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n°25
RH & FoRMATIoN Carrières & Talents - Ecoles d’ingénieurs et formation continue
A Devenir « Ingé » grâce aux cours du soir...
Les écoles d’ingénieurs se lancent avec retard sur ce créneau porteur pour elles et pour des candidats qui y voient une parade contre le chômage.
vec un taux de est mise très tard, analyse pliquées (INSA) de Lyon chômage trois fois ce directeur de l’enseigne- compte pas moins de 400 inférieur à celui ment et de la recherche. formats courts et dix mas-
de la population active glo- L’activité a démarré au tères. A l’Université tech-
bale – il se situe à 4,1%, très au-dessous des 10,4% de l’Insee –, les ingénieurs sont mieux protégés des aléas économiques. Le di- plôme d’ingénieur comme rempart à la crise écono- mique ? L’idée est cou- ramment admise, d’où un afflux de candidatures. Et l’opportunité d’un nouveau business pour les écoles d’ingénieurs. Selon la Fé- dération de la formation professionnelle (FFP), les interventions des différents acteurs de l’enseignement supérieur dans le domaine de la formation continue pèsent grosso modo 7 voire 8 milliards d’euros. Les écoles d’ingénieurs sont l’un des acteurs du marché, derrière les business schools qui ont investi le créneau avec un temps d’avance. Voilà pour le ca- dre général.
tout début 2015, avec le rachat d’une structure pri- vée, vieille d’une vingtaine d’années, baptisée le « col- lège de Polytechnique », qui avait le droit d’exploi- ter le nom, mais sans rap- port aucun entre les deux entités. Par là, on essaie de s’ouvrir à d’autres ap- prenants, sans pour autant vendre notre âme. » Cinq programmes (dédiés aux objets connectés, à l’ana- lyse des données ou encore au management de l’éner- gie...) vont voir le jour d’ici la fin de l’année sco- laire 2016. Et le rythme de croisière table sur quatre à cinq nouveaux cursus par an, certifiants ou diplô- mants, de 100 à 200 heures chacun. L’entrée de l’Es-
Nous individualisons le parcours, en déterminant des blocs de compétences. Avec la formation continue, les écoles d’ingénieurs se réinventent
nologique de Troyes, on mise sur les Diplômes d’université (DU) et une licence pro spécialisée en cybersécurité... Quel que soit leur rang de classe- ment, l’imagination des écoles d’ingénieurs est dé- bridée. Survient une vraie explosion de l’offre, et le titre d’ingénieur devient un peu l’arbre qui cache la forêt. Et pour ne pas perdre une miette du mar- ché, les écoles innovent. La tendance est à la mo- dularisation des cursus. Il est possible de tronçonner. « C’est un travail de fond que Centrale Lyon mène depuis deux ans, analyse Thibaud Queyrel, respon-
Les cursus de formation continue comme autant de ballons d’oxygène dans une carrière terne ?
besoins de montée en com- d’où un train de formations
plus ancienne, d’une petite
dizaine d’années. « Nous pétences sont prégnants, mats longs que sont les
écoutons les industriels et
sable adjoi.
la formation continue. L’idée est d’individualiser le parcours, en déterminant des blocs de compétences. L’ingénierie pédagogique en est chamboulée. » Avec la formation continue, les écoles d’ingénieurs se ré- inventent.
c’est sans compter les for- mastères spécialisés, avec
nt du service de
UNE IMAGINATION DÉBRIDÉE
Franck Pacard le reconnaît bien volontiers. Polytech- nique, ce temple de l’in- génierie à la française, « s’y
taca, école spécialisée dans l’aéronautique, l’automo- bile et le ferroviaire, est
nous co-construisons, sou- courtes d’une dizaine de six mois de cours à la clé. ligne Ludovic Russier, en jours. » Un train de Le catalogue de l’Institut charge de la filière. Les quelque 120 cursus. Et national des sciences ap-
Murielle Wolski
Romain Floch
Marie-Aude Coutouly
technicien en qualité environnementale chez EGIS, Centrale Lyon
« L’importance du sentiment d’appartenance »
L’intensité du cursus suivi actuellement par Romain Floch à Centrale Lyon n’a rien à envier au célèbre MBA. 8h/18h30, et ce pendant deux ans, pour décrocher le titre d’ingénieur, spécialisé en énergie, conception des installations, à raison de deux semaines en cours, trois en entreprise. Il s’agissait d’un défi nécessaire pour ce titulaire d’un Diplôme universitaire de technologie (DUT) génie thermique et énergie, couplé à une licence pro – preuve de l’accessibilité du cursus. « Cela me permet d’être davantage force de proposition en interne. Avec le titre d’ingénieur, le sentiment d’appartenance jouera à plein à l’extérieur. "Tu as fait quelle école ?" Systématiquement, on me posait la question. L’accueil est différent, sans ce sésame-là en poche. Et c’est une marque de reconnaissance en interne pour le travail accompli. » Un élément de la politique RH à ne pas négliger. Mieux, l’entreprise a accepté de recruter temporairement pour compenser son absence. Pour autant, la partie est loin d’être gagnée d’avance. « Renouer avec les études n’est pas si facile. Et la marche à monter est vraiment importante... Même si les six premiers mois étaient consacrés à une remise à niveau. C’était du non stop ! » L’idée d’abandonner lui a effleuré l’esprit – surtout au moment de la naissance de sa fille, Emma. Mais, avec le poste de N+1 à portée de main, en bout de course, le jeu en vaut la chandelle.
chef de projet informatique chez NMRtec, Polytechnique
« Pas de complexe à avoir du côté des TPE »
Son doctorat en biologie a tout juste dix ans quand Marie-Aude Coutouly se met à chercher un cursus de formation continue « pour répondre à des pro- blématiques nouvelles rencontrées dans ma société, en matière de gestion de données et de très gros fichiers ». Son entreprise ? NMRtec, une très petite entreprise strasbourgeoise de cinq salariés, spécialisée dans la résonnance magnétique nucléaire. Polytechnique ? Pour Marie-Aude Coutouly, l’école d’ingénieurs était une piste peu probable. « Je pensais que des établissements de cette envergure ne prenaient que des candidats issus de grands groupes. » Erreur. L’intérêt d’un tel parcours ? Jouer la carte technique à fond, quand des écoles de commerce monopolisent le marché avec les data sciences abordées sous l’angle marketing. Quelles méthodes mettre en place ? Comment arriver au meilleur résultat ?... De quoi pousser NMRtec à revisiter le logiciel à l’issue, à le rendre plus fonctionnel encore, à revoir l’argumentaire commercial associé. Résultat : des commandes en progression de 10% a minima.
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NoVEMBRE 2015


































































































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