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frances. C’est un peu Pro- méthée volant le feu à Zeus », complète la spécialiste. Pour- tant ne nous méprenons pas, avec la puissance de la figure de l’autodidacte dans la me- sure où l’autodidaxie est un mode d’apprentissage com- mun à tous et constitue un « mode d’apprentissage que nous «activons» comme une ressource en quelque sorte première quand les ressources externes ne nous suffisent pas, ne nous conviennent pas, ou, pour des raisons diverses, viennent à manquer, quand nous sommes par exemple contraints d’inventer des so- lutions inédites à un problème particulier », complète la spécialiste. Et Laurent Hurstel de compléter avec son co- rollaire en matière de for- mation : « Au regard des prix des formations, il existe une vraie dichotomie entre investissement initial et retour sur investissement. Le modèle classique évolue et les nou- velles générations ne veulent pas reproduire le même pro- blème ».
CLUb ENtrEPrENDrE A la Une - Les autodidactes Ces autodidactes étrangers,
choisis en toute subjectivité
+ Steve Jobs, Entrepreneur/ Inventeur
Derrière le succès que connaît Apple, peu sont ceux qui devinent le passé trouble de Steve Jobs. Pas de diplôme, des études en dents de scie et surtout une vie de hippie pendant de longues années... Jobs fonde Apple à 22 ans, le projet Macintosh sera, lui, lancé en 1981...
+ Bill Gates, Entrepreneur
Pionnier de la micro-informatique, Gates arrête ses études à 18 ans pour se consacrer à la programmation informatique. Il fonde deux ans plus tard la société qui deviendra plus tard Microsoft.
+ Lana Del Rey, Chanteuse
Né en 1985, la chanteuse perfectionne ses techniques vocales dans les chorales ou à l'école et ne suit pas de cours ni n'intègre de conservatoire. Son premier carton sera « Videogames » vu plus de 15 millions de fois sur Youtube en 2011.
+ Richard Branson, Entrepreneur/Ecrivain
Dyslexique, Branson quitte l'école à 16 ans pour fonder un maga- zine puis se tourne quelques années plus tard vers la vente de disques à distance. L'idée de la marque Virgin naît à cette époque par l'idée d'une collaboratrice qui lui aurait soufflé soit disant qu'ils étaient tous « vierges en business ».
+ Lula Da Silva, Homme politique
Fils d'une fratrie de sept enfants, Lula Da Silva accumulera les em- plois alimentaires dès l'adolescence, ses talents d'orateur et de tri- bun hors pair lui permettront de se faire un nom dans le syndicalisme brésilien. Lula sera président de la république fédé- rale du Brésil de 2003 à 2011.
+ Stanley Kubrick, Réalisateur/ Producteur/ Scéna- riste/ Photographe
Pendant son enfance, Kubrick n'arrive pas à mettre de sens dans sa scolarité. Les universités lui fermeront leurs portes. C'est en tant que photographe autodidacte qu'il entre chez « Look ». Le jeune photo- graphe, entiché du cinéma, réalise ensuite plusieurs documentaires, courts métrages et séries télévisées, puis décide de réaliser un cer- tain « Spartacus » avec en tête d'affiche Kirk Douglas sorti dans les salles en 1960.
+ Steven Spielberg, Réalisateur/Producteur/Scéna- riste
Steven Alan Spielberg est un élève médiocre et ses résultats l'empêcheront de rentrer dans une école de cinéma. Celui qui a tourné son premier film en autodidacte à 12 ans persévère et se fait remarquer par Universal. L'histoire est en marche. Spiel- berg réalisera « les dents de la mer » en 1975, premier block- buster hollywoodien, alors âgé de 28 ans.
fidélise et profite d’entreprises de tailles importantes. De même le BTP est aussi un secteur au taux de promotion fort mais qui s’explique par la faible attractivité du sec- teur », complète Pierre Lam- blin. Les professionnels du recrutement s’accordent aussi sur certains métiers qui se prêtent davantage à accorder leur chance aux autodidactes. A l’image des secteurs du re- tail, de la logistique ou encore de la fonction commerciale. « Si la filière commerciale s’est structurée, ce type de métiers exige avant tout des objectifs de performance qui permettent aux autodidactes de s’exprimer », note Cathe- rine Dervaux, directrice des grands projets de recrutement et Assesment chez menway. A défaut de diplômes, certains autodidactes reconnaissent
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Savoir ce qui se cache derrière ce qui paraît être un conte de fée pour adultes
le processus. » La persistance du thème de l’autodidacte dans le milieu des affaires, épouse les traits du (de la) self made (wo)man. L’idée étant de donner un discours plein d’abnégation pour faire du self made man une per- sonne au cœur de l’action. L’autodidaxie serait en quelque sorte la figure de celui qui innove. « Notre handicap principal est aussi notre force. Nous nous sen- tons plus redevables que les diplômés. Ce manque de di-
plôme nous le compensons d’ailleurs par du travail tout en cultivant un esprit prag- matique qui a les pieds sur terre. C’est une autre manière d’appréhender les dossiers. Et notre point de vue intéresse parce qu’il diffère des autres profils formatés par les for- mations d’excellence », re- marque Pierre-Christophe baguet. En d’autres termes, la réussite relayée des auto- didactes « garde souvent une part d’ombre (les dons, le hasard, la chance) tout en
s’expliquant par des qualités ordinaires : ardeur au travail, sens des relations, goût pour l’action par exemple », com- mente Hélène bézille. D’où une valeur qui nous est chère à tous, l’aspiration à l’auto- nomie que nous ressentons et admirons à travers la figure de l’autodidacte. L’autodi- dacte ressemble ce faisant au héros de la mythologie grecque, « il se mesure à l’arbitraire du pouvoir, il sait résister, refuser, se rebeller au prix de grandes souf-
Franck Provost, 68 ans
« Avant mes 40 ans, j’ai pris tous les
risques possibles »
Franck Provost est fondateur et président du groupe Provalliance : 2700 salons dans le monde pour un CA d'un milliard d'euros. Le groupe se segmente en onze marques : Franck Provost, Jean-Louis David, Saint Algue, Fabio Salsa, Coiff&Co, Intermède, Interview, Niwel Beauty, Maniatis Paris, La Suite Bleue et Colorii.
Dans quelle mesure peut-on vous considé- rer comme un autodidacte ?
Je n'ai pas fait d'études particulières. L'important pendant mon parcours fut d'être persévérant. Plus que tout autre profil, un autodidacte doit né- cessairement évaluer ses compétences, connaître ses lacunes. Il s'agira ensuite de s'entourer d'une équipe en conséquence.
Je peux qualifier mon parcours de progressif. Au fur et à mesure, j'ai obtenu des résultats satisfai- sants en sachant fédérer mes associés. Et à l'aune de ces différentes étapes, l'autodidacte peut ainsi garder les pieds sur terre, rester humble. Cela dit, j'ai eu la chance de ne pas connaître de gros re- vers.
Quel a été le fil rouge de votre parcours ?
J'ai choisi d'abord de me lancer dans un métier que je connaissais bien, et qui pouvait répondre à mon ambition et à mon projet de vie. Je n'ai pas eu de mentor, ni de modèle si ce n'est une per- sonne comme Jean-Louis David. C'est d'ailleurs
une grande satisfaction de réaliser que ses salons ont désormais rejoint notre groupe. Mais l'impor- tant a toujours été de mêler l'artistique et le busi- ness.
Est-il possible d'être autodidacte au- jourd'hui ?
Quand on est autodidacte, on a, de fait, des la- cunes. Je voulais au départ créer une première af- faire. Mais je me faisais tout un monde de ce qui était annexe au coeur de mon métier d'artisan, à tout ce qui faisait fonctionner dans l'ombre une entreprise. Le déclic fut de réaliser que l'effort de gestion n'était pas insurmontable. Dans la foulée, j'ai donc décidé de monter une deuxième affaire. La confiance est venue. Vous connaissez la suite. Mais ce qui ressort, c'est un goût prononcé pour la culture du risque. Avant mes 40 ans, j'ai pris tous les risques possibles, non pas par appât du gain mais pour développer une entreprise dont je pourrais être fier. Dans les métiers de l'artisanat, les parcours d'autodidacte sont encore possibles.
également la chance d’avoir été pris sous l’aile de mentors. A l’image de l’actuel maire de boulogne-billancourt, au- trefois animateur et chef d’en- treprise puis député qui a ren- contré sur son chemin André Santini et michel Péricard. « Deux hommes qui m’ont mis le pied à l’étrier », confie l’édile de boulogne-billan- court.
UN BESOIN DE CONSTRUCTION
DE MYTHES CONTEMPORAINS...
« Aujourd’hui, se pose da- vantage la question de l’usage du terme plutôt que de son concept », renchérit Hélène bézille Lequoy. On préférera d’ailleurs parler d’auto-for- mation et d’auto-apprentis- sage que d’autodidaxie lorsqu’il s’agira de décrire
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