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n°26
CLUb ENtrEPrENDrE Interview croisée - Trublions du luxe Mauboussin et Kaviari
Dans quel contexte êtes-vous arrivés dans l’entreprise ?
KN : L’entreprise familiale a été créée en 2001 par ra- phaël bouchez aux côtés de mon père, qui lui-même avait créé une autre société dans les années 80 autour de l’im- port-export de caviar. Nous fêterons nos 15 ans l’année prochaine mais possédons donc une histoire de 40 ans. Je suis arrivée en 2009. Juste un an après que des grandes
d’affaires. La situation s’ex- plique notamment par la fin de la relation commerciale entretenue avec le Sultanat de brunei alors premier client de mauboussin. Pour pallier ce manque à gagner, l’entreprise a choisi de di- versifier son activité, no- tamment dans la parfumerie et d’attaquer de nouveaux marchés en Asie. mais ces démarches furent coûteuses et hasardeuses. Dominique Frémont (actionnaire majo-
produit de la mer et d’un comme respectivement un depuis le changement de lé- objet de créateur. Nous avons trophée offert pour un autre gislation de 2008. Pour la également lancé des produits trophée. il s’agissait que no- petite histoire, avant 2008, en co-branding. malgré notre
conséquence. mais ce fut également une autre manière de travailler avec les éle-
Le luxe change d'écrin
Dans chaque numéro, EcoRéseau s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
Deux métiers distincts. Deux générations de gestionnaires. mais une seule et même envie : revisiter la manière de voir leur produit pour en faire bien plus qu'un inaccessible mets ou objet...
Notre défi ? Dépoussiérer ce produit d'excellence sans lui retirer sa noblesse
évolutions aient touché le secteur. Auparavant nous étions une société importa- trice et avions vocation à li- vrer les grands chefs et les épiceries fines en France et ailleurs. Depuis 2008, il n’y a plus de caviar sauvage, uniquement du caviar d’éle- vage. Nous nous sommes reconvertis dans l’élevage pour apporter notre savoir- faire aux éleveurs dans le sourcing et dans les proces- sus d’affinage et de condi- tionnement des caviars. Ce fut une véritable transition dans notre métier. Nous avons été une maison confi- dentielle tournée vers les professionnels de la gastro- nomie, mais avec l’arrivée du caviar d’élevage nous avons dû prendre un virage important, tout en gardant notre clientèle. Forts de notre expérience dans le caviar sauvage, nous sommes ca- pables d’apporter aux éle- veurs notre savoir-faire sur la fabrication du caviar, l’af- finage et le conditionne- ment...
ritaire de mauboussin, NDLr) m’a donc fait confiance pour mes capacités de restructuration et de re- déploiement d’une marque. N’étant pas joaillier, j’ai ap- pris le métier auprès de Pa- trick mauboussin pendant deux ans : dessin, histoire du bijou, conception...
En quoi votre prise
de fonction a-t-elle été synonyme de tournant en matière de stratégie ? KN : Auparavant nous étions centrés sur l’import venu d’iran. Nous nous sommes aperçus qu’il y avait une place à prendre dans ce contexte même s’il s’agit d’un monde partagé par de nombreux intervenants et concurrents – et maintenant d’éleveurs – qui vendent en direct. Ainsi avons-nous dé- cidé d’émerger en tant que marque légitimée par notre histoire et notre savoir-faire. Ce faisant, j’ai développé les en-K de caviar® lancés en 2011 puis une formule mensuelle en 2013, la « Ca- viar box® » : 20g par mois d’une variété de caviar as- sortie d’une recette du chef lui étant associé, d’un autre
veauté. Nous avons d’abord accéléré le rythme des créa- tions en passant d’un renou- vellement annuel d’un tiers de la collection pour au- jourd’hui le réaliser en trois ou quatre mois. En parallèle, nous avons également pro- cédé à l’élargissement de notre cible. Autrefois, nos produits se destinaient à des gens très aisés. Avec une clientèle enfermée dans sa
Karin Nebot,Dg de Kaviari
Après un diplôme en marketing et affaires internationales à Sup de Co Nantes, Karin Nebot débute sa carrière chez Ralph Lauren comme responsable commercial sur la zone France- Hollande. Elle rejoint la Maison Cartier en tant que responsable export de la zone Amé- rique du Sud puis chef de groupe marketing joaillerie et enfin directrice adjointe de "La" Boutique Cartier, implantée rue de la Paix. Elle fait ensuite équipe avec Alain Nemarq, pré- sident de Mauboussin pour finalement rejoindre en 2009 l’entreprise familiale en tant que directrice générale en charge du développement.
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veurs. Nous travaillions avec une souche d’éleveurs mais raphaël bouchez et mon père ont sourcé d’autres éle- vages en fonction des besoins des clients, des années et du marché. Les éleveurs histo- riques sont en bulgarie, en italie ou en Chine chez qui nous opérons désormais une sélection et dispensons du conseil pour avoir une
historique, nous étions plutôt discrets. Je souhaite que Ka- viari soit une marque recon- nue, de référence, évocatrice d’un grand savoir-faire tra- ditionnel et d’une moder- nité.
AN : Je voulais redonner à la maison son mode de fonc- tionnement naturel tout en insufflant un air de nou-
AN : Fin 2001, l’affaire perd beaucoup d’argent, 20 mil- lions d’euros de dépenses pour 12 millions de chiffres
tour d’ivoire, régentée par des codes tels que le cliché du gentleman qui offre pour faire plaisir. Je voulais mon- trer en arrivant à mauboussin que Cendrillon garde son soulier de verre après minuit, que la femme doit avoir en- vie de s’acheter elle-même ce qu’elle apprécie. Je me suis toujours opposé à consi- dérer le bijou et la femme
tre marque colle au plus près de ce qu’est la femme au- jourd’hui.
Au niveau communication, comment procède-t-on dans le luxe pour positionner sa marque ? KN : Nombreux sont ceux qui croient que l’import-ex- port de caviar est une poule aux œufs d’or. D’autant plus
il existait un organisme d’état qui allouait des quotas auprès des importateurs. Au- jourd’hui, il importe de ren- forcer notre marque pour faire valoir notre savoir-faire. De dépoussiérer ce produit d’excellence sans lui retirer sa noblesse. Ce fut d’abord une mise en avant de notre savoir-faire en débloquant un budget marketing en
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