Page 43 - EcoRéseau n°26
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Interview croisée - Trublions du luxe Mauboussin et Kaviari CLUb ENtrEPrENDrE
gamme qualitative mais courte avec du baeri, de l’osciètre et du belouga par exemple. élever du poisson est une chose, faire du caviar en est une autre. Nous avons donc apporté aux éleveurs nos compétences et sommes ainsi monté en qualité sur chaque maillon de la chaîne : élevage, affinage, maturation, conditionnement.
notamment dans la presse dite de luxe ou «people». Par ailleurs, la joaillerie dif- fère de la mode dans laquelle le côté éphémère rend hum- ble. La joaillerie a semble- t-il correspondu à la noblesse et au privilège. il m’a tenu à cœur d’infléchir cette vi- sion.
Quelle est votre vision du management ?
KN : Nous avons vraiment développé l’esprit de famille dans l’entreprise. Nous nous sommes réparti les rôles et sommes complémentaires
faisons tous confiance. Les décisions sont généralement prises collégialement. Avec les salariés, nous possédons un côté un peu maternant. En temps normal, cela crée plus d’implication de leur part. Et en cas de coup dur, on se rend compte que les gens se serrent les coudes, que nous sommes tous unis (l’entreprise compte au total une petite cinquantaine de salariés, NDLr).
AN : J’ai toujours cherché un cadre où je pouvais m’ex- primer et me sentir libre.
génération passée à travailler pour la même entreprise. Aujourd’hui, j’ai deux fils qui travaillent pour mau- boussin, le premier est di- recteur commercial et mar- keting, le second est chargé de développer la filière en Asie. En termes de gouver- nance, j’entretiens des rela- tions étroites avec Domi- nique Frémont. Nous nous appelons trois fois par jour et partons en vacances en- sembles. S’il y a divergence, c’est son point de vue qui s’impose. Pour faire vivre l’entreprise, il existe une vo- lonté permanente de capta- tion des talents et de remise en cause.
Qu’espérer en termes de développement ?
KN : Difficile d’analyser les tendances de consom- mation en matière de caviar, tant elles sont en dents de scie. Si les années 1980 fu- rent une période faste où
tique autour du caviar et d’assister à un cours de dé- gustation avec notre master en caviar bruno Higos. Ce sera aussi l’occasion de goû- ter à plusieurs produits dis- tinctifs, chose que l’on ne peut pas faire chez un éleveur qui se limite souvent à une ou deux espèces d’estur- geons. C’est également le moment d’expliquer pour- quoi le produit coûte cher. Par exemple, il faut attendre sept ans pour que l’esturgeon donne ses premiers œufs. outre cette manufacture, nous réfléchissons également à certains chantiers concer- nant le retail. Nous avons développé récemment une offre de click and collect et sommes présents dans un réseau d’épiceries fines. Nous souhaiterions déve- lopper des points de vente physique. Actuellement, no- tre CA se répartit à parts égales entre le marché na- tional et l’export.
Comment rester créatif dans un métier tel que le vôtre ? Un produit préféré ou fétiche dans votre gamme ?
KN : il est toujours agréable de se dire que nous sommes le caviar des chefs – Kaviari est fournisseur d’un peu plus de la moitié des 26 chefs trois étoiles en France – mais il importe de continuer à dé- poussiérer l’image, à faire sortir le produit de sa confi- dentialité. Notre quinzième anniversaire sera l’occasion d’entrer dans une nouvelle identité visuelle qui signe un retour aux sources. Le caviar n’a nul besoin d’artifices. Et nous souhaitons montrer que ce produit se consomme sim- plement avec juste un chou- fleur, du thé, une pomme de terre, des pancakes. A ce titre, j’ai une préférence pour le transmontanus (esturgeon blanc) qui n’est certes pas le caviar le plus esthétique au niveau de l’œuf mais possède
AN : Notre parti pris fut également de développer no- tre budget communication en parallèle de la création, pour mettre en valeur notre nouveau positionnement. En
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2005, je voulais couvrir le mur des villes, être présent dans les salles de cinéma et dans les bouches du métro. Pensez qu’à l’époque, Fa- cebook n’avait qu’un an... J’ai cassé certains codes dans le milieu du luxe, ce qui ne m’a pas valu que des com- pliments. mais je suis par- venu à être précurseur dans la manière de communiquer
Alain Némarq,
Président - Directeur général de Mauboussin
Suite à un parcours Sup de Co et à un doctorat de gestion à Paris Dauphine et l'exercice d'un poste d'enseignant, l'actuel dirigeant se tourne vers l'univers du textile et de la mode : Balsan, YSL, Kenzo... Ses armes réalisées dans ces différentes griffes feront de ce pas- sionné d'arts et de littérature, un professionnel à la croisée du manager de crise et du ges- tionnaire de marque. Alain Nemarq dirige Mauboussin depuis 14 ans.
comme bijoux. S’ensuit
pour éviter de nous marcher dessus entre raphaël, proche de la famille, mon père et mon frère. Parfois, tout se mélange entre l’affect et le professionnel. Et il est dif- ficile de s’affranchir du côté affect dans nos décisions mais in fine, il y a deux choses qui comptent. Chez Kaviari, il n’y a pas de pro- blème d’ego et nous nous
mauboussin par sa taille hu- maine me le permet. il y demeure un esprit très fa- milial voire paternaliste à l’image de ce qui se passe chez Saint-Laurent. Au- jourd’hui, je suis le dixième dirigeant. Ce qui donne une moyenne de 20 ans d’exer- cice pour chaque dirigeant. imaginez l’influence cultu- relle et humaine. C’est une
d’abord par de l’éducation pour comprendre les raisons d’excellence du produit. Je relooke actuellement mon blog « culture caviar » et nous avons comme projet de transformer notre labo- ratoire, prochainement basé à ivry, en manufacture, qui, sur le principe de visites pri- vées, sera l’occasion de ren- trer dans un parcours initia-
porter.
le crayonnage, avec une goua- cheuse et un prototypage réa- lisé par le directeur du déve- loppement, pour matérialiser le dessin en objet. Surtout, la créativité, je l’entretiens et l’exerce dans d’autres do- maines. A l’image de l’écri- ture.
La femme doit avoir envie de s'acheter elle-même ce qu'elle apprécie.
l’on en consommait notam- ment dans les classes busi- ness des compagnies aé- riennes, aujourd’hui, nous ne pouvons pas affirmer que la consommation est moins forte. Elle se réalise cepen- dant selon des codes plus discrets. Pour nos 15 ans, nous souhaitons davantage nous recentrer sur le produit, notamment dans la manière de le présenter. Cela passe
Halte aux clichés
AN : mauboussin représente 60 points de ventes, dont les deux tiers sont en suc- cursales et le dernier tiers est géré en commission af- filiation. Aujourd’hui, nous souhaitons progressivement reprendre la main sur l’en- semble de notre réseau. De- puis mon arrivée, nous sommes passés de 12 mil- lions d’euros à 60 millions d’euros de chiffres d’affaires. même si nous avons «re- tourné la boîte» en tentant l’aventure américaine de 2007 à 2013, cela ne nous a pas empêché de rebondir aujourd’hui en Asie. Nous poursuivons notre déploie- ment en Chine. La première boutique a ouvert en juillet 2015, la seconde ouvre ses portes pendant que nous nous parlons à Shenzhen. Nous souhaitons ouvrir 12 à 15 magasins d’ici trois ans. Aujourd’hui, maubous- sin, vend 1500 montres par mois. Le marché s’étalonne dans une gamme de prix entre 200 euros et 500 euros, même si nous continuons à concevoir et vendre des produits haut de gamme tels qu’un quan- tième perpétuel que nous ven- dons 45000 euros.
des saveurs fumées et de sous-bois.
AN : Sans hésitation, «Chance of love», best seller et premier solitaire que j’ai conçu. il est certain que le jour où je ne suis plus créatif, la question de la direction artistique au sein de mau- boussin se posera. Et il faut savoir s’arrêter quand on se retrouve à cours d’idées. La création ne correspond pas à un emploi du temps cadré. Je n’arrive jamais à mon bu- reau en me disant aujourd’hui, je me penche sur une nouvelle création sur une plage horaire fixée à l’avance. Je fonctionne au feeling, je dessine à la terrasse d’un café, regarde les femmes en me demandant ce qu’elles pourraient bien
Propos recueillis par
Geoffroy Framery et Jean-Baptiste Leprince
DéCEmbrE / JANviEr 43

