ces spécialistes s’occupent de la sécurité de mes applications que de le faire moi-même. Il faut faire confiance au fournisseur.
e choisir l’en-
Sécurité, numérique et terrorisme
Anna Ashkova
PRÉCAUTIONS ÉVI- DENTES POUR CEUX QUI SE LANCENT Aujourd’hui, placer 100% de l’information de son entreprise sur le cloud est possible. Les chiffres et les témoignages le prouvent. mais il faut peser le pour et le contre. tout le monde ne peut pas le faire, ne veut pas (pour des raisons de taille de société) ou encore ne souhaite
ne l’est pas. Puis-j.
droit où je stocke mes données ? Quid de la traçabilité des évé- nements concernant mon envi- ronnement ? Quels niveaux de services «SLAs» fournis ? Quel niveau et durée de l’engagement qu’il prend ?... »
par
Quand la sécurité s’impose face à la confi- dentialité des données.
A l’occasion des atrocités récentes n’est-ce pas le moment de rappeler aux défenseurs des libertés sur les données personnelles, qu’il est des situations où il est «vital» d’avoir accès à certaines informations ? Pourquoi ne pas faire tout simplement confiance aux responsables de ce genre d’in- vestigations quant au respect desdites don- nées, à leur utilisation dans un cadre strictement limité à la sécurité et surtout à leur non divulgation à d’autres fins ?
certains fichiers ne soient pas encore croisés sous prétexte de ce sacro-saint principe de précaution et de respect des données à ca- ractère personnel.
La cybersécurité, car c’est essentiellement de cela dont il s’agit, doit faire partie de notre quotidien et le gouvernement a un rôle par- ticulièrement important et essentiel à jouer en matière de sensibilisation auprès de ses citoyens afin de les habituer à acquérir les bons réflexes. De même serait-il temps de nous attribuer une identité numérique qui de- vrait également réduire le risque d’usurpa- tion d’identité et le détournement de la gestion de nos identités numériques par des entreprises privées qui pourraient elles aussi, être prises en otage pour livrer l’ensemble des données dont elles disposent sur tout et chacun.
Jean-Marc Rietsch
bien évidemment, la seule interception de messages chiffrés ne peut suffire à endiguer une vague d’attentats mais au moins peut- elle largement contribuer à en réduire les risques. Grâce au big Data et toute propor- tion gardée, n’a-t-on pas déjà réussi à réduire de 25% les cambriolages dans certaines villes ?
bien évidemment, tout dépend du régime en Expert international en dématique, place, totalitaire ou démocratique. mais les
Par ailleurs une telle situation montre com- bien la sécurité au quotidien est quelque chose d’important et qu’il n’est plus guère possible de s’en affranchir, quelle que soit sa position, tant dans le monde public que dans le monde privé. même si les responsables de la sécurité sont malheureusement trop sou- vent vus comme des porteurs de mauvaises nouvelles et la sécurité comme un centre de coûts, nul ne pourra désormais y déroger.
président du Digital information institute ou D2i
évènements récents montrent que nous n’avons malheureusement pas le choix et qu’il est indispensable de laisser aux forces de l’ordre tous les moyens à leur portée et dont elles ont besoin pour éviter que pareils drames ne se reproduisent. il est aujourd’hui tout à fait inadmissible, voire criminel, que
Au moins que le drame qui vient de nous frapper puisse servir de révélateur devant le besoin de sécurité majeur dont nous avons besoin, indispensable au bon fonctionne- ment de notre société numérique, au risque de devenir tellement virtuelle qu’elle pourrait bien disparaitre.
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