Page 66 - EcoRéseau n°25
P. 66
www.ecoreseau.fr
n°25
RH & FoRMATIoN Carrières & Talents - Executive MBA, comment et pourquoi ?
Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Tournant de carrière
Les cadres ambitieux affectionnent l’EMBA. Mais comment font-ils pour tout concilier ?
P ourtant hors des clous de la sacro-sainte hié- rarchie des diplômes du ministère de l’Enseigne- ment supérieur, l’Executive MBA – pour Master of Bu- siness Administration – a le vent en poupe dans l’Hexa- gone. Du bas de classement
Et que change ce diplôme ? Portraits.
belle Rey-Millet, directrice générale d’Ethikonsulting, cabinet de conseil parisien spécialisé dans l’innovation managériale. « C’est tout particulièrement intéressant pour les profils scientifiques. En préparer un, le faire sa- voir à son entreprise, prouve
une fois toutes les huit se- maines, à distance ou en blended learning... Quelle que soit la formule rete- nue, l’EMBA dope l’em- ployabilité – confère même une posture de grand patron. D’ailleurs, le “Comex”, abréviation de comité exécutif, revient régulièrement dans les échanges. Toutefois, les briques pédagogiques de l’EMBA évoluent, avec un focus de plus en plus important accordé à l’en- trepreneuriat. L’EM Lyon ou bien l’ESSEC en ont fait leur spécialité. « 15 à 20% passent à l’acte », dixit Nathalie Kettner, à la tête de l’Executive edu- cation de l’ESSEC. Même avec l’intention de bifur- quer vers la création en- trepreneuriale, le coût de l’EMBA – qui peut flirter avec les 40000 euros – peut être pris – tout ou partie – en charge par l’en-
Hervé Hoerdt
Encore une qui s’entraîne à mener de front vie profes- sionnelle et Executive MBA
au top ten, toutes les écoles de commerce – ou presque – s’y sont mises, des Instituts d’administration des entre- prises (IAE) et l’université Paris-Dauphine également, surfant ainsi sur les besoins des cadres qui veulent aller plus haut, plus vite. Qui veu- lent casser le redoutable “pla- fond de verre” ou bien en- core “se challenger” dans un monde ultra-concurren- tiel. « L’EMBA est devenu un passage obligé pour ac- céder à bien des postes de haut niveau », analyse Isa-
Marthe Pradere
EMBA de l’université de Monaco, vice-président marketing et digi- tal Europe et Australie chez Bandai Namco Entertainment, 41 ans
« L’accès à une "helicopter view" »
« J’aime me coucher moins bête que je me suis levé ». Avec Hervé Hoerdt, aujourd’hui vice-président marketing et digital Europe et Australie de Bandai Namco, société japonaise spécialisée dans le développement et la commercialisation de jeux vidéo, le ton est vite donné. L’executive MBA de l’Université internationale de Monaco (UIM) ? « J’ai appris que je ne savais rien, poursuit-il. Nos emplois se compliquent. Et parfois les solutions mises en place font davantage appel à l’intuition qu’à de vraies connaissances. L’executive MBA apprend à mettre de la méthodologie dans nos décisions. A se structurer. La dynamique est la recherche d’organisation et donc d’efficacité. Nous délivrons plus vite. L’entreprise, nous la voyons à 360°. Nous voyons plus loin. L’anticipation devient plus aisée. Et surtout, nous n’avons plus notre attention portée sur le revenu, donnée trop court-termiste. » Et cette “helicopter view”, pour reprendre l’un des anglicismes d’Hervé Hoerdt, vaut pour tout de suite, dans son actuelle entreprise, et pourquoi pas ailleurs. « Avec un executive MBA en poche, je peux prétendre transposer mon savoir-faire dans d’autres secteurs, dans le monde industriel, par exemple. Il n’y a qu’à voir les connexions sur ma page LinkedIn... pour saisir l’exposition que donne un executive MBA. »
Anissa Yacoubi
EMBA de l’EDHEC, product developer & quality manager chez Auchan, 30 ans
« Un programme très interactif »
la volonté de se remettre en question. Un point positif... même si les entreprises sont souvent schizophrènes, re- connaît celle qui a été à la tête des alumni de l’execu- tive MBA de l’Essec de Cergy-Pontoise, pendant trois ans. Elles poussent leurs salariés à être innovants, mais veulent les garder sous contrôle. »
. « En effet, elle
UN CURSUS DÉTOURNÉ ? Concentré sur la fin de se- maine, en regroupement
peut le considérer comme une prime de départ, conseille William Hurst, aux manettes de la for- mation continue d’Auden- cia. Ce d’autant qu’au- cune charge patronale ne s’applique à cette occa- sion. »
Sur sa page LinkedIn, Anissa Yacoubi affiche son MBA tout en haut, à la même hauteur que ses fonctions... alors qu’il n’est même pas encore terminé. L’atout de l’EMBA pour cette ingénieure agronome ? « Ouvrir mon horizon à d’autres disciplines tant avec les enseignements (finances, comptabilité, ressources humaines, stratégie...) que par les parcours des autres participants – a contrario, un diplôme d’ingénieur cantonne. Avec le programme développé sur 18 mois par l’EDHEC, nous avons une vision détaillée de chacun des postes dans l’entreprise. Les cours sont très interactifs, avec un Powerpoint pour base, enrichi des expériences des uns et des autres. Nous ne restons pas bouche ouverte, sans sens critique. Nous rentrons dans le débat, avec un rapport d’adulte à adulte. Au bout d’un an, le rapport à l’entreprise change. » Et Anissa Yacoubi d’ajouter : « Le monde n’est pas dirigé par des ingénieurs ».
Anne Cabotin
EMBA Paris-Dauphine, vice-présidente commerciale et développement durable chez Symrise
« Un bond salarial de 15% »
Son EMBA, c’était il y a sept ans, à l’université Paris-Dauphine. « L’un des tout premiers modules du programme, se remémore Anne Cabotin, était dédié au développement durable. C’était visionnaire à cette époque : on en parlait peu. » Cette thématique n’a pas été sans impact sur sa trajectoire professionnelle. Anne Cabotin l’a intégrée au nouveau poste décroché dans la foulée de l’executive MBA, chez Symrise, société allemande spécialisée dans la production de parfums et de saveurs, avec au passage un gain de salaire de 15%. Aujourd’hui, elle est aux manettes de la stratégie de développement durable au sein du comité de direction.
treprise
Murielle Wolski
EMBA ESSEC, senior manager, conseil en stratégie, organisation et management chez Square, 36 ans
« Repenser l’organisation familiale »
Son EMBA touche à sa fin. De quoi satisfaire Marthe Pradere. « Je n’ai pas suffisamment anticipé la charge de travail, explique-t-elle. Si le premier mois peut être qualifié de léger, le rythme s’accélère très vite. J’ai été contrainte de repenser mon organisation, familiale et professionnelle. Réallouer certains clients à mes équipes, par exemple. On ne peut pas in- terrompre un EMBA. Les lectures sont nombreuses, avec un vrai travail d’absorption des connaissances. Et des conferences call via Skype programmées le soir, à raison de deux par semaine. Le couple doit être prêt à vivre cette expérience. » Autre satisfaction pour Marthe Pradere : elle a pu opérer le virage espéré, quittant avant même la fin de son EMBA le monde des “Big four” de l’audit pour Square, cabinet conseil en stratégie.
66
NoVEMBRE 2015

