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n°26
StrAtéGiE & iNNovAtioN NUmériQUE Regard digital - Jérôme Bruet, Pdg. de e-doceo, spécialiste du e-learning Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
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Comment la formation a évolué avec l’arrivée du numérique ?
on pourrait résumer les bou- leversements liés à la digi- talisation en trois points. Le premier est le développement de l’interactivité pour tout le monde. Dans une salle, il n’est pas aisé d’être interactif avec tous les apprenants ; il y a toujours les actifs et ceux qui «dorment». En numé- rique, les apprenants sont seuls face à la ressource in- teractive, et le niveau d’en- gagement est beaucoup plus
coûts. il faut remarquer d’ail- leurs que la plupart des en- treprises, face aux économies réalisées, ne diminuent pas leur budget mais ont plutôt
six composantes.
La première est le e-learning qui consiste, en tant que tel, en de l’information autonome à distance. C’est une res-
de la ressource e-learning décrite plus tôt, mais au lieu d’être uniquement centrée sur la formation, elle va ame- ner une composante ludique
courant mêle présentiel et e- learning, ce qui a plus de sens que de vouloir remplacer le premier par le deuxième. Enfin, la dernière composante est ce qu’on appelle les mooCs (NDLR : Massive Open Online Course, aussi appelés FLOC ou CLOM en français). C’est une termi- nologie récente, qui en France se trouve un peu dénaturée (le terme est en général plutôt réservé aux pratiques uni- versitaires) et désigne en fait la plateforme d’apprentissage, qui réunit les composantes utiles à un programme de formation.
Les entreprises – plus particulièrement en France – ont-elles intégré ces nouvelles pratiques ? La bonne nouvelle, c’est que le e-learning est intellectuel- lement intégré. il est rentré dans la culture et dans les habitudes. il y a quatre ou cinq ans, il y avait des res- ponsables de formation qui ne savaient pas ce que c’était, ou qui n’y croyaient pas ; la situation a bien évolué. De- puis, tout le monde a pris conscience du changement. il reste à déterminer comment
peu utilisatrices du e-learning, contrairement aux pays an- glo-saxons. Ceux-ci s’y sont pris plus tôt que nous, et l’organisation de la formation en France, avec tous ses fi- nancements publics, est com- plexe, ce qui ralentit son adoption. Une réforme, mise en place depuis le début de l’année 2015, a fait de la place au e-learning dans le monde de la formation. Car tant que cela n’était pas re- connu, le e-learning ne pou- vait pas être financé, ce qui lui a nui, surtout dans les PmE. même chez ceux qui l’utilisent, le pourcentage que représente l’e-learning dans une formation reste li- mité : 10% pour les meilleurs. Et souvent les deux forma- tions – électronique et pré- sentielle – ne sont pas liées l’une avec l’autre. mais il existe une volonté d’accélé- rer, avec un objectif de 50% de e-learning d’ici 2020 pour certains, même si d’ici là d’autres nouveautés seront apparues, car la technologie ne cesse d’évoluer. Par exem- ple, il existe une application sur smartphone qui permet à n’importe qui, depuis son smartphone, de capter un sa-
La formation, essentielle à la pérennité d’une entreprise, n’a pas échappé à la révolution numérique. E-learning, digital learning, sont décryptés par Jérôme bruet, P-Dg de e-doceo.
fort.
Deuxième point, l’annulation de la question de distance. Cela permet d’entretenir le lien pédagogique, c’est-à- dire de garder une continuité de formation après ou avant la formation présentielle. En face-à-face, on a des inter- actions pendant un jour ou deux, et puis après plus rien. Cela permet d’améliorer l’ef- ficacité pédagogique : un court effort intense est rem- placé par des exercices moin- dres mais plus réguliers – en fait, la formation continue, dont on parle depuis des an- nées. Et les études montrent que cette stratégie est plus efficace pour l’apprentissage. Enfin, le troisième point est la diminution des coûts – toutes les économies de temps et d’argent. Les tech- nologies numériques vont faire économiser des dépla- cements, et donc améliorer la gestion du temps et des
Et la possibilité de s’immerger totalement dans les exercices de formation...
tendance à s’offrir plus de formations pour le même prix.
Qu’est-ce que le digital learning ?
Depuis quelques années, on parle de plus en plus de digital learning, dont le e- learning n’est qu’une facette. En fait, pour le résumer ra- pidement, on numérise tout le secteur de la formation, y compris les formations dites classiques en salle. Ce qu’on appelle digital learning re- groupe – en simplifiant –
e-doceo
Solution complète
E-doceo, créé il y a 13 ans, est un éditeur de solutions informatiques dédiées à ce qu’on appelle aujourd’hui le digital learning. Il fournit la technologie qui permet de supporter la création de contenu, sa diffusion auprès des apprenants, la tenue de classes virtuelles... En plus de cela, l’entreprise apporte à ses clients une méthodologie et un accompagnement, car les pratiques sont assez neuves. La société compte aujourd’hui un peu moins de 150 collaborateurs dans 12 pays.
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source multimédia – un petit film, un son... – qui a été fabriquée par un formateur en amont du moment où l’utilisateur va s’en servir. Le e-learning permet en plus d’obtenir des feedbacks beau- coup plus précis : ouverture,
– il s’agit d’apprendre par le jeu, avec des énigmes, par exemple. La quatrième com- posante, le social learning, est nommée ainsi par analo- gie avec les réseaux sociaux. on va réunir les apprenants entre eux, dans un même es-
Un court effort intense est remplacé par des exercices moindres mais plus réguliers – en fait, la formation continue,
travail effectué... Et du coup, l’intérêt stratégique de la for- mation se trouve renforcé. La deuxième composante est la classe virtuelle. Cela se fait également à distance, mais cette fois-ci, le forma- teur va travailler comme s’il était dans une salle. La for- mation se déroule par visio- ou audio-conférence, avec les écrans d’ordinateur comme tableau. L’idée est reproduire l’espace tradition- nel d’apprentissage.
dont on parle depuis des années
pace collaboratif (qui reprend souvent des codes des ré- seaux sociaux comme Fa- cebook), et ils vont échanger entre eux et apprendre par co-construction du savoir : ils vont résoudre des pro- blématiques pédagogiques ensemble. Encore récent, le social learning n’est pas très répandu. La cinquième com- posante est le blended lear- ning, qui consiste à mixer différents types d’apprentis- sage évoqués ci-dessous (en y rajoutant la formation clas- sique, que l’on appelle main- tenant présentielle). Le plus
s’y mettre. Et paradoxale- ment, ceux qui sont vraiment prêts sont les apprenants. Ces derniers ne sont plus choqués quand du e-learning est déployé, et deviennent même demandeurs une fois qu’ils ont expérimenté le processus.
voir-vivre et un savoir–faire. La technologie nous permet d’avancer. Aujourd’hui, on travaille sur les Google Glass, sur les outils virtualisés... mais parfois, la technologie
La troisième composante est représentée par les serious games. C’est une déclinaison
L’attitude des entreprises peut être sectorisée selon leur taille et selon leur maturité sur les nouveaux usages di- gitaux. Globalement, la France n’est pas en retard sur le marché – en tout cas pour les grandes entreprises. Les Eti et PmE sont encore
évolue tro.
treprises, ces dernières ayant une capacité d’absorption li- mitée. il faut donc faire at- tention aux innovations mar- keting. Par exemple, le social learning est très prometteur, mais la question de son im- plémentation est loin d’être simple...
p vite pour les en-
Jean-Marie Benoist


































































































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