Page 30 - EcoRéseau n°26
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L e petit Geof- froy vient du sud, il n’aime pas l’hiver, le froid et la nuit. Pourtant, ré- veillé en trombe par son réveil olfactif à 6h du matin – seule l’odeur suave de l’éclair au café le tire de son sommeil, étant d’un naturel gour- mand et originaire du pays du matin calme – il ne doit pas perdre de temps avant de sauter sur son gyro- pode. Ce véhicule électrique monoplace, constitué d’une plate- forme munie de deux roues, semble être re- venu à la mode façon vintage. Et en bon Pa- risien le petit Geof- froy suit les tendances de manière mouton- nière, en atteste son iPhone 18 qui se re- charge dans sa poche grâce à la chaleur hu- maine. Si cet homme de 67 ans doit se hâter, c’est parce qu’il doit vite gagner son lieu de travail, le cen- tre collaboratif du quartier où véhicules
Les innovations qui peuvent tout changer sont déjà dans les tuyaux, comme les start-up présentées dans les pages précédentes le démontrent
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n°26
PANorAmA Prospective COP21 - Le rejet de CO2 en 2050
La fin des énergies fossiles ?
électriques et à hydro- gènes, robots-laveurs et robots aides-soignants sont échangés et prêtés. « Plus que 15 ans avant la retraite », songe-t-il en se débarrassant de sa combinaison thermoré- gulée de sommeil qui s’est encore épaissie du- rant la nuit, tant le froid s’est emparé de Paris en ce 12 janvier 2050. Gre- lotant, il jette un œil dis- trait sur l’hologramme d’EcoRéseau tv. « Quand je pense qu’il y a encore 35 ans nous parlions d’un réchauf- fement climatique », marmonne-t-il de fort méchante humeur, gri- gnotant désormais ses céréales de la marque insect, à base de coléop- tères et grillons. Consi- dérant le simple port USb de la cuisine, du- quel sort assez d’électri- cité pour éclairer toutes les LED 3D de la pièce et alimenter les robots, l’homme pressé songe aux progrès qui ont été réalisés en matière d’énergie depuis 30 ans. Ce matin c’est l’électri- cité produite par son
voisin dont il se sert, quand il rendra la pareille un peu plus tard dans la matinée. il est toujours intéressant de s’activer à horaires décalés, pour être alimenté par les différents panneaux photo- voltaïques et éoliennes de chaque habitation. bien sûr les bâtiments à énergie po- sitive comme le sien ne suffisent pas à répondre
riâtre personnage en mal d’énervement. Alors qu’il range dans le frigidaire connecté les emballages alimentaires – fabriqués à base de lait par la société Lactips, ils sont comesti- bles – le rouspéteur bougon jette un rapide coup d’œil par ses fenêtres autonet- toyantes et isolantes. Au dehors la nuit résiste déses-
Et si nous avions déjà la solution dans nos mains ?
générée .
cence des bactéries de cala- mar. « Et dire que je pourrais travailler pour la société Glowee qui a in- venté cette technologie », se lamente le petit Geof- froy, toujours enclin aux complaintes et aux crispa- tions...
L'éclairage urbain ? La bioluminescence des bactéries de calamar...
aux besoins de tout le monde ; les immenses pla- teformes qui dérivent sur l’océan, produisant de l’eau chaude et de l’électri- cité au moyen de leurs pan- neaux solaires, éoliennes, appareillages jouant sur la différence de température entre la surface et la pro- fondeur ou membranes on- dulantes s’activant avec les courants, pallient les manques. « Et dire que par le passé nous étions assez stupides pour fonctionner avec des énergies fos- siles ! », grommèle l’aca-
pérément, les vitrines, l’af- fichage publicitaire, l’éclairage urbain diffusent encore leur douce clarté,
par la biolumines-
Julien Tarby
Interview de Benoît Lebot, directeur exécutif du Partenariat international pour l’efficacité énergétique (IPEEC), qui a travaillé pour l’Ademe,
l’AIE et le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) en Afrique :
« Les énergies fossiles en back up ? Pas une fatalité ! »
Sommes-nous dans l’exagération avec une telle fiction ? Je ne l’espère pas. Nous devons absolument inventer un monde différent. L’utilisation des énergies fossiles ne fonctionnera plus très longtemps, il en va de nos impératifs contre le réchauffement climatique, à savoir
rester en deçà des +2 degrés.
Quelles seront les innovations déci- sives selon vous ?
Le prospectiviste et économiste américain Jérémy Rifkin a beaucoup cru en l’hydro- gène. Je ne suis pas sûr de cette énergie, car il s’agit de la plus petite molécule possible qui passe à travers les parois. Nous aurons
donc toujours un problème de contenant et de fuites. La vraie révolution qui nous at- tend semble le mariage de la société connectée et de l’énergie électrique. Comme pour l’information, nous assiste- rons à une décentralisation totale, avec des particuliers capables d’être consommateurs ou producteurs et d’agir quand bon leur semble sur le réseau. Nous ne sommes pas en capacité d’accomplir une telle prouesse aujourd’hui, mais cela surviendra un jour ou l’autre. La mise en réseau des énergies re- nouvelables est en bonne voie et les éner- gies fossiles ne seront pas toujours nécessaires pour venir en «back up». Les NTIC ont le potentiel pour aider à gérer les
pointes de demande d’énergie.
Pouvez-vous citer des améliora- tions prouvant que nous sommes sur la bonne voie ?
Le stockage d’électricité progresse tous les jours. Mais il nous faut absolument travail- ler sur l’efficacité énergétique, ce à quoi s’attache l’IPEEC. L’avenir est clairement du côté de la voiture qui consomme 1l aux 100km ou du bâtiment à énergie positive. Prenez simplement le port USB. Il y a eu le port de première génération, le 2.0 de deuxième génération, et se prépare la troi- sième génération, avec la possibilité de li- bérer 50W : ce qui signifie la capacité
d’éclairer une pièce entière et de faire fonc- tionner une multitude d’appareils. Nous avons plus que jamais besoin d’électricité dans notre quotidien, mais dans 80% des cas pour une faible puissance. Nous ne sommes pas tout le temps en train de faire fonctionner notre véhicule électrique ou notre four, nous servant d’ailleurs parfois de transformateurs pour les petits usages, afin de passer du 220 en courant alternatif à du 12 volts en courant continu. Pouvoir bascu- ler quand on le veut limitera les gâchis et les pertes. C’est d’ailleurs du courant continu qui sort des panneaux photovol- taïques sur les toits.
Propos recueillis par JT
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